XÉNOPHANE
tive et critique. Xënopbane n'hésite pas à attaquer le polythéisme; il déclare extrairagantes les fables des prêtes. Ce soBt^ 'i^-iU des créations de l'homme faisant la Divinité à son image. « Si les bœufs et le& Ikms avaient des mains, comme les hommes^ pour exécuter des ouvrages» ils feraient, leurs dieux semblables à ces animaux. Il en serait de même des chevaux. » {Fragm. , I^ S.) « Les Ethiopiens, qui sont noirs et camuS) représentent leurs dieux camus et noirs. » Û se moque de lanaisaance^ delà mondes dieux. (Yoy. sa réponse aux Éléates au sujet de Leucotheé^ et Arist.,.A^l^.). Il ne plaisante pas moins sur Osiris. (Yoy. Plutarque.) Hais c'esi softout Homère et Hésiode contre lesquels il. s'élè^ avec violenoeï jU voit leurs ombres punies aux Enfers pour avoir profané la majesté saorée des dieux. (Diog. L., YIII, 21.) Pouraûvani partout la superstiliea, il va jusqu'à Uàmesle serment. € Lorsqu'un homme impie^. dit-il, provoque un% homme pieux à prêter serment,, la partie n'est pas égale. » — Si le principe éléate inspire la polémique^ Jes. explications semblent venir d'ailleurs. Ainsi, pour lui, l'âge d'or n'existe pas; la civilisation est une conquête du travail et du temps. Yoici ce qui est surtout ionien.: Iris est un nuage, les Dioscures de même. Les dieux sont des forses physiques, c Homère et Hésiode <miI attribué aux dieux tout ce qui ches les hommes mérite le: déshonneur et le blâme, le. vol, l'adultère et le mensonge. » (Sextus Empicicas, Adt. Math&m.<, U^ § 19.) — Ceci est. le cAté moral et fait pressentir Socrate* Pourquoi ne fiitdl. pas accusé? On- le verra plus loin.
S*" La Physique -*^ Nous n'en divensque quelques mots«' Xénepbaae regardait le monde-, avec lequel Tinfini se c<mfendv oomme non engendré, éternel et impérissable : ÀyiwnTovxoU dtdi9yMild^(yr»v tiv x^oYftov. — Sa forme est. une sphère : congloba4a figura. (Gic, Acad^ Uy^ 3.) — Il esi mû par la. force divine. -^ Quant k sa stiucture,.etc., la conception rappelle la^physique^ton^nnei La terre estimmoèile, infinie; c'est un edne dont la base plènge dans l'infini. Le 8<deil, les astres sont des nuages condensés et enflammés. Au lever et au coucher, ils s'allument et>s'éteignent< La lune estaussi ua nnage enflammé ; las nuages sont des exhalaisons humides^ etc. La terre estiau eentre de l'univers*, il y a une multiplicité é» soMIs et de lunes. Quant aux» déments, Xénopbane en admet tantAt quatre, tantôt deux, tantAt un: Teau, l'air, le feu, la terre, ou le fei. Tout eela est ionien. Sur l'état primitif du glèbe, il y a des ptesbges curieux (une explication des coquillages et des fossiles, etc.). Contr»dictèon apparente: il dit que l'air est infini, la tene infinie. U y a
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deux infinis, Tun en bas, l'autre en haut. C'est ce que disent les sens. L'âme est un souffle de feu, etc.
II. Pabménibe, né à Elée, florissait vers 508 avant Jésus-Christ (69<» olympiade). Il était d'une famille illustre et opulente. Ses maîtres furent Xénophane et Anaximandre (Théophraste). Il n'hésita pas à préférer Xénophane. Il avait aussi étudié sous les pythagoriciens. La considération dont il jouit dans sa patrie est attestée par ce fait, qu'il fut choisi pour lui donner des lois. Hais bientôt il se retire et se livre tout entier à la spéculation. Zenon fut son disciple chéri, peut-èlre aussi Hermogène, qui enseigna la philosophie éléatique à Platon. On sait qu'il vint avec Zenon à Athènes (Parménide), vers 460 (80* olympiade). Platon le représente comme un majestueux vieillard et un sage. Il mourut dans un âge très-avancé. Il écrivit en vers ; de ses ouvrages, il n'est resté que quelques fragments, recueillis par Elien.
