I. — La Vie, l^Institat et TÉcole de Pythagore
I. La vie de Pythagore. — 1* Sa naissance et ses voyages, — Il naquit à Samos, enyiroa 580 avant Jésus-Christ. Son père, Mné* sarque, lapidaire et marchand, le confia à Phérécyde de Scyros, philosophe et théologien. Il passa sa jeunesse à la cour de Polycrate, sous lequel Samos avait atteint «n haut degré de prospérité. Il Toyagea en Asie Mineure, puis en Phénicie et en Egypte. (Jambliq., de YiL Pythag. ; Hérod., II, 154.) Il eut, dit-on, beaucoup de mal à se faire initier par les prêtres aux mystères de leur science ; sa patience vainquit leur mauvais vouloir. Quelle influence ce commerce eut-il sur son esprit? On ne sait. Il y conçut au moins le plan de son ordre, dont Toi^anisation et plusieurs pratiques semblent empruntées anx Égyptiens. On le fait aussi voyager dans la Perse, dans la Chaldée et jusque dans Tlnde, où il aurait conversé avec les gymnosophisles. L*historien de sa vie (Apollonius de Thyane) oublie qu'il fait vieillir son héros en Orient et que Tltalie le réclame. Ses entretiens avec Zoroastre ne sont pas plus dignes de foi. Toutes ces fables sont nées des analogies de sa doctrine avec les institutions religieuses de l'Orient, surtout de la persuasion où Ton était qu'un aussi grand génie ne devait rien ignorer de ce qui était alors la sagesse du monde entier ^ De retour à Samos, et trouvant sa patrie asservie ou en proie anx troubles civils, il crut devoir s'en éloigner et vint en Grèce. (Hérod., 111, 44, 47.) Il se rend d^abord à Délos, puis à Lacédémone, puis en Crète, et se fait initier à tous les mystères. Après avoir visité tous les lieux sacrés, con* sulté tous les oracles, il apparaît aux jeux Olympiques, où il s'attire ^admiration de la Grèce entière. Il serait retourné encore une fois à Samos et y aurait fondé une école ; mais, décidément dégoûté des mœurs et de l'esprit de ses compatriotes, il s'embarque pour l'Italie et aborde dans la Grande-Grèce, à Sybaris, enfin à Crotone, où il fixe son séjour.
*» Pythagore à Crotone. — On sait l'état des villes grecques i cette époque, leur commerce, leur opulence, la corruption des
\ . Ultimas terras liistrasee Pylbagoram, Democritum , Platonem accepimos. Ubi enhn qaM esset qaod discl posaet, eo venlendum Jodlcaverant. (Clc., Tasc, ÏV, 19.)
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mœurs au sein d'une population nombreuse, surtout à Sybaris. Pythagore préféra Grotone ; cette ville s'était mieux défendue de la mollesse. Outre sa forme aristocratique, elle avait conservé l'estime des qualités viriles, de la force du corps, comme Milon en est un exemple. La réforme ne lui parut pas impossible ; il avait Texemple de Zaleucus et de Charondas. L'accueil qu*il reçut était propre à l'encourager dans son dessein. Ses voyages et ses richesses, sa renommée, la beauté de son visage, qui le fit comparer à Apollon, son air et sa voix, sa parole inspirée excitèrent l'admiration universelle. Il parle en public et dans les gymnases, et, partout où il prêche la réforme des mœurs, il se fait avidement écouter. Les effets de son éloquence furent tels, que les femmes vendirent leurs bijoux et les hommes prirent des habitudes plus régulières. Des remerciements lui sont adressés au nom du peuple. Le zèle pour la science et la vertu enflamme la jeunesse. On le proclame divin, et dès lors le merveilleux s'attache à sa personne. 3" Légendes et fables sur Pythagore. — Ici commence , cher les historiens enthousiastes, une série de fables et de miracles dont le nombre s'accrut encore plus tard, surtout aux premiers temps du christianisme, quand au fondateur de la religion nouvelle les païens voulurent opposer un personnage antique dont le passé mystérieux fût entouré de prestige et comme d'une auréole divine. Ce but est visible dans certains prodiges, comme une pèche miraculeuse, des guérisons, etc. Laissons ces récits et ces faîries, pour fixer notre attention sur la Société fondée par lui, et qui devait servir de modèle pour une régénération des mœurs grecques.
