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II. — Empédocle

Malgré la célébrité dont jouit ce personnage dans l'antiquité» il a, comme philosophe, moins d'importance, et sa doctrine devra moins nous arrêter.

I. Sa vie. — D'une famille noble d'Agrigente, colonie dorienne de Sicile, il florissait vers 456. Selon Théophraste, il fut l'émule et l'imitateur de Parménide. Instruit dans les écoles d'Italie, il eut un commerce intime avec les pythagoriciens. Sa vie privée et publique a donné lieu à beaucoup de fables; son charlatanisme s'y prêtait. Il aimait le faste, ne paraissait en public qu'avec des habits de pourpre, une couronne d'or sur sa tète, suivi d'une foule d'esclaves. Nouveau Pythagore ou nouvel Orphée, il voulait frapper l'imagination. Il excita de son temps Tadmiration universelle. Aux jeux Olympiques, tous les regards se portent sur lui ; son nom est dans toutes les bouches. On lui attribuait des miracles. Mais la malignité grecque s'est vengée par un récit de sa mort. Voulant se faire rendre des honneurs divins, il se serait jeté dans le cratère de l'Etna. Mais le volcan rejeta ses sandales. D'autres disent qu'il fut victime de sa curiosité de savant, comme Pline le fut plus tard .

Quoi qu*il en soit de ces récits, sa tendance enthousiaste, mystique et théurgique est manifeste; ses écrits, qui étaient des poèmes sur la nature^ sur les lustrationsy les purifications^ portent ce caractère.

1. « Participer en toutf voili la vérilé, xoevfiwyMv. Sommes-nous dans le particulier, nous sommes dans TerreuFf c^(«aft»/My. » Grand mot, dit Hégel (ibid,). Ce sont, en cfTet, de grands mots. Ils ont leur vérité sans doute, mAis ailleurs» et autrement. Là où l'individu n'a en perspective de son sacrifice du moi que le néant, ils sont difficiles à comprendre. On ajoute d'antres mots : « Agir comme individus est le faux (Unwabre). Le mauvais, le mal est de séparer de l'univers > (ibid.). Traduisez et précisez , vous avez toujours l'unéantiBsement de Tètre indi- >'iduel ou de la personne. La vie en Dieu , c'est l'absorption dans l'être universel. Tout cela est synonyme. En somme, Heraclite nous paraît réunir le pessimisme oriental et occidental, Bouddha et SchoperUiauêr.

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La forme poétique, allégorique et pythagoricienne répand beaucoup de vague et d* obscurité sur ses idées. — A la fois physicien, médecin et poète, il fut aussi un des premiers inventeurs de la rhétorique. Lucrèce fait de ses vers le plus grand éloge :

Cannina qoin eliam divioi pectoris ejas

Vocirerantur et exponunt prœclara reperta

Ut vix bamana videantur stirpe creata. (I^ 716.)

IL Sa Philosophie. — Âristote ne professe pas pour sa doctrine une bien haute estime, o II n'y a pas grand cas à faire de sa philosophie, D dit Hegel (XIII, p. 357] . Il est plus poète que philosophe (iôtd., 364). Son système semble avoir ce but de combiner les précédents. 1*" Gomme Heraclite, il admet Tunité des contraires. S*" C'est de lui qu'est la théorie des quatre éléments. Aux trois déjà admis, il ajoutait la terre. 3"^ Dans la partie abstraite, il reconnaît deux principes, Tun actif, l'autre passif: Y amitié et Ja discorde (fikia x%\ vcTxoç, Ipiç). Le rôle qu'il leur assigne est assez mal défini. (Voy. Aristote.j n ajoute que Vunité (la monade) préexiste à ces principes. Ce système, on le voit, est un mélange d'ionisme, de pythagorisme et d*éléatisme, avec des traits d'orientalisme. — Comme Anaximandre, Empédocle est mécaniste. Selon lui, rien n'est engendré ni ne périt. Il n'y a que mélange et séparation de parties dans les composés :

m. — !.•■ Atomlstes Leuolppe et Démoorlte.

I. L'atohisme. — Son importance. — Nous voici en présence du système qui est la formule la plus vraie et la plus claire du matérialisDM à toutes les époques. Logiquement conçu, organisé et constitué dès l'origine, il est au fond resté ce qu'il était, et, malgré les modifications qu'il a subies, il se retrouve dans les plus récentes théories. De plus, il a joué un rôle considérable dans la science. Les sciences expérimentales, la physique, la chimie, l'anatomie, etc., lui ont emprunté sa conception première, celle de la matière et de ses lois. C'est encore aujourd'hui l'hypothèse qui, généralement adoptée, éclaire leurs recherches et sert à relier leurs résultats. Nous tâcherons d'en donner une idée générale aussi exacte que possible.

H. Leucippe et Démocrite. — Leur rôle particulier. — Les deux représentants sont Leucippe et Démocrite. Le premier est presque inconnu; le second est un des plus remarquables esprits qui

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aient paru dans Tantiquité. Il a été atec ndson dié corome le prédéoessear d'Aristote et le seul hooime qui, pour la variété et Tuni* versalité de ses connaissances positives, puisse à cette époque lui ëlre comparé. Il le mérite aussi par la grandeur de sa conception et le talent logique qu'il a montré dans la formation de son système.