C'est le vrai représentant de cette école. Avec lui, indécis et confus, le système se précise et se constitue. 1** Le principe est nettement formulé, et il exclut tout ce qui le contredit. %• Il s'établit par une argumentation régulière. 3^ Les deux parties, la physique et la métaphysique, s'y trouvent, à leur place, inégales, avec leur vrai caractère. La vérité est toute d'un côté, l'apparence et l'illusion de l'autre. La contradiction ainsi cesse, et le tout est homogène. Ce système, comme le précédent, a deux parties : 1"* ce qui est selon la vérité (t^c icp&ç dXv)6eiav); c'est la métaphysique; 2^ ce qui est selon l'opinion (t^c icpoç So^av) ; c'est la physique. La première est seule vraie ; la seconde, concession faite au vulgaire, n'a qu'une valeur secondaire et relative.
!• La Métaphysique de Parmènide. — Sa base est dans ces maximes: 1" Il n'y a ni gf^n^rafion, ni changement (aXXofwatç), ni corruption. L'être ne change pas. 2^ La vérité que la raison conçoit est Vunité. — Il y a donc d'un côté Vêtrcj th ^v, que conçoit la raison, et le non-ipre^ -zh \k^ ^v, que nous montrent les sens trompeurs et qui nest qu'apparence et illusion.
Vunité seule existe; elle est l'tfnmua&fe principe des choses. Sans origine, elle est éternelle^ sphérique^ c'est-à-dire parfaite. Sur ce point, l'unanimité des auteurs anciens est précise et complète. G est, au fond, toute la doctrine de Parmènide.
Quels sont ses arguments ? Le principal est que rien ne vient de rien. Dans la première partie de son poème consacré à la Vérité, Parmènide établit que l'unité, l'être universel seul existe. Il combat
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Jes idées opposées, de changement, de pluralité, de limitation, etc. Zenon y emploiera la dialectique. Les raisons sont déjà indiquées par le maître. (Voy. Zeller, p. 470, 3« édil.)
Les aUributs de (Un sont Vindivisibiléy Vimfnobilitéy Véternité^ la puissance infinie. Rien de plus simple. Hais que signifient d'autres attributs qu'on y trouve ajoutés : Videntité de Vitre et de la p^sée : To yip aùro voeîv itrtly xt xal eTvat. — Twur^ S'icrl voetv Te xal oCvexcv é<rzi v<>Y)fjia ? II ne faut pas se méprendre sur le sens de ces mots dont s'est toujours servi le panthéisme. La bonté, c'est la perfection. La pensée qui réside dans Dieu n'est nullement la pensée qui se sait. Il n'y a là aucun indice de personnalité, de conscience réfléchie, étrangère à ce système. Toute notion théiste doit donc être écartée. Les stoïciens, les alexandrins, Spinosa, etc., tiendront le même langage. L'esprit, le vouç n'apparaît qu'avec Ànaxagore. L'identité de Vètre et de la pensée^ c'est la pensée attribut de Têtre unique, comme elle Test de la matière dans les systèmes matérialistes.
Le philosophe conclut ainsi : « Le non-étre, xh y^^ Jv, ne saurait être, et ainsi Vêire {xh ov) est un, identique, partout présent, invariable, indivisible, immobile. Il est l'un et le tout : £v xal ?rav. Tout mouvement, tout changement est une pure apparence, d
2"* La Physique. — La vraie connaissance, celle qui est digne du philosophe , est dans ce qui précède ; mais le sage est obligé de vivre comme le vulgûre et pour agir de s'en rapporter au témoignage de ses sens. D'où la nécessité d'une connaissance moins certaine et toute relative que donne la physique et qui leur soit appropriée. Pour la faire, Parménide emprunte un peu partout ce qui lui paraît le plus vraisemblable. Il prend aux ioniens, aux pythagoriciens, à Heraclite, peut-être aux anciennes cosmogonies; il combine tout cela comme il peut et forme un tout assez indigeste. Il suffit de l'indiquer.
