CHAPITRE m
LES ÉLÉATES
Caractère général de l'éléatisme. — !• Son rapport avec le Pythagorisme et VIonisme. — Au pythagorisme succède l'éléatisme. Oa a nié la parenté des deux écoles; eUe est évidente. D*abord toutes deux appartiennent à la Grande-Grèce. Leurs chefs, partis de rionie, ont dû se connaître; mais surtout Tesprit et la méthode sq ressemblent. Pour elles, la raison, non V expérience, est Vunique source de vérité. De Tune à l'autre toutefois, le progrès de la spéculation est réel. L'une et l'autre restent attachées à la considération du monde sensible; mais le pythagorisme ne dépasse pas la quantité. En cela, il reste davantage lié aux sens et au raisonnement s'exerçant dans leur sphère. L'éléatisme fait un pas de plus; il nie la réalité sensible ; il en appelle à la seule raison, qui contredit les sens et l'expérience. La raison atteint directement l'absolu, que ne donnent ni les sens ni le raisonnement. L'absolu, ici, s'offre, il est vrai, sous la forme quantitative, de l'unité infinie ou de TéCre unique ; mab la pluralité et le mouvement, que laissent subsister les pythagoriciens, disparaissent totalement, et c'est par sa seule force que la pensée s'élève à cette conception. Qui ne voit ici des habitudes d'esprit analogues, quoique différentes? — Il en est tout autrement de rionisme. Chez les ioniens, l'infini aussi existe ; mais c'est l'infini des sens, l'infinie multiplicité de la matière infinie. L'infini des éléales, tel que l'entendement le conçoit, c'est Vitre unique et immobile. Le mouvement, attribut de la réalité sensible, n'est qu'une illusion des sens. — Telle est la conception éléatique, première forme du panthéisme chez les Grecs, et sa première apparition dans la philosophie européenne.
2' Son originalité; sa place dans V histoire. — Ce système est essentiellement grec. L'esprit grec l'a créé de toutes pièces. D'abord il ne rappelle en rien le panthéisme oriental, toujours mêlé à la religion et à la poésie. Aucun dogme ne s'y mêle; loin de là, le polythéisme y est attaqué. Dans le panthéisme oriental, l'imagination a une grande part; ici, la guerre est déclarée aux poètes comme
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aux théologiens. Éminemment abstrût, on n'y connaît que la raison; elle seule rétablit, le construit et le défend; elle crée à son usage un art nouveau, inconnu à TOrient, essentiellement grec, la dialec* tique. Celle-ci lui forge des arguments où n'a rien à voir la pensée contemplative. Par là, ce panthéisme regarde en avant, non en arrière; il est tourné vers TOccident; il y reparaîtra aux temps modernes, à la suite de Descartes, des mathématiques et de la métaphysique. Parménide et Spinosa se répondent; mais il occupe une place à part dans le monde ancien.
3® Ses représentants. — Cette école a eu pour représentants trois philosophes, dont le rôle est facile à marquer. Xénophane l'a fondé ; il est surtout théologien et physicien. — Parménide l'a développé et constitué; il est surtout métaphysicien. — Zénon^ qui le défend contre les attaques, est le dialecticien. — Mélissiis, qui vient ensuite, ne fait que compléter le système et y ajouter quelques détails'.
I. Xénophane. — Sa Vie et ses Écrits. — Né à Colophon, colonie ionienne, il quitta sa pairie, exilé ou non comme Pythagore, et vint d'abord à Crotone. Plus tard, déjà vieux, il s'établit à Elée, colonie phocéenne, nouvellement fondée (536 av. Jésus-Christ). Il eut des enfants qu'il ensevelit de ses propres mains, selon la coutume pythagoricienne. Quant à sou genre de vie, il était rapsode et poète : l^rjKoSet tii aôroii. Probablement il récitait ses propres vers dans les cours de Sicile. Plutarque le met en rapport avec Hiéron. Un mot à .ce sujet est cité de lui : a II faut ne pas approcher des tyrans, ou le faite avec une extrême douceur. » (Diog. L.) Timon lui-même loue sa bonne foi, son indépendance, et Tabsout du reproche d'entêtement dogmatique qu'il fait à tous les philosophes. (Yoy. Cousin, Fragm.) Son éducation philosophique et ses antécédents sont peu connus. Selon Diogène de Laerce, il fut son propre maître : imo a($aoxaXoç. Mais tous les philosophes se donnent ce nom. Ce qui est certain, c'est qu'il connut les systèmes de Thaïes et de Pythagore. Pendant sa vie errante et séculaire, il dut s'inspirer de toutes les doctrines contemporaines. Son système le prouve assez; une phrase de Platon qui semble faire remonter l'éléatisme plus haut que Xénophane doit s'entendre de l'école pythagoricienne, mère de celle d'Elée. (Voy. Cousin, ibid.)
1. Prioceps Xenophanes : deinde enm secuU Parmeoides et Zeoo usque ab his EUeaUci Domimiitur. (Cic, Acod., IW, 42.)
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Ses écrits étaMiU nombreux. Oa lui atlrtlNMdt des ^lles (vers satiriques), des ïambes eontce Homère et Hésiode; Tonte l'antiquité le regardait comme Tadversaire déclaré d^Hemère, qu'il faisait métier de décrier. D attaquait en liu le poljtfaéisme. Setea Diogène de Laerce, il aurait aussi cemp#s& des tragédies el de» tens élégiaques. Son oisvrage pkilosopÛque était un pofime de la naiure (ictpl (pxTtttc).0aA'aiLa^que.deft.fragaianli4<
Sa philosophie. — Aristote dit quTil n'eut pas éeftysièine précis {MéL, I)* Hais, si Parménide fut son diaeî^^.il: est eUdr qu'il eu eut un au moins ébaucfaé. Le prunier^eti effet, il parla de Yunité et. dit que cette unité est I>iAU-(np«!>T«Q «o^ & tLat t^v dsèv (pY)(i(); que Tun est tout; que toiit irienl de L'un» et dft l'un, le tout : h xal Tcov, U TCQiVTOç &, xal ïï, hiiq loimoL. (I&td.)
Ce système, oifre deux moitiés d'inégale imporUnce : \^ d'une part, une physique presque tout ionienne; 2^ d'autre part, une métaphysique et une théologie qui viennent d'une source différente et ont un caractère partieuliec. La ji^n'^tt^, eu cosmologie, a moins d'intérêt et est aseea grossiève. La métaphysîqae doit d'abord fixer notse atteiilîeii*
l"" La Méêaphpnqw^ — «-Li) est le système*; il est cMipiiB tout entier dans lea note d^ cités que reproduit cette phrase tleGîcëron (voy. Diog. h.y Plutarq.) : Xênophams âiwitunum essB omnia et id esse Deum> {de NaL deon, I; Cf. Àcad.^ ff>, 37), et dans ceux de Sextue Empirkue : & tTvat t^ tcSv, xol r^ diiv w^^xitt roXç- its^. Voilà bien le panthéisme de l'unité.
Hais cpiele*seMl les attribuU de oe principel Cmdbp unité esti-ellè matérielle ou spiritoeUef Quel est son rapport avec lemomle? Là est la. partie obscuie et oenfese du système. Sontemun chef d'école pose un prineipeet Kabandenne à ses suoeesseun: Ltd^mèmfe tbmbe dans des contradictions quil ne saurait lever ou qu'tt nevoit pas. Âinû en est-il de^XénophÂne et de sa physîqtNr rapprochée de sa métaphysique*. Toujours eat-ib que ce qui, dans les mots, rappelle des idées pestérieurss^ ne doit pas être pris à' la lettre. Tout ce qu'on a dit du thétsme* de Xénopfaane (voy. Cousin) s'évanouit aux yeux de bb critique* Dieu, VUn^ n'est pas un esprit. C'est l'être, l'imité; ses attribut» sont eeuii de l'être, l'in/înt^, Vétemilé, Vinvariabilitéy Yindivisibilitéy YimmobiHté; mais la pensée, la providence, etc., ne lui conviennent pas ou se confondent avec les lois de l'univers.
Un point plus intéressant de cette ihéolagie\ c'eatsa* partiennéga-