Tous deux étaient d'Âbdère, colonie de Ioniens de Téos. On ne sait presque rien de Leucippe, si ce n'est qu*il fut le premier inventeur de la doctrine des atomes. L'avait-il empruntée du physicien Moschus, qui l'aurait puisée dans les cosmogonîes chaldéenne et phénicienne? Ce qui est sûr, c'est que, sous sa forme abstraite, qui en fait une théorie philosophique, elle lui appartient. Les deui philosophes y ont mis la main, et leur nom est attaché à Kœuvre commune; mais il en fut comme de Xénophane et de Parmenide; le disciple éclipsa le maitre. Démocrite est resté le véritable auteur. C'est lui qui^ le germe étant donné, a su le développer, qui a formé le système, Ta organisé dans son ensemble et ses parties. Tel Epicure l'a reçu de ses mains ; c'est lui que chantera Lucrèce. Bacon, Hobbes, Gassendi, tous ses sectateurs modernes ou admirateurs le citeront comme le vrai représentant de cette philosophie.

III. Démocrite. — Sa vie et ses écrits. — Né en 494, il fflorissail vers 453. Ses premières années sont inconnues. Son père était riche. Il employa son patrimoine à voyager, dans le but de s'instruire : propter discendi cupiditatem in uUimas terras^ dit Cicéron. (De Finib.y V, 19.) Il alla, dit-on, jusque dans l'Inde et la Perse, et resta cinq ans en Egypte. Il visita la Grande-Grèce et connut les pythagoriciens. Très-érudit, il ne dut ignorer aucune des doctrinal eontemporaines. Il retourna dans sa patrie plus chargé de ceaaaksances que de richesses. Pour échapper à la loi portée contre les dissipateurs, il lut à ses juges son Megas diaeosmosy comme Sophocle son Œdipe à Colonne. L'admiration fut telle, qu'on l«i éleva une statue. Il fut revêtu du pouvoir suprême et s'en démit. ^ Tout cela s'accorde peu avec ce qu'on a dit de la stupidité des Abdéritains et de la folie du philosophe, de la venue d'Hippocrate pour le guérir, et de la réponse du célèbre médecin, peu polie pour ceux qui l'avaient appelé. Tous ces contes trouvaient créance auprès des Grecs, avides de pareils récils. (Voy. La Fontaine, VIII, 26.) On va jusqu'à dire que, pour mieux méditer, il se creva les yeux ^; qa'il

1. Dicitur oculis se privasse : certe ut quam minime animuB a cogitaliombui abduceretur. (Cic, Tufc, V, 19.)

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fécat aa milieu des tombeaux. L^anUlhèse de Démocrite et d'Heraclite, l'un qui riait toujours, Taulre qui pleurait sans cesse, est de même fabrique. Elle atteste le caractère mélancolique de Tun, l'esprit railleur et caustique de l'autre. L'histoire, dit Lange (Hist. du matérialisme}, semble aussi s*ètre raiilée de lui, car les opinions ne forment pas moins contraste. Pour les uns, il est un homme divin ; pour les antres, un charlatan. Doit-il être rangé parmi les sceptiques (Ritter)? Rien n'autorise un pareil jugement. (Voy. Zel- 1er.) Bacon le préfère à Artstote, qui n'aurait été, lui, qu'un charlatan. Il vécut jusqu'à un âge fort avancé et mourut en la 90* olympiade. Quelles furent ses relations avec les autres philosophes*! On sait qu'il admirait Pythagore. Il aurait été en mauvaise intelligence avec Anaxagore, ce qui s'explique par la divergence des deux systèmes. Connut-il Socrate? Les auteurs sont divisés. — Ses écrits, qui attestent rétendue et la variété de ses connaissances, étaient nombreux. Selon Diogène Laêrce (7â), il en composa sur la physique, les mathématiques, la logique, la poésie, la musique, la médecine, etc. Les plus authentiques sont le Méy^q Staxoafxoç et le Ueç\ ^udecuç tou xo^f^ou, dont on a quelques fragments. Il écrivit en dialecte ionien; sou style, par sa clarté et son ampleur, lui mérita d'être comparé 4 Homère t.

IV, — iM système atomlsUqae,

I. Sa conception première. — Pour le bien comprendre, il faut partir à la fois de l'éléatisme et de Tionisme. L'éléatisme admet, avec l'unité et la permanence de l'être, son indivisibilité; il nie la pluralité. De plus, l'être, selon lui, est immobile; le mouvement est une vaine illusion des sens ; l'espace, sa condition, n'existe pas. Pénétré de l'esprit ionien, Leucippe rétablit ce que Parménide et Zenon ont détruit : savoir la pluralité ; il prouve que Vespace existe et démontre la divisibilité. Il admet à la fois le vide et le plein : 'A xtvov xal ti uX9ip«ç '. Le plein, c'est l'être (t^ iv); le vide, le nonêtre (t^ {x-^ ^v]. Et l'un existe aussi bien que l'autre. Ainsi le veut l'empirisme des sens et aussi le raisonnement s'appuyant sur eux. Le plein, ce sera le fond de l'être, la matière dont les corps sont composés ; les éléments eux-mêmes sont des corps, mais indivisibles.

1. Valde Henclitut obtcaras, minime Demoeritas. (Cio., de Dim., Il, 64.) Ornate locutiu oaL {Iik, de Or ai,, I, ii.) Video visum esse ooaauUis Platoob et Democrili locuUoneœ, etsi absit a verFu tamen, quod incitatim feratur et clftrissimo verborum lumioibua ulatur, potiua poema pulandum. (Cie., Orat., 20.)

2. Leucippus plénum et ioane dixit a quo omnia gignereotor. (Cio., Aemd.)