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LES IONIENS TUALËS, ANAXIMANDRE, ANAXIMÈNE, ETC

Caractère général de l'école ionienne. — - 5a double direction. ~ Le caractère de cette école a été marqué plus haut : l'observation par les sens et Tadoption d'un principe matériel. Dans cette voie on a reconnu (Ritter) une double direction chez les philosophes. Les uns (Thaïes, Anaximène), tout en admettant la matière» raniment et placent en elle une force vivante.

Ce sont les physiologistes ou les dynamistes (hylozolstes). Les autres regardent le monde comme le produit mécanique d'éléments inertes (voy Ritter, t. Ij. Chez les premiers, il y a l'idée A'une force active et vivifiante, qui varie dans ses propriétés et ses développements, et par qui s'expliquent tous les changements dans k forme des objets. Pour les autres (les mécanistes), cette forc« n'existe pas. Il n'y a ni naissance ni développement interne ; les éléments gardent leurs propriétés ; la diversité des êtres et de leurs formes vient toute du mélange et de la combinaison^ des rapports de quantité ou du déplacement dans l'espace. La matière en soi est permanente. Cela se voit déjà dans Anaximandre^ plus tard chez Empédocle et même chez Anaxagore^ qui, bien qu'il admette une cause intelligente, lui donne pour unique rôle d'arranger ou de combiner les parties de la matière (homœoméries). L'école atomislique porte ce système à sa perfection. L'atomisme, c'est le pur mécanisme. — Il n'est pas sans intérêt de voir s'accuser dès le début de la philosophie ancienne celte distinction, qui se reproduit à toutes les époques chez les physiciens ou naturalistes philosophes '.

I. Thalès. — Le chef de cette école (ipx^c, Arislote) est Thaïes de Milet, né environ 640 ans avant Jésus-Christ. Il est aussi compté parmi les sages. Le premier, il eut un système, et à ce titre il est

1. M. Zeller, il est vrai, conteste cette distiDCtioD. Il la rempltoe par une autre plus systématique {Véir$ et le devenir), qui au fond s'y ramÔDe. Nous pensons qu'on doit la maintenir, en accordant que rien n'est parfiiitement distinct ni précis dans ces anciens systèmes.

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un Trai philosophe. Il ouvre cette série d'esprits méditatifs ou de penseurs qui après lui se sont succédé pendant des siècles.

i^ Sa vie. — Elle est peu connue. On sait qu'il vécut avec Selon à la cour de Crésus, roi de Lydie, auquel il donna plus d'une fois des conseils peu suivis. Après la mort tragique de ce prince et la chute des cités grecques de l'Asie, il se retira des affaires publiques pour se livrer à la science. Il voyagea, dit-on^ en Crète, pour étudier la religion et les mystères, chez les Phéniciens, peuple navigateur et versé dans l'astronomie, en Egypte, où il se mit en rapport avec les prêtres de Memphis (Hérod., Diog. de L., Plutarq., Jambliq.). Il s'enquit de leur science et leur apprit, dit-on, à mesurer les pyramides par leur ombre, ce qui ne s'accorde guère avec le récit qui fait de lui leur disciple. A son retour dans sa patrie, il y reçut de grands honneurs, dus à sa réputation de science et de sagesse.

Ayant prédit une éclipse, il excita encore plus l'admiration. La malignité grecque pourtant ne l'épargna pas. La fable de l'astrologue tombé dans un puits et que Platon applique à tous les philosophes {ThééUte) aurait été faite pour lui. Pour montrer qu*un philosophe peut aussi, quand il veut, soigner ses intérêts, il acheta, dit-on , tout le produit d'une contrée d'oliviers et s'enrichit en faisant monter tout à coup le prix de l'huile. Cette fable et d'autres prouvent au moins l'idée qu'on se faisait de la supériorité de son esprit. Il en est de même du trépied d'or que lui auraient envoyé les autres sages. Il jouit dans l'antiquité d'une grande célébrité à la fois comme astronome, physicien, moraliste et législateur. On lui attribue faussement des ouvrages sur l'astronomie et les météores, quoiqu'il n'ait rien écrit. Il mourut à 90 ans, en assistant aux jeux Olympiques.