II. L'Institut de Pythagore. — !• Son caractère moral et religieux, — Il ressemblait beaucoup à un ordre monastique. Tout y était réglé, le genre de vie, rhabillement, le régime, le travail, le lever et le coucher, l'emploi des heures de la journée. On n'y était admis qu'après des épreuves et des initiations. Le noviciat était de cinq ans. Les membres y étaient classés d'après leurs aptitudes, en savants, astronomes, nomolhèles, etc., les novices assujettis à la loi du silence. Cette loi avait plusieurs raisons : l"" La méditation fait éclore les pensées profondes. i2® Les Grecs étaient bavards, vifs et légers ; il fallait remédier à cette légèreté en réprimant cette démangeaison de parler. 3° Le secret faisait partie de l'institution ; il était ainsi mieux gardé. Uenseignement pythagoricien^ quoique rationnel, était dogmatique, âùtoç £pa, le maître Ta dit, telle était la maxime observée par Us disciples. — L'examen de conscience se
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faisait aussi matin et soir. Les repas, en commun, comme à Sparte, offraient la plus grande frugalité. Le miel et le pain étaient la base de la nourriture; la boisson, Teau pure. L'abstention complète de la chair des animaux a une raison connue ; celle de fèves avait sans doute un sens symbolique. A tous les exercices présidait la musique^ dont Taclion, si puissante sur les âmes, adoucit et calme les passions. (Voy. Platon, Lois, U et YII, et Aristote, PolU., VIIL)
i^ Son but politique. — A Tidée d'une réforme morale, Tlnslitut de Pythagore joignait un but politique, et par là il se distingue des sectes purement religieuses et morales. La ligue contre les tyrans en était l'origine. On trouve plus tard des pythagoriciens mêlés à toutes les révolutions des républiques, principalement dans la Grande-Grèce. L'objet réel et positif était d'organiser une société qui devint le type et le modèle des autres cités. Cette société, nullement démocratique, c^est une aristocraUe intellectuelle , fondée sur la supériorité des lumières et du talent, analogue à celle que conçut plus tard Platon dans son idéal de république. Une hiérar^ chie où tous les rangs sont fixés rappelle le régime des castes. Rien de semblable à ce qu'on nomme la liberté individuelle au sens moderne. L'unité ici, c'est la communauté. On y proclame déjà cette maxime : Tout est commun entre amis ; mais la communauté des biens, celle des femmes et des enfants n'y apparaissent pas, comme chez Platon. Pythagore était marié. La pureté, la sainteté de ses mœurs ne furent jamais soupçonnées. U en fut de même de tous ses disciples. Que fùt-il arrivé plus tard ? On ne peut le prédire. L'arbre périt avant de porter ses fruits.
3^ Causes de sa destruction. — Des causes nombreuses en effet devaient amener sa chute. D'abord rien de plus contraire à l'esprit grec que cette aristocratie philosophique, tendant à la théocratie.
C'est rOrient en Occident, moins les révélations ; Pythagore est un homme divin, non un dieu, un philosophe, non un prophète, pas même un prêtre qui parle au nom de la Divinité. Sa raison n'est pas infaillible. Son autorité personnelle et la supériorité de son génie suffisent à retenir quelque temps les esprits librement groupés autour de lui, non à les soumettre longtemps à la même loi. Là est le vice radical d'une telle société. La condition essentielle eût été l'unité des opinions ; mais celle-ci exclut la liberté d'examen ; sans elle, conçoit-on là une société philosophique ? La liberté y engendre les dissidences et les oppositions. Donc, par elle-. même, cette société se serait dissoute, quand des causes extérieures ne l'auraient pas détruite. Celles-ci ne manquaient pas.