11 y a deux principes, le chaud et le froid^ ou le feu éthéré et la ierrt. L'un est la lumiire^ l'autre Yobscurité» Le premier est positif, réel, pénétrant, subtil ; le second est épais, lourd, négatif. Le feu actif esi artiste [Br^io\}fy6<:)\ l'autre est la matière (ÔXy)). Les propriétés primitives des éléments sont Vamour et la discorde. La nécessité (àvd^Y^Y}) est la loi primitive des choses. Tout est soumis à une invincible et absolue nécessité : dvayxvi iV ^icavra sTvai. (Phys.^ I, 2.)
III. Zenon. — Il était d'Elée. Les avantages extérieurs de sa personne déjà le firent de bonne heure remarquer. Il passa la première
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partie de sa ^ie à étudier la philosophie de Parménide. Dana les circonstances politiques, son caractère noble et intrépide eut l'occasion de se révéler, ainsi que son ardent patriotisme, son désintéressement, son mépris des grandeurs. Ses compatriotes lui demandent et à Parméttide une législation ; il cèdie , mais bientôt il renonce au pouvoir suprême. Il préfère sa patrie aux magnificences d'Athènes. Pourtant il consent à suivre son maître dans un voyage à Athènes. Il y aurait enseigné, dit-on, la philosophie à Périclès et fait des leçons publiques avec un grand succès. Il y combat^ tait l'empirisme ionien. Zenon apparut aux Athéniens, dit Platon (Phèdre), comme un nouveau Palamède. Il se faisait payer; mais le reproche de cupidité, pour lui, est mal fondé. De retour à filée, il trouve son pays opprimé et entreprend de le délivrer du joug qui pesait sur lui. Il succombe, mais montre un caractère héroïque. Ici, il y a des variantes chez les historiens. Sommé de révéter ses complices, il aurait fait cette réponse : c Toi, tyran de ma patrie, etc. » D'autres disent qu il coupa sa langue et la cracha à la figure du tyran. Ses écrits étaient nombreux et tous en prose. Les titres sont significatifs : des Disputes (^pt^vç) ; f Exégèse d'Empédock ; Contre les philosophes ; Sur la nature. Il n'en reste que des fragments.
Le système constitué, restait à le défendre. C'est ua paradoxe contraire au bon sens et à l'expérience. Il avut pour adversaires naturels les ioniens. Le rôle du disciple était tracé ; il le remplît avec éclat et un incontestable talent. Pour cela, il crée un art nouveau, la dialectique. C'est donc à tort qu'on a voulu le classer parmi les sophistes. Les sophistes n'avaient pas de pareil système; leur dialectique n'établit rien, si ce n'est que tout est feux, qu'U n'y a rien de vrai. Sa vie et sa personne, en rapport avec son rôle^ sont des plus honorables.
!• Argumentation de Zenon contre la pluralité. — Le système de Parménide a pour base l'unité immobile; celle-ci exclut la pluralité. Le disciple s'efiforce de prouver qu'elle est impossible. Cest le premier objet de sa polémique. (Voy. Zeller, p. 497.) Nous n^exposerons pas ses arguments, depuis cent fois reproduits et qui portent sur la contradiction de la divisibilité à l'infini avec Vétendue et ses éléments.
^ Contre le mouverfient, — Hais il s'est surtout rendu célèbre par ses arguments contre le mouvement. Aristote, qui les rapporte, les réduit à quatre [Physiq.^ YI, 14). Ils ont pour base la divisibilité à l'imfini de l'espace et du temps, que l'empirisme «nr la foi des sens esl forcé d'admettre. Les deux arguments les plus comuis
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s(mt TAchitU et ht Flèche «, Achille anx pieds légers ne peut atteindre ta pesante tortue partie avant hii; car, si petite que soit favance quelle a sur lui, comme r««pace qui les sépare est infini en parties, il en restera toujours une certaine quantité qu'il n*aura pu franchir. La Flèche qui traverse Tair «ccupe à chaque nooment un espace égal A elle-même , n'en pouvant occuper nu autre ; donc elte ne se meut qu'en apparence et reste immobile. (Voy.i&td.,Vni, «.)
