LA. SCIBNCB ET LA. PHILOSOPHIE XI
d'essentiel et de vital, est présent et vivant en nous. II a contribué à notre éducation morale et intellectuelle. Mêlé à d'autres éléments il est devenu l'aliment de notre esprit. Ces hommes, Socrate, Platon, Aristote, etc., sont nos précepteurs comme ils ont été ceux de la portion la plus éclairée du genre humain. Ils nous instruisent et nous conseillent toujours. Sic clarùsimi sacrarum opinionum conditares nobis nati suntj nobis vitam prœparaverunty etc. (Senec.)
Plus difficile i exposer et apprécier est la seconde opinion. Elle a cela de commun avec la précédente que, sans nier la métaphysique et sa légitimité, tout au contraire en lui faisant une place très haute et privilégiée au sommet de la pensée, elle lui refuse et i la philosophie tout entière le caractère scientifique. La philosophie, nous dit-on, n'est pas une science ^ Qu'est-elle donc? Elle est un produit spécial de l'esprit humain, analogue à l'art, à la religion, à la poésie. Gomme pour la poésie et l'art, son objet est Yidéal. Un système est une création mixte de la pensée, due à la fois à la raison^ à Vimagination et au sentiment. Aussi n'a-t-il qu'une valeur personnelle; il ne peut ^réienàrekVimpersonnalité qui caractérise les œuvres scientifiques '. Mais, bien que la certitude objective lui soit refusée, il n'a pas moins une haute valeur. Née du besoin le plus élevé de
1. « La phUosophie ne peut être rapprochée de la acience en ce sens qu*elle en formerait soit le premier, soit le dernier échelon. C'est le produit d'une faculté de Tintelli^nce qui, dans la sphère de son actiTité, s'exerce et se perfectionne selon le mode qui lui est propre. • A. Cournot, Esiai sur les fondements de nos eonnaiss., t II, p. 222.
2. Dans Tordre des spéculations philosophiques, les déTeloppements de la pensée consenrent toujours un caractère de personnalité qui fait que chacun est obligé de se faire sa philosophie. La pensée phUosophique est bien moins que la pensée poétique sous Tinfluence des formes du langage, mais eDe en dépend encore. — Personne ne songera à nier les connexions de la philosophie et de l'art Id. Jbid.^ 223.— Cf. Otto Liebmann, p. 48, 62.
xn INTRODUCTION
l'àme, le besoin de Tidéal, la métaphysique conserve sa place, la plus haute, parmi les formes de la pensée humaine. Il y a plus, les sciences elles-mêmes, les sciences exactes et positives, lui empruntent avec leurs principes, leurs idées inspiratrices et directrices * . Cette opinion compte aujourd'hui un grand nombre d'adhérents, fort distingués, dans le monde philosophique. Sans parler d'un écrivain célèbre dont la doctrine philosophique, il est vrai, est difficile à saish*, mais dont la plume brillante fait passer bien des paradoxes*, des savants, qui sont aussi des philosophes et dont le nom n'est pas sans autorité, très formellement la professent '. Des métaphysiciens éminents et qui sont aussi au premier rang parmi les esthéticiens, lui semblent au moins très favorables ^. Les disciples, plus ou moins indépendants, les suivent dans cette voie et quelquefois dépassent leur pensée *. De savants critiques, qui consacrent leur science et leur talent à l'histoire de la philosophie, n'hésitent pas à la soutenir par des raisons qui peuvent paraître plausibles •. D'autres, non toujours très conséquents, donnent à croire qu'eux aussi la partagent \ Elle doit plah*e surtout aux esprits, très nombreux, littérateurs ou autres, qui, sceptiques ou demi-sceptiques, reconnaissent au moins à la philosophie un rôle important dans les choses humaines, sans trop s'expliquer en quoi ce rôle consiste ni se faire une idée bien nette de la philosophie ^.