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CXVI LA PHILOSOPHIE ORIENTALE

culture, pour que cette identité éclate, que la loi morale lui apparaisse évidente, avec ses caractères, que la vérité se soumette immédiatement les esprits; ce qui n'empêche nullement, dans la pratique, les obstacles de prévaloir, les instincts naturels, les dispositions mauvaises et toutes les causes contraires de triompher. Nous n'avons pas à disserter sur ce point, mais à maintenir cette thèse, celle des vrais moralistes ; c'est que, théoriquement parlant, la morale, dans ses maximes et ses préceptes les plus généraux, est beaucoup plus indépendante du milieu où elle se produit, des usages et des penchants, des instincts et de toutes les causes qui font varier les jugements des hommes que les autres formes de leur esprit en tout ce qui concerne l'utile, le beau, le vrai, le saint même, l'industrie, les arts, les sciences, la religion, etc.

Gela sufGt pour expliquer comment à côté d'un art bizarre et sans idéal, d'une religion sans foi, de tant de pratiques grossières et superstitieuses, d'une législation atroce et sanguinaire, d'une administration corrompue à tous les degrés, d'usages qui nous semblent extraordinaires, baroques ou ridicules, se sont, par la bouche et les écrits de quelques hommes, il est vrai, supérieurs et de génie, proclamées des maximes d'une sagesse élevée, généreuse, humaine, en un mot tout à fait identiques à celles qu'ont émises d'autres sages, esprits plus réfléchis, accoutumés à spéculer, a raisonner sur les mêmes sujets, dans d'autres pays et à d'autres époques, sans qu'on puisse y voir autre chose que la communauté de la nature humaine, diverse, opposée même, mais identique et invariable dans ses bases ou dans ses principes.

Cette solution par l'identité de la raison dont le flambeau éclaire tous les esprits, sorte de révélation universelle, disent les philosophes de l'école rationaliste et spiritualiste (Malebranche, Fénelon, Bossuet, Leibnitz, Olarke, etc.), c'est aussi la nôtre. Nous y ajoutons quelques réflexions propres non à diminuer l'admiration à l'égard des moralistes dont avec raison s'enorgueillissent les habitants du Céleste Empire, mais à montrer en quoi les deux sagesses différent : celle des moralistes proprement dits qui s'abstiennent de spéculer ou ne le peuvent, et celle des philosophes spéculatifs qui, eux aussi, traitent ces matières, à un autre pomt de vue selon nous plus élevé, qui savent donner une base raisonnée à leurs préceptes ou maximes, les rattacher à des principes et en former le système.

Sans revenir sur la valeur théorique des œuvres de Confucius ou des autres philosophes chinois, il nous semble que l'on fait trop bon marché des avantages qu'a sur cette morale des purs moralistes celle qui est réellement théorique, raisonnée, discutée, et systématique des vrais philosophes, dans la bouche ou dans les écrits d'un Socrate,

LA PHILOSOPHIE DES CHINOIS CXVll

d'un Platon, d'un Aristote, d'un Zenon ou même d'un Cicéron, d'un Sénèque, etc. Nous n'insisterons pas. Mais qu'on sache bien ce qu'a de lumière, de force et d'autorité, et je dirai aussi d'efficacité sur les âmes, surtout sur les esprits cultivés, une morale raisonnëe, disculée, approfondie, dont tous les préceptes s'appuient sur des principes, eux-mêmes établis et démontrés et qui sont organisés en corps de doctrine. Ce que cette doctrine approfondie, démontrée, disculée en face de ses adversaires acquiert de supériorité, est évident, comparé à une morale si belle qu'elle soit, toute composée de maximes et de sentences ou de préceptes, mais où rien n'est disculé, prouvé, coordonné et systématisé.

Une autre considération s'applique à ce qui, dans ce parallèle, s'adresse à une aulre morale, celle-ci révélée et dogmatiquement enseignée, émanant d'une source divine. Je veux dire la morale chrétienne. Il serait aisé à d'autres de démontrer en quoi cette morale l^emporte en autorité et en efficacité précisément parce que sa base est reh'gieuse; mais nous ne pouvons pas ne pas faire remarquer que, bien que dogmatiquement enseignée, elle aussi peut et doit être également approfondie, discutée, défendue par les armes de la logique et du raisonnement, appuyée elle-même sur des principes d'ordre métaphysique, sur une base théorique et spéculative. Ses apologistes n'y ont pas manqué et nous y renvoyons.

Quoi qu'il en soit, la morale de Confucius destituée de cette base, privée de cette autorité, sous ce rapport tout à fait indépendante, n'est pas moins fort belle et tout à fait vraie ; nous l'admettons. Nous n*en contesterons pas les bons effets. Mais cette morale elle-même qui sert de base à Téducation, à la législation, etc., quel est son degré d'efficacité?

L'élève l'apprend et la répète dans ses leçons; le mandarin l'a sans cesse à la bouche ; le législateur y trouve la raison de la loi qu'il rédige ou formule; l'administrateur, la régie qu'il doit appliquer; l'homme, le citoyen, celle de tous les actes de sa vie privée et publique. Mab l'opposition entre ce qui est et ce qui doit être, n'en subsiste pas moins partout. Le Chinois reste ce qu'il est, menteur, rusé, égoïste, intéressé, astucieux, trompeur et perfide, ennemi de l'étranger, plein d'orgueil, d'une vanité ridicule. Cette civilisation est immorale et corrompue. Je sais qu'il est facile à un Chinois de récriminer en étalant aux yeux de ses compatriotes les vices d'une autre civilisation que la sienne. Le parallèle (voy. Tcheng-Ki-Tong) ne change rien à ce qui est et ne peut guère être contesté.

Le fait est que le peuple qui a un code de morale si beau, si parfait, fii pur, est devenu et est resté le plus corrompu de tous les peuples. Il

cxtui li sagesse o&isirrALB

en est •«» le fins égMBèe^le pi«s faypocrile, kpkishofiiileMix«utreB et le plus oi^ueiUeux. Ceci soil àil sa» nier ses vertus. Ma» il Moibie avoir pris à ièehe, far ta» les actes de aa vie pri^ et pd)liqtie, de doimer le démeati îe j^us fênael à tous les beaux pnéce^ttee d'humanité, àe diariié de son |;raiMl précepteur ou éducalenr«

Entre la morale qui a transformé et régénéré le monde >et qui mi e^ encope au}Ourd'Luî la sève, ^ oette SMrale stérile d'mne milka- Uon décrépUe, oeuK qui (Hat éUUi le parallèle p«iimieiit eaétne euxmêmes embarrassés.

La Sageua Orientais des antres peuples.

I. Les Perses. Le maoïsme. — Trouverons-nous chez les autres peuples de rOrienl des productions de la pensée philosophique proprement dite, des œuvres qui méritent de figurer dans l'histoire de la philosophie ancienne? Il y a sans doute chez ceux dont la ci\îlisation a été plus avancée des traces nombreuses de spéculation, mais qui relèvent plutôt de la sagesse antérieure, distincte de, la philosophie. Nous devons attribuer ces essais ainsi que les monuments plus ou moins traditionnels qui les contiennent, à d'autres histoires, à celle des religions, des mythes, etc.

Pour nous en convamcro et achever de jeter un coup d'oèil sur ces antécédents de ta philosophie ancienne^ nous passerons rapidement en revue les principaux peuples de TOrient chez lesqwls cette sagesse s'est montrée ffvec le plus d'éclat, d'autant plus qu'elle a laissé après elle, chez les Grecs et les Romains, une renommée qui s'est perpétuée et qui dure encore dans beaucoup de savants esprits, chez lesquels l'opinion subsiste toujours, des emprunts qui lui ont été faits par la philosophie grecque elle-même dans la personne de ses plus grands philosophes.

Pour commencer par les Perses et les ilèdes avec lesquels les Grecs etuieat les plus fréquents rapports, «eux-cî, les Greos, mentionDent souvent âvec admiraiioa, après les Gymnasophistes de TLade, les^ Mages de la Perse. Le nom de Zoroasù^e en particulier rappeUc, av«c une haute sagesse, les plus vastes ooncqpitions; tout un sj^^èmt de l'univers, une métaphysique, une physique, uue morale sont liés à une législation entière ou en découlent. Ce système qui repose sur le dualisme j la doctrine des deux principes, a, dit-on, servi d'auiéeédent à la métaphysique de Pkton, à sa théorie des idées; plus ttpd, le mankiéisme ea est sorti, etc.

LES PSBISSS, LS MAGISHB CJOK

Qudi qa*'A en soit de ceCle 4)pyrioii ei«hi problèise pranaluré ^'iis sosièveni, c*est tomber^ sdea bous, dans l'enremr pks haut relevée, de aaaÊaaêrtks4eu\orértséd la pensée ei leurs ceuiires. Ce syslâMe»fii c'en est un, n*est pas un vrai système philosophique, mais une mythologie, une religion. Son auteur lui-môme, Zoroastre [ZéréthoêchtàrS)^ est un personnage mythologique non historique, en tout cas, le fondateur tfune religion. La re&gton <les Perses Ofù apparaissent Orrrmzd et Arihman, le bon et le mauvais principe, f^ qui succède an monothéisme de rinde, peut être un progrès dans rhistoîre de Thumunitè, personnifier le génie plus énergique d'une raee supérieure, mais ce n'est pas pour 'ceh une philosophie. La brillante oonoeption des /zetfeet des FerroerSy où Von a vu l'analogue des idées ée Platon^ le mythe des Amschaspands et des Darwans, autre personnification symbolique, tout cela peut^re eHéau point de vue intetleduel eomme nn pas vers la sagesse abstraite et raisonnée qui n'est éclose que chez les Grecs. Mais celle-ci n'est pas née en Orient; elle ne s'est pas exprimée dans ses fables. On peut trouver, a[H*ès tout, dans les Izeds et les Ferwers, dans cette brillante oonoeption des anges et des dénwns, une analogie avec les idées de Platon, sen principe de Vinteltigence et de la matière, de Yétre et du non-Are, etc. On n*en fora jamais sortir, même par interprétation, son système. Encore c'est une interprétation, non une exposition. — Nous renvoyons à ce qui a été dit plus haut des mythes.

Zorûastrc est un fondateur de religion, non un philosophe. Son (Buvre n'est pas plus un système que le code de Manon qui, lui-même, très probablement, nVst pas nn homme, mais la personnification d'une caste entière. Nous devons donc rayer ce peuple et ces œuvres dues à la sagesse mythologique ou refigiense, de l'histoire de la philosophie ancienne. Cette mythologie y peut être, tout au plus, envisagée dans ses rapports avec les systèmes grecs qui lui auraient emprunté qudque chose. Encore est-ce moins au commencement ou au cours de ces systèfloes que celte comparaison est à sa place qu'à la fin au moment où b conquête d*Âlexandre vient d'ouvrir l'Orient à la Grèce, où les religions et les philosophies se mêlent dans le vaste éclectisme alexandrin. Mais ce point obscur et rés^ré n'autorise nullement l'historien de fa philosophie ancienne à abandonner le terrain vraiment hist<>rique pour s'aventurer, au début, au delà et en dehors de ce qui est bien connu de cette hhtoire. Que Xénophon, !e héros et l'historien de la Retraite des dix mille, ait emprunté le sujet de son roman pédagogique^ la Cyropédie, à quelque tradition récente sur ce conquérant d'Asie; qu'il l'ait transformée au point de mettre dans la bouche de ce

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