Ces arguments, dit Aristote, ne laissent pas que d'embarrasser ceux qui essayent de le« résoudre. Et en effet on a beau, comme Diogène, en marchant, opposer le feit au raisonnement; c'est trancher le noeud, non le délier. Quefle valeur a la réponse pour celui qui nie que l'expérience «oit valable? Il n'y a qu'un moyen : c'est de nier le principe opposé (la ditisibililé] ; mais reste à prouver le contraire, et pour cela tout un système est à établir, celui de Démocrîte ou de Leibniz (des atomes ou des monades). Toujours est-il qu'il y a là une question grave et ardue de métaphysique. C'est le germe des ttntinomies kantiennes. Kant s'en lire en niant Vobjectivité de Yespace et du temps. Tel est le problème que Zenon a posé et jeté dans l'arène philosophique.
On aurait tort de voir en lui un sceptique ou un sophiste; il était dans son droit de diakcttdén. W croit à Vunité. Aux sens et au raisonnement qui s'appuie sur eux il jette le défi; il oppose des difficultés et des contradictions qui ne sont pas encore résolues. Il établit ainsi par voie indirecte (de réduction à l'absurde) la vérité de son principe : Vunité immobile^ que seule conçoit la raison et que son maître avait proclamée. (Yoy. Arist., Phys,, YIII, 12.)
IV. MÉLISSUS '. «^ Il se borne i compléter le système dans ses détails. Disciple de Parménide, il adopte le principe éléatique, qu'il prouve par des ai^mants plus directs que ceux de Zenon, mais sans rien ajouter. Entre lui et Parménide, la différence, dit Aristote, consiste en ce que Parménide conçoit l'unité selon la pensée, Kœrjt Xt^fov, lui selon la matière, xoct^ CXyjv. Le monde est infini ; mais le monde, dans son essence, est un ; la différence n'est qu'apparente ; le langage seul est plus grossier, fxSXXov ^wiç (Arist., Phys.y I, 2), plus conforme à l'opinion.
i . Hegel, qui les expose très-loDgaementi leur attribue une haute valeur. (Geseh, àer PMI., l,p. 309.) 1 II était de Staot» diaciple de Parnéaide et en rapport aussi avec Heraclite
iDiog. L.). Il Jouit d'une grande coosidératton dans sa patrie, ooDomauda une lotte (Plutarq.) avec laquelle il aurait vaincu les Athéniens.
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Valeur de l'éléatisme. — 4** Sa valeur philosophique. — Comme le pylhagorisme, qu'il continue, il offre une des deux grandes faces de la pensée, celle de Tinfini. Avec lui est posé le problème que toutes les écoles s'efforceront de résoudre : le rapport de V infini avec le fini. La solution ici est radicale (le panthéisme) ; mais avec quelle hardiesse et quelle profondeur Téléatisme la pose et la développe ! Cette école contredit Texpérience et le sens commun. La pluralité, le changement, le mouvement, Tindividualité, la vie disparaissent; Tunité immobile absorbe tout. Cette solution est plus facile à nier qu'à réfuter; elle est soutenue avec une vigueur incomparable. Rien que d'avoir connu l'opposition des sens et de la raison a'est pas de penseurs médiocres. Une telle hardiesse étonne à ce début. Cette école ose rompre en visière avec le sens commun et avec l'empirisme ; elle a au moins ce mérite de forcer l'esprit à réfléchir; en soulevant dans la raison des contradictions qu'elle ne saurait lever, elle l'oblige à creuser plus avant le champ de la pensée. Tous les métaphysiciens postérieurs le comprirent ainsi. La distinction de Parménide, c*est déjà celle de Kant (ies phénomènes et des nou' titènes). Dans tous les grands systèmes, cette trace se retrouve.