S"" Son système. — Dans ce qu'on en sait de positif, il se réduit à cette simple proposition : a Veau (6$(i>p) » est le principe des choses. (Arist. Met, y 1, 3.) — Comment Thaïes fut-il amené à celte idée? Probablement, dit Aristote, parce qu'il voyait que c'est l'humidité qui nourrit toute chose, que le chaud lui-même en vient et que tout animal vit de l'humidité... Les semences des choses sont humides de leur nature. Or, l'eau est le principe de Fhumidité des choses humides. » [Ibid.]

Il y avait aussi dans la tradition de quoi lui suggérer cette pensée. c< Les premiers théologiens se figurèrent la nature de la même manière que Thaïes. Us ont en effet représenté comme les auteurs de l'univers Y Océan et TMiys^ et les dieux jurent, selon eux, par

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l'eau, par cette eau que les poètes appellent le Styx. a L'eau, c'est la forme première de toute existence ^

« Y a-t-il, dans celte vieille et antique opinion, une explicalion de h nature ? Cest ce qu'on ne Toit pas cfaircment. Telle fut, toutefois, à ce qu'on dit, la doctrine de Thaïes sur la première cause. » (Id , iHd.)

On le voit, sauf le principe, tout ici est conjectural. Quant au monde dans son ensemble. Thaïes disait (voy. ibid.) qu'il est animé (IjjiJAixov) et « rempli de dieux ». Il l'appelait divin (ôêTov). Cest donc une sorte de panthéisme naturaliste. Il serait ainsi le premier des animUtes * (hylozoïsme).

Mais, par ce principe (t^px^)> que faut-il entendre? la substance ou la cause? Ce qu'on doit dire, c'est que de telles distinctions sont ici prématurées. D'ailleurs pour qui aborde avec les sens le problème de l'origine des choses, ces termes cat/^e, matière, principe^ substance sont synonymes. Il s'agit plutôt d'une trans* formation que d'une création. L'eau, c'est ce qui prend toutes les formes. L'empirisme ne va pas au-delà de la succession des formes. Hais ridée d'une cause productrice et créatrice est étrangère à tous ces systèmes.

On a discuté longuement sur le théisme et Vathéisme de Thaïes comme des philosophes de cette école. Cicéron le croit théiste '• Ces questions sont oiseuses; elles n'existent pas à l'origine. Tout est mêlé dans la pensée primitive. Âristote tranche le nœud. Anaxagore, dit-il, est le premier qui ait clairement (tpacvepS);) séparé l'esprit de la matière.

C'est là le plus important à dire de ce premier-né des systèmes grecs. Le reste {Cosmologie^ physique^ astronomie^ etc.) n'a que peu d'intérêt ou est incertain. Encore faut-il distinguer la partie mythologique, dans Tbalès,dela philosophique. Ce qui est dit de ses découvertes en géométrie^ en astronomie, ea physique (Hérod«, I,

1. L'eau joue un grand rôle dans tous les mythes. C'est le preiBier éléneoft dans la doctrine des Brahmanes ; dans la mythologie grecque, Rhéa est l'humidité primordiale. (Voy. Grenzer, S\fmboUy l, 595.) L'esprit de Dieu plane sur les eaux au début de la cséatioD dans la Oeoèse.

L'eau esl l'élément sacramentel dans le baptême chrétien/ les ablotions et aspersions dans le culte mosaïque, le mont Mérou et la mer de lait chez les Indous, le lotus dans les mystères d'Isis et d'Osiris en Egypte. (Voy. Creuzer, Symboh, 1, 595. HolUnger» Apol. du ehriuian., t. IV, trad. fr^ p. 240 ; StefToot, Anthrop., I, p. 48.)

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