‹ La philosophie ancienneChapitre 80 sur 194 · LES IONIENS · texte numérisé non relu

LES IONIENS

sens tel que Ta toujours compris Vécole sensualiste t. Ce n*est pas moins un progrès réel au sein de cette école.

Phérécyde^ de Scyros, son contemporain, plus jeune que lui, partagea, dit-on, sa doctrine. Hais il est plutôt un théologien ; avec lui, la mjlhologie reparait. Il disait que les principes des choses sont Jupiter, Cybèle et le Temps (Cronus). Jupiter, c'est Télher ou le feu, l'élément actif; la Terre (Cjbèle), l'élément passif; le Temps, celui dans lequel tout s^engendre. (Sext. Emp., Hypoth., c. 3.) — Anaximandre et Phérécyde sont les deux premiers philosophes qui aient écrit.

IIL Anàximène (de Milet) florissait vers 557. On varie sur le temps de sa vie. Selon ApoUodore, il mourut l'année de la prise de Sardes (ôQ** olymp.). Fut-il Tami et le disciple d'Anaximandre dont il aurait éclairé et perfeclionné le système? Le point est fort contesté. (Yoy. Zeller.) Ce qui est hors de doute c'est qu'à l'eau'il substitua un autre principe : l'air* auquel il joignit probablement comme attribut Vinfini : à^x^yt àépa elvai xal t^ dhceipov (Diog. L. ; Cf. Cic. de Nal. deor., I, 10.)

Pour lui, l'air est Dieu ou animé d'une force divine : divina vi fœcundus aut a spiritu divino inhabitatus, {Ibi4.) Nouveau débat pour savoir s'il fut ou non théiste. Pour nous, cela veut dire qu'il fut animiste non mécaniste.

DioGÈNE d'Apollonie est un autre philosophe dont on fait le disciple d' Anàximène. Il admet aussi l'air comme principe. Chez lui le progrès consiste en ce qu'il cherche à le prouver. 11 se préoccupe aussi plus des différences individuelles, etc.

Résultat général. — Le progrès dans cette école. — Si l'on examine plus en détail ces systèmes, on y découvre un progrès réel. Ce progrès consiste : 1« dans la forme^ la séparation de plus en plus marquée de la théologie et de la philosophie; 2» quant au fondj dans la conception de plus en plus nette du principe matériel et de ses attributs (Anaximandre); 3"" dans l'adoption d'unprincipe déterminé, de plus en plus capable de rendre compte des phénomènes (l'eaui l'air, le feu, etc.); i"* dans la systématisation des parties, ce qui indique à la fois un progrès dans la métaphysique des idées et dans l'observation des faits encore grossièrement aperçus, mais rattachés au principe. — Ainsi, chez Thaïes, ce prin-

i. Le mouvement des parties s'accorde avec Tétemité du tout. Le circulut mUrni motui est dans cette phrase. Il disait : infinitot generari mundot, eorruptot in infinitum redire^ (Ëusèbe.)

ANAXIMÈNB 25

cipe est grossier, ses attributs non définis; Télément tbéologique se combine avec Tidée philosophique. Anaximandre dégage le principe et le conçoit d'une façon métaphysique. Anaximène le saisit à la fois sous les deux aspects. Le progrès n'est pas moindre dans Tenchalnement des idées. Selon Anaximène, l'air primitif est invisible. Il se manifeste par le froid et le chaud, puis par rhumidité ei le mouvement. Raréfié à un plus haut degré, il produit le feu; plus dense, les nuages ; puis Peau, puis enfin la terre ; au dernier degré les pierres. On reconnaît là un esprit ingénieux, attentif aux laits et qui sait les coordonner. Hais on aurait tort d'y voir Tidée d'une cause efficiente, génératrice ou finale. Cette idée est absente de toute cette école. ^ Nous laissons de côté les hypothèses ou opinions attribuées à ces philosophes, la physique, Y anthropologie^ etc. Peu ou point de mathématiques. La Terre est au centre du monde. La morale est à peu près nulle; quelques sentences ou maximes ne constituent pas une doctrine '.

1. Sur VEcoU ionienney onlre les HUt, de la phtl,, Tiedemann, H. Ritter, etc., Cf. Mallet, Hist, de la phih ionienne, ÎQ-S, Paris, 1842; — Hermann, De philosophorum ionicorum mtatibut, Golt, 1849; — Gh. Brandis, Sur la suite des physiol. ioniens^ in Rhein Mus, III, 7, p. 105, et surtout Zeller, Phil, des Grées j t. I, trad. E. Boutroux.

Page 1