Platon professe pour Parménide le plus grand respect. Il l'appelle le grand (Soph.) et compare son disciple à Palamède. (PWdre, XLIV.) Il tâche, en le dépassant^ de s'approprier son principe. Aristote fait de même. Les Alexandrins placent VUuj l'unité suprême, au sommet de leur philosophie. Parménide revit dans Plotin. Au moyen âge, sa pensée se retrouve dans Scott Ërigène; à la Renaissance, Jordano Bruno, Campanella, puis Jacob Boëhm s'en inspirent.
Avec Spinosa, la formule change : l'unité devient la substance ; plus tard, c'est Vabsolu de Schelling, Vidée de Hegel. Tous reconnaissent pour premier ancêtre Parménide. Contre ce système, il est facile d'accumuler les objections. Le fini, le mouvement, l'individu, la vie doivent être réintégrés; mais comment? L'absolu, l'être ne subsistent pas moins ; il est l'être des êtres, Celui qui est. Comment sort-il des profondeurs de son être? Comment souffre-t-il à celé de lui d'autres êtres? Les crée-t-il? Un tel mystère fera le tourment de la raison humaine pendant les siècles.
L'éléatisme tranche le nœud. Le monde n'est qu'une vaine apparence. Le bon sens proteste; mais la difficulté subsiste, et les plus grands esprits ne cesseront de la méditer. Pour soutenir sa thèse, celte école crée la dialecliquej l'art de la discussion. On aurait tort de n'y voir qu un jeu d'esprit, un avant-goût de la sophistique ; rien de plus sérieux que la polémique de Zenon ; ses arguments ne sont
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pas des sophismes, ou c'est une sophistique (c de noble race » , comme dit Platon (le Sophiste) . Ses raisonnements, au point de vue de ses adversaires, restent sans réponse. En tout cas, ils troublent l'esprit et font l'effet de la torpille de Socrate. (Yoy. Arist., Phys,^ VIII.)
2® Ses rapports avec le polythéisme. — Une autre face de l'éléatisme, c'est son opposition au polythéisme, fait grave dans l'histoire ancienne, d'autant plus grave que l'attaque est sérieuse. On ne peut l'attribuer à la frivolité de l'esprit grec, à une sorte de voltairianisme. Elle part d'un philosophe qui est en même temps un poète. Peutêtre dut-il à cette double qualité de n'être pas accusé. On n'y vit que la mauvaise humeur d'un satirique ou d'un rêveur spéculatif, d'un physicien occupé de choses étrangères à la vie sociale et hors de la portée du vulgaire. Tant que la question ne sortira pas de cette sphère des spéculations physiques, on n'y fera pas attention. Dès qu'elle en descendra pour se poser sur le terrain de la morale et de la conscience, alors le polythéisme se sentira menacé; il sera moins tolérant. Le fait n'est pas moins significatif. Il y a là un symptôme grave. L'Olympe grec est sourdement ébranlé.
Tous ces systèmes, en effet, s'ils n'attaquent pas la croyance vulgaire, la contredisent. Thaïes, Pythagore, Anaximène, Heraclite, Xénophane et Parménide le disent hautement. Quelques-uns s'inspirent de la tradition; mais, en l'expliquant, ils la détruisent. Le polythéisme et la philosophie ne pouvaient vivre longtemps d'accord. On le verra bientôt dans Anaxagore. Démocrite et Leucippe sont athées; Protagoras, leur disciple, l'est aussi ; Diagoras en prend le titre et enseigne l'athéisme; mais ce sont des physiciens. Quand Socrate parle au nom de la conscience, le divorce est flagrant. Le moraliste payera pour tous. Ici, c'est le panthéisme grec qui s'oppose au polythéisme également grec. Seulement la lutte se passe dans la région sereine de la métaphysique K
1. Sur l'Éléatisme : Cousin, Fragments philosophiques, art. Xénophane et Zenon; — Riaux, Thèse sur Parménide, 1840; — Brandis, Parmenidi et Melissi doctrinay Allona, 1813 ; — Zeller, 4« édit. ; — Apelt, Parm. doctrina, léna, 18*56; — Th. Watke, Parmmidis doctrina qualis fueriif Berl., 1804 ; — E. ReinhoU, (i^ genuina Xenophanis discipUnay léna, 1801.