CXXIY LA SAGESSE ORIENTALE
admise, la thèse aujourd'hui serait difficile à soutenir. En tout cas, si le lien existe, la transformation fut complète. La sagesse égyptienne, toute sacerdodale, n'a rien qui ressemble, d'après l'idée que nous nous faisons de l'une et de l'autre, à une vraie philosophie. Les différences sont essentielles et nous n'aurions qu'à nous répéter pour le prouver. La sagesse égyptienne, disons-nous, toute sacerdotale, n'a rien qui ressemble à la sagesse grecque qui est toute philosophique. Qu'un des prêtres de Sais ait dit à Solon (Platon, Timée^ 86) : « Vous autres Grecs vous êtes toujours des enfants. Il n'y a point de vieillards parmi vous. » C'est l'inverse qui est le vrai. C'est le cas de rappeler le mol de Bacon : « L'antiquité, c'est la jeunesse du monde. »
Qu'y a-t-il de commun entre l'esprit grec et l'esprit égyptien? cette profondeur de la sagesse égyptienne jalouse de se cacher, de ne rieA divulguer ou d'envelopper la pensée d'un voile impénétrable aux profanes, si profonde qu'elle reste un mystère pour elle-même, et la sagesse des Grecs, si curieuse, si bavarde, si discoureuse, 91X0X0^0; xac TtoXuXoyoç {Lois^ I, 641). Depuis des milliers d'années qu'on en parle, elle n'est pas encore sortie des sanctuaires de ses temples ^
Depuis qu'on a remué en tout sens le sol de cette mystérieuse contrée, qu'on interroge ses monuments et qu'on déchiffre ses hiéroglyphes, est-on parvenu à découvrir un seul système, je veux dire une doctrine abstraite, claire, logique, personnelle? Non, ce qu'on aperçoit, ce sont des symboles, ce sont des croyances, des dogmes enfermés dans des mythes. Les personnages, his et Osirisy Theui ou Hermès^ sont des divinités dont les mythes offrent un sens plus ou moins compliqué sur lequel les savants dissertent. Mais pas un système, je ne dis pas comme celui de Platon ou d'Aristote, de Zenon, mais comme ceux d'Empèdocle, d'Heraclite ou de Pylhagore, n'est apparu à la suite de ces recherches savantes et multipliées. C'est que des hommes comme ces philosophes étaient impossibles dans cette société comparée à la Chine, mais soumise au régime sacerdotal qui n'a cessé d'y régner.
L'Egypte a été et sera toujours le pays des énigmes el du Sphinx. Lui-même, le sphinx, est son symbole. Sa sagesse est toute symbolique. Les plus récents égyplologues eux-mêmes en conviennent *. La science veut être libre et elle veut le grand jour; elle écarte les énigmes. Les Egyptiens appelèrent les Grecs des enfants. Ces enfants ont plus fait, on l'a dit, pour la science et la philosophie en deux siècles que l'Egypte pendant tout le cours de ses dynasties. Plus tard, il est vrai, après que
i. tt Les prêtres d'Egypte n'ôtent jamais le voile qui couvre la statue d'Isis et euxmêmes n'ont jamais vu cette statue sans voile. » Ballanche, Orphée. 2. V. Maspero^ HisL ancienne des peuplet de VOrient,