‹ La philosophie ancienneChapitre 68 sur 194 · CXX LA SAGESSE ORIENTALE · texte numérisé non relu

CXX LA SAGESSE ORIENTALE

barbare mourant et s^entretenant avec ses fils, la doctrine de Socrate sur Timmortalité de I*âme, cela n'a pas plus de valeur historique que les discours de Mentor au fils d'Ulysse, que l'archevêque de Cambrai lui prête dans un autre roman, le Télémaque, tout rempli d'ailleurs d'idées modernes.

n. Les assyriens^ Chaldéens, Babyloniens. — Mais il n^en est pas tout à fait de même de ces nations où le symbolisme, nous disent de récents historiens, tient moins de place dans les productions de Tesprit spéculatif ou apparaît peu dans les monuments depuis tant de siècles enfouis et tout à coup révélés. Tout, plutôt, dit-on, y a un caractère réel et historique ^ Ce fut d'ailleurs le berceau des sciences mathématiques et de l'astronomie.

u Colossale et terrible civilisation, qui semble n*avoir eu pour but que le déploiement de l'orgueil d'un seul homme. Il est remarquable que la religion occupe dans ces représentations assez peu de place. Tout y est réel et historique. On y trouve peu de traces de symbolisme et de mythologie. Le roi est Dieu, tout se rapporte à lui. Le palais est le véritable et presque le seul temple : un dieu-poisson, sans doute VOannès de Bérose ou le Dagon des Philistins, mérite seul de fixer l'attention. » (E. Renan, Mél. d'histoires et de voyages^ p. 130.)

La philosophie nVt-elle pas dû aussi au moins y éclore, essayer quelques pas en dehors de la tutelle religieuse?

Nous rappellerons ce qui a été dit plus haut de la distinction des sciences positives et de U philosophie. Si, comme en Egypte, on trouve quelque trace d^observation scientifique sur le cours des astres et les grands phénomènes de la nature, chez les Cbaldéens plutôt qu'ailleurs, outre que, c'est là un pur empirisme, aidé de quelques raisonnements, il n'y a rien qui indique les éléments d'une vraie philosophie, rien qui témoigne que l'homme se soit pris lui-même pour objet de ses méditations, qu'il l'ait fait sciemment d'une façon régulière et méthodique, ni qu'il ait agité ainsi aucun des problèmes qui sont l'objet de cette science. A.-t-il même cherché à expliquer les phénomènes et les lois du monde physique en les rapportant à des causes abstraites et en faisant usage des principes raisonnes? Rien ne l'indique. Donc il n'y a pas là de système, pas de doctrine vraiment philosophique. Aucun nom propre, historique, ne peut être cité. Adam Cadmus est un personnage mythologique.

Quant aux oracles de la Chaldée, dont les philoso^es païens ont

1. La dicouverU de Ninke par Layard et BotU : CivilUaiion astyrienney ton caToeUt€,,

LBS GHâLDÉBNS CXXI

fait tant de bruit après TavèDement du christianisme, ]a science sacerdotale de ses prêtres n'a pas de quoi en laisser une haute idée. Ce qu'on sait aujourd'hui de cette sagesse et de cette science n'a guère de quoi la faire admirer et ne mérite pas le nom de philosophie dont on a cru devoir la gratifier.

« Les sciences, à Babylone, étaient le domaine exclusif d'une classe d'hommes qui, à l'époque du déclin de la nation, devinrent de vils imposteurs. On les nommait Chaldéens probablement à l'époque où les Chaldéens gouvernaient Babylone. Leurs mages ont interprété le cours des astres, les accidents, les songes et les écritures secrètes; ils n'ont point fait usage des hiéroglyphes. Depuis le règne de Bélus, la classe des lettrés avait été dans l'Etat un ordre régulier établi par le gouvernement, et il est vraisemblable que, pour flatter ses maîtres, cette classe prit le nom de la nation. C'étaient des philosophes de cour. Aussi ni la bassesse, ni les fraudes d'uner philosophie de cour ne manquent à leur histoire. » {ld.,Ibid., 358.) Cf. Hegel, Bist. de la PhiL, 103.

a L'astronomie elle-même fut une découverte fortuite des tribus errantes. En menant poitre ses troupeaux au milieu des plaines qui s'étendaient autour de lui, le berger observa, dans ses paisibles loisirs, le lever et le coucher des étoiles sur un ciel toujours pur et leur donna le même nom qu'à ses brebis. Ses observations furent continuées sur les toits plats des maisons de Babylone où les habitants se réunissaient pour causer après la chute du jour. Enfin on éleva dans l'intérêt de la science un monument pour suivre le cours des périodes célestes. » (Ibid.) Quelle science? et quelle monument? Il serait mal aisé de le dire.

Que ce soit là le berceau de ces sciences, le fait est à signaler dans leur histoire; mais pour arriver à un système du monde tel que les pythagoriciens le conçurent, le chemin devait être long et tracé par d'autres esprits. Quoi qu'il en soit, cela, on le voit, ne suffit pas pour justifier le mot de Bossuet sur les Chaldéens : « De tout temps la philosophie régnait parmi eux S avec les beaux-arts. » (Bist, univ., 3® partie.)

ni. Lbs juifs; la sagesse hébraïque. — Mais n'y a-t-il pas lieu d'admettre une philosophie hébraïque? Les livres de Moîsey les Prophètes, le livre de Job, le livre de la Sagesse, de Salomon, ses Pro-

1. Si faibles que soient les docaments demeurés en noire pouvoir, ils suffisent pour antoriser en nous la conviction qae la tagette chaldéenne, à part certaines connaissances astronomiques, assez bornées, n'a jamais été qu'un système religieux enseigné au seul nom des conditions sacerdotales et non moins éloigné que le paganisme grec de la véritable science philosophique. « Dkt, det icUncet philoso^ pMguef, article Ghaloéens.

CKUI LA SiiOBSSS OKISNTâLB

i>cries^ aie, ne iOBt-«e pss à 4let nHnaienlB fn nafenoeat me admirable yUJos^ie? La rasK» la pks engeanle, l'esprit le plus prafMie n'y trouvent-ils pas des sdations à tous les gnmds proUècaes qu'agile ia plulosophie, sur l'origiie et la fomatiott du nomfe, sur l'homme et sa destinée, sur les devoirs de la morale des peuples, sur les principes de la lé^pfiiation «A 4e ia poUtique, etc.? Su» doute, on ne peut nier qu'il n'y ait en tout eda la matière d'une plûk^o^ie religîeiMe. Pour boos ee n'est pas b pkilMOpliie comme novs l'entendons avec sei sysAèmes. Un système est nne oonoeption abstraite, ëeloae de la raison eu de k pensée apècnlalive, non un ensemble de vérités révélées, qui peuvent par on procédé nltérieur élre ensoiie coordonnées et oanverties en système. Pour qu'une philosophie m naisse il faut que celle-ci en soit extrûte, qu'elle soit raisonnée, lormulée, discniëe, que le criiérium qui lui est appliqué soit févidnuoe rationoeUe. On fonsne ainsi un sy^ème appuyé sur la tradition ellemême ; et, s'il est sonmb au contrôle d'une autorité supérieure, el&t de la théologie, non de la pbilosophie. Ce travail s'est lait, se fait et jse renouvelle tous les jours; mais œoi est en dehors de notre histoire et nous n'avons pas à le faire«

Nous sommes touJMrs au milieu des mottunaents de la pensée non philosophique mais religieuse, non créés par la raison, mais dns i la révélation. Moïse n'est pas un philosophe. David, Isaîe, Jérèmie ne Je 8(mt pas plus, Satomon lui-même, qui personnifie la sagessoyde ee peuple, est un sage et n'est pas un philosophe. Poor les autres, leur aa^sse n'est pas k sagesse humaine, mais la sagesse divine qui parle par leur bouche et a dicté leurs écrits. Dieu ici est le seul ^e; les hommes qui recneiUent et fixent sa parole ne sont rien par ohx-mémes quedes organes ou des interprètes. La vérité apparaît ici non dkerebée ni trouvée, mais reçue, annoncée, aperçue tout à ooup. La lumière n*est pas celle qui luit au for intérieur, faible et vacillante, qui en esl eilratle par un eiort pénible de la réflexion, uiélée d'erreurs, voilée par des obscurités, sujette k des doutes, objet de mille controvenies* Elle est donnée sur le Sinaï au milieu des éclairs et du tonnerre, ou bien elle est inspirée; ce sont des voyants qui la reçoivent et la proclament. D'ailleurs là ausn tout est symbolique et propliélique. Le Uvre de Joè est aussi un admirable poème; c^est la plainte étemelle de rhomme sur sa destinée. Mais la philosophie li^a pas à le réclamer. Le théologien y verra aussi toute la figure et J'htttoire anticipée du Christ. Ce n*est pas ainsi que se forme, s^xpose €i se juge une doctrine réellement jdiilosophique. La question du bien et du mal y est posée, celle de la justice divine elle-même y est résolue ; toutefois ce n'est pas

LBS JVIFB^ LES ÉGTPTISISS CXXUl

ma noDumettt pbîiMiipIttqae. La Théodioée de PJ«gh»n, dafis le dtxièBie livre des Zm», Jee £es€Lis de ThéoéÂcéc de Leilttik , voilà des Araftés ^îlû60fhigi;»s. €'«1 <q«e la fuestion y est posée, agitée et réMine «d'une façon lonte ratioaneHe. La Polkifue tirée de fÉ^arUwpe saifÊie de Bossuet peut étpe oontidërée cosune «a Imté à k Ms tiiëologiqne et pbikeopUque. il B*a te deraier earaelére •qu^aulast cpie la nÔBoa en fait tons les frais let ^*il est soums à an Ûre eumea. Le, Uvve de SalmHOÊn, de la Sagesm, eekii des Preveries, ont wi earactéite profane, vais bob pUloeophique et aons «airaos povrqam, c'est ^a*il s'y a pas de système. Les véritët soat dparses, non liées, enchaînées à certnos pnicîpes, ikigiquefinent déduites comme dans le de Officiis de Gieénm, les éonts de Sénèfue^ ete. ' PIbs tard apparaissaa, chez les Jinfs, des oeaives plvs yokÔBes de la pbilosoplhe. Mais eneeie les foUes dn Talmttd, la ÎTad^e des Soifs sont pktôt des <fiinires ^m reléueol de la IfaéoJ^ie e( de son iàstirire. Kuis le système d'interprétatioB qui les explifue et les juge, la pensée philosopfaique qui se mêle à la pensée mystique el religieuse, pouilaBt joue iin rôle. Ces moDuments tttxtes peuvent avoir ans» uoe place dams riiisloyie de la phSosopbie. il -en est de flaême «des écrin de Phiion k Juif où le Judaïsme est expliqué par le platonffime.

IV. L'ÉGYPTG ET LA sàGEssB DES ÉGYpnENs. — Que doît-ou peaser* à son Aour, de la $ageiêe des EgyptietufCQ point WÈéritQ d'aulani plas qtÉ'oo s'y «TÔie, qae c'est à cette source que les tirées, sicvant l'opilâon oooiflUMie, oatprânctpakneatpviBé poar feor phifesopUe, comme pour les arts et les seienoM ei toas les élémeaits de leur civSi'salioa.

Cette «agesse si vaatée, qae taoA d'écrivains m divers «at célébrée, è laquelle, s'il imA ea croire les ;iMiears les phis graves, les plus graads philosophes de la Gricd, Pylàagere, Piaion, auraient dû leurs q)écBlatk)a6 les pfa» haoles et les plus profondes^ qa'est-eUe? E(^t<«i ea droit «de la qualifier eUe-mème de philosophie? Pkloa, le éimi Hatoo qui avait vo]ragé en Egypte, ne reconnaH-il pas (Timée) la parenté étFoiteT^fui anît les habitants de Saïs et les fils de Cècrops? et kd-Bième n'a4-il pas largement pœséâ 'Oette souree? — Nous B*avons pas ioi à trader a fond ce sujet qui. sera examiné en son lieu; mais seuïemenc à en dire quelques mots au point de vue des «oaaoKmoemenis de ia phitosopUe aneienae. Oc, il faut bien le signaler, à niiesurc qae rarohéologie fait des progrès et qne la critique moderne ap[»'écie mieux les monuments de Tanliquité, l'opinion ancienne ou vulgaire, déplus en plus, peM sa valeur. En particulier, le lien se relâche qui devait unir la philosophie groeque à la sagesse é^ptûmne. Longtemps

Page 1