SECTION PREMIERE
(pRBMWaS PÉRIOOë)
PHILOSOPHIE ANTéSOCRATIQUE
Caractère général de cette pérlede. — Cevp d'œtt sur la svcoeeflloii éB9 syetéwaca^
L CAmACTÈRB GÉNÉRAL. -- L'esprît spécuUtiE, à son origîae, devait obéir à la loi de la pensée^ qui est de s» perler au debora avant de revenir sur eUe-roème* La pliileeopbie grecque {ut donc d'aberd «se phUosepkie de la nature. Les reoberebes sue TocigiiM al k formatien du monde, sea lois généralea, la naissaBce des différtnis éires qui le compeeent, tel est Tobjet coistani et unique aor lequel se perte el se concentrer rattentioA des philefiopbAa. L'bonuue n'y figure qu'à sa place à la mkkb des autres èlres^ Les problèmes qui se rattachent à la nature de son esprit et au savoir humain, à la destinée humaine, cle.^ a^y sent pas soulevés et agiles ea eux-mêmes el pour eux-mêmes, mûa aecideateUement ei sana qu'on an soupçonne encore la portée. Tel est le eaiactère commua à tous ces systèmes. — Quant à la méthode qui les engendre et qui y est suivie, elle est, comme ou doit Tatlendre à ce début, plus ou moins hypothétique ou à prwri; m»s» malgré la ressemblance des systèmes, elle effire des différences assez remarquables pour qu'on y reconeoifise déjà les deux grandes éirettions de l'esprit humain , Tune empùriquey l'autre ratUmcdiate. L'emploi prédominant des deux facultés prinei^les, les aenr et la raison^ est ce qui distingue les deux éceles pdncîpales. L'école i^mennây adxmnée à l'observa* tion sensible, bieii qu'elle la dépasse ei eouf oive uu principe métaphysique, n'en représente pas moina Vempèrieme. L'école pytha* gorieienaie ou HaHquef contiauée par YéiéatismtyObéi^ à ta tendance contrakre. Elle aussi reste daaa le domaine dea choses physiques; mais la manière dont elle les enwage est toute différeale. Toutes deax a'anrèleni à la considération du monde extérieur et visible ; mais l'une saisit surtout le c6té phémménah rautre, les rapports qui en sont la raison. (Voy. Cousin, ffial..9^n.» VH.)
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La première, même quand elle remonte an principe métaphysique, ne sort pas du point de vue physique ou matériel, et elle )« conçoit lui-même comme matériel [l'eau, Ymty h feu). L'att4re immé- Paiement dégage du sensible le rationnel, c'est-à-dire Tidéal, et e\h le saisit comme tel. Le nombrey Ynnké abstraite, inaccessible aux sens, Toiià ce qui pour elle est se«) inteDigiUe, et elle s'y repose. Noos reriettdrous sur cette distinction capitistle. Elle suffît pour marquer ici, à l'origine, la présence de cet deux direclîoaB de l'espril q«i se partagent tovCe ^histoire de la philosophie. Le réa^ Utme et Vidéalisme, btea qu'te ne soieat p«s avssi nettement définis et séparés qu'ils le seront plus taré, y e»t leur berceao, qui est le berceau néaie de cette histetre. Leur lutte se continuera dans tout son cours. E» e«x se personnifie le génie des deux races dont rantagonisnie forme le nœud de Fhtsloire de la Grèce : la race ionienne etla raee dorienney l'une plus me et plvs expaneive, plus portée à la vie extèrievre, l'autre plus eonoefttrée et sérieuse, plus r«de et plus sévère, denée d'one phis grande profi^ndeurspécnlative, partant plvs idéaliste ^ — La forme d exposition est aussi à noter. Eue est ce qu'elle devait être à cette époque d'enfiuice, oA la philosophie, à peine séparée de la religion et de la poésie, retient quelque chose de Tune et de l'autre. Elle «nprunte souvent à la mytbolegie ses données, qu'elle explique à sa manière et cherche à s'approprier. La poésie Un fournit la langne : la plupart de ces philosophes écrivait en vers. Leurs systèmes sont des poèmes de la nature (^epl funcoi;) oà se relètent souvent les traditions et les fables cosmogonîques. La prose, la prose philosophique snrtoat, ne pouvait naître fun quand la pensée, ayant atteint la maturité, serait capable de s'exprimer d'une manière abstraite, dans un langage créé pour elle et par elle, adéquat à ses couceptions.
n. Suite et enchaînement des doctbines. — Ceci est un problème beaucoup plus difficile et plus déUcaL Ce qui le prouve, c'est le désaccord des historiens '.
1. M. ZeHcr rejette l'opposlrton do réalisme et de Viàéalisme dans celte époque. Ses raisons ne nous semblent rien moins qne concluantes. Que la dlsUnc- ^D soit mohn claire, l'opposition moins nette, cela est vrai; mais elle subsiste. Lui-même en conyient. Le pythagorisme n'est pas TidéaXisme de Plalon ; mais les nombres ont frayé la voie aux idées^ et la parenté est évidente. L'éléaflame, le ptntbéisme de Tunité est né d'une conception métapbyâique tonte rationnelle. Parménide et Spinoza se répondent. — Mais, dit-on, la métaphysique aussi est cbez les Ioniens. On y Invoque le raisonnement contre les sens. — C'est, selon nous, une contradiction dans ces systèmes. (Voy. infra.)
2. On n'a qu'à comparer les historiens de la philosophie ancienne pour voir
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Yoici comment nous croyons apercevoir la marche svccessWe et le lien de ces systèmes.
Presque au même temps ou à peu d'intervalle, apparaissent, au début, les deux grandes écoles dont il a été parlé, Tune en Asie Mineure, l'autre en Italie et en Sicile ou dans la Grande-Grèce.
La première {ionienne) aborde le monde avec les sens; elle trouve Texplication de ses phénomènes dans un principe matériel (l'eau, l'air, le feu). Ses philosophes sont davantage des physiciens (<pu<rioX<^foi). De ce principe, ils tirent la solution de tous les problèmes. Dans la succession des êtres, ils voient plutôt une transformation et une combinaison qu'une création ou une génération. L'autre école {italique)^ où se font remarquer surtout des mathématiciens et des astronomes, sans sortir du monde matériel, s'attache uniquement aux rapports, ce qui est le côté rationnel. Le rapport quantitatif, abstrait, numérique et général, non l'individualité phénoménale, fixe son attention et seul a pour elle de l'importance.
Ce qu'elle cherche et veut voir, c'est Yimmatériel dans le matériel, tandis que l'autre voit le matériel dans Yimmatériely même lorsqu'elle le conçoit au point de vue métaphysique. Là est la différence profonde dans l'esprit des deux écoles t.
L'une est l'antécédent, la mère de toutes les écoles empiriques et sensualistes; Tautre est le point de départ et l'origine des écoles idéalistes et spiritualistes. On le verra par Platon, qui fonde ridéalisme véritable. Quoi qu*il en soit, cette école, qui place dans le nombre la loi de l'étendue et du mouvement, y trouve aussi, avec la mesure, la proportion et Tharmonie, la clef de tout problème relatif à l'univers physique et moral. C'est Técole pythagoricienne.
quel est, à ce sujet, leur embarras, quel désaccord existe entre eux quand il s'agit de classer les écoles et d'établir les rapports véritables de ces systèoies, dont nous n'avons que des fragments. Les sources ou les documents dont l'historien dispose, de plus, sont insufDsants; mais la raison principale est la nature même de ces premiers essais de la spéculation philosophique. La confusion est inévitable dans ces débuts de la pensée humaine. Les lignes qui séparent ces doctrines sont indécises. 11 n'en est pas comme des œuvres d'une rétlexion plus tardive et plus mûre, quand la raison est plus sûre d'elle-même, que ses» pas se sont affermis, qu'elle a une conscience claire de sa méthode et de ses résultats. Le lien logique qui unit les parties au tout, dans ces systèmes, n'est pas aussi facile à reconnaître. Il n'est pas néanmoins défendu de le chercher, de s'attacher à suivre ce fll caché qui relie entre elles ces doctrines et à marquer leur suite et leur développement.
1. M. Zeller, qui l'a trop méconnue, a tort, selon nous, de placer sur la même ligne ces trois écoles ionienne, pythagoricienne, éléatique. 11 y voit une évolution chère à l'hégélianisme : les sens, le raisormement, la raison. Cette vue systématique l'a entraîné trop loin, et ses raisons ne nous paraiaieDl nullement convaincantes.
LA SUITB DBS SYSTÈMES 17
Un instant séparées et parallèles, ces deux écoles se rapprochent et entrent en lutte; noais, auparavant, du pythagorisme, du moins à cAté de lui ou à sa suite, natt un autre système qui va plus loin que lui dans la voie de l'abstraction et de la conception rationnelle. Avec une grande hardiesse il tire du principe antérieur toutes ses conséquences. S'élevant tout à fait au-dessus du monde sensible à la plus haute abstraction, il rompt avec les sens et nie leur autorité ; il rejette la pluralité, et n*admet que l'unité, racine non plus des nombres, mais des êtres , substance immobile. Il nie avec la pluralité le mouvement. C'est le panthéisme des éléates^ où le monde sensible disparaît, n'est qu'une illusion des sens. Ainsi raisonnent Parménide et Zenon.
Cette conception heurte trop le bon sens et la raison elle-même pour ne pas être contredite. Aussi, du point de vue opposé naît la contradiction. Avec l'ionien Heraclite apparaît l'antithèse. A l'unité immobile s'oppose la mobilité éternelle : le devenir. Dans ce principe cependant, il est tenu compte aussi de la stabilité dans le changement. Vêtre et le non-être, la pluralité et Vunité s'identifient dans le mouvement étemel. Mais le changement domine ; la loi du monde n'est pas moins proclamée Yétemelle instabilité de toutes choses. La transformation incessante n'y est que l'éternel renouvellement.
Ce système obscur et profond ne pouvait satisfaire la raison ni concilier les contraires. En vain le Sicilien Smpédoele essaye d'accorder les résultats contraires dans une espèce A'éeleetisme où les éléments pythagoriciens et éléates se trouvent combinés avec les éléments ioniens. Il ajoute aussi un quatrième élément, la terre, qui complète la liste des quatre éléments. En vain encore il s'efforce, au moyen de deux principes nouveaux, d'expliquer le mélange et la formation des êtres : Yamitié et la discorde. Cet essai est trop faible, l'œuvre incohérente. — Un système plus conséquent apparaît qui ramène tous ces principes opposés et contradictoires à Vunité^ unité, si l'on veut, métaphysique , en réalité purement matérielle et physique : le système des atomes, Vatomisme de Leucippe et de Démocrite. Progrès incontestable, simplification éclatante. Ce système est le triomphe de l'empirisme et de la métaphysique fondée sur les sens, la base de tout le matérialisme ancien et moderne.
Supérieur en clarté, en simplicité, en logique, à tout ce qui précède, il est loin de suffire aux exigences de l'esprit humain et de la raison.
Un tel principe en effet, ni aucun des précédents n'atteint au fond
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daB choses. L'esseace des êtres, le principe qui les fait agir et se mouvoir, ce n*est ni le mouvement, qui est un effet, ni une aveugle et fatale nécessité. Le mouvement réglé, ordonné ne s'explique que par un moteur capable de mouvoir, capable surtout d*établir Tordre au sein de la matière et du chaos, et ce moteur doit être intelligent.
L'ordre au sein de l'être ne peut être mis que par l'esprit. La raison, la pensée, voilà la vraie cause, le vrai principe du monde physique et moral. C'est ce pas que fait faire à la philosophie il naa?*gore par sa conception de Tesprit : vouç, k la fois moteur et ordonnateur. Comn»e le dit Aristote [Met., I), tous ces systèmes ne sortent pas du point de vue matérialiste; car ni dans l'une ni dans l'autre des deux écoles, la distinction nette, précise de la matière et de Tesprit, n'est laite ou aperçue. A peine Tespritest entrevu comme ordre du monde, confondu avec lui et avec ses lois qui restent inexpliquées. L'apparition du v»u€, c'est une espèce de /iat (ujb au nâlieu des ténèbres.
Mais cette conception supérieure elle-même et qui fait pressentir Socrate, reste informe et comme stérile entre les mains de ce phi^ losophe. Il ne sait pas tirer parti de ce principe et l'abandonne aussitêt. L'esprit, pour lui, est un moteur inactif, une sorte d'âme du monde qui ne tait rien comme esprit, d'une façon intelligente. Sans dessein, il arrange le monde en vertu de ses. lois. Il n'est pas cause finale. Plus physicien que métaphysicien dans les applications, Anaxagore continue à tout expliquer par des causes purement physiques^ les hypothèses grossières de l'élher, du feu, ete. De plus, il reste dans le dualisme par son système des Aomoiomërief ,. où domine le point de vue mécanique du mélange et de la combinaison des parties similaires analogues aux atomes. Tel est la dernier de ces systèmes.
Cependant au sein de la civilisation grecque de grands et profond» changements s'étaient accomplis à la fois dans Tordre religieux, moral, politique et intellectuel L'esprit humain avait marché;^ les vieilles institutions étaient ébranlées. L'esprit grec éprouvait des besoins nouveaux qui demandaient à être satisfaits. La nécessité d'une culture nouvelle se fait partout sentir. Les SopM^les apparais^ sent qui se chargent de la lui donner.
De tous les points de la Grèce viennent des hommes instrui4ft en tout savoir, habiles en tout art, éloquents, quoique d'une éloquence brillante et pompeuse ; raisonneurs subtils, ils soulèvent d« nouveaux problèmes et appellent l'attention sur une foule de sigets dont jusque-là on ne s'était pas occupé : la poUti(|ue, la morale, etc.