LBS PHÉNICIENS, ETC. CXXV
la philosophie grecque eut enfanté ses systèmes et qu'elle les eut achevés, sa tâche parut épuisée. Les Alexandrins cherchèrent à ranimer ce flambeau près de s'éteindre du génie grec au foyer de la civilisation orientale. C'est alors que les Alexandrins crurent retrouver la philosophie entière elle-même dans ces mythes, extraire de ces symboles la sagesse qui y était contenue pour l'accorder avec celle des systèmes. Entreprise noble sans doute, mais qui dut en partie échouer. Elle donna lieu à des explications arbitraires et hardies qui aboutirent à un nouveau système; c'est ce qu'on verra en son lieu et en son temps.
Admettre que Pythagore et Platon aient emprunté à la sagesse des Egyptiens, c'est ne pas comprendre leurs systèmes et de ces systèmes ce qui en fait des créations vraiment philosophiques. Ce qui les fait telles, c'est la métaphysique, la logique, la psychologie elle-même et on peut y ajouter la morale, etc. Toute cette partie leur est propre, et c'est la plus importante. La partie accessoire ou extérieure, celle qui a le moins vécu et a disparu, telle que la métempsycose, le régime des castes, etc., y est elle-même transformée, hellénisée. Cela d'ailleurs ne constitue pas une vraie philosophie. Cellensi reste toute grecque. Bref, et pour tout dire, les Egyptiens n'ont pas à nous offrir un seul philosophe, ni une seule doctrine philosophique. Hermès Trismegiste, qui aurait inventé les arts et les sciences, est un personnage fabuleux comme les autres. Les Alexandrins, eux-mêmes, sont Grecs. Plotin, Proclus, Porphyre, Jamblique tirent leur sagesse de la Grèce. Ici donc c'est l'Egypte qui emprunte aux Grecs, non les Grecs aux Egyptiens et à la sagesse égyptienne.
V. Les Phéniciens, Tyrïbns, etc. — Il n'y a presque rien à dire de ce peuple et de cette race dont l'esprit éminemment pratique, nullement contemplatif, voué au commerce et à la navigation, a eu une mission civilisatrice toute autre, celle de mettre en communication les autres peuples. U a inventé cependant, dit-on, V alphabet , instrument précieux et puissant de transmission de la pensée; mais déjà cette invention est attribuée à l'Egjrpte {Theut)y et ils n'auraient fait que la propager. Quoi qu'il en soit, ce serait tout. Cette invention a-t-elle produit une science, une conception pure de la raison? Nous n'avons pas même à nous poser le problème. Aucun art, aucune littérature, qui du moins ait survécu chez ce peuple dont l'esprit était tourné tout entier vers l'utile, mais une religion sanguinaire, voluptueuse et craelle avec quelques mythes : ceux de Baal ou de Bel, de Molock ou d'Astarté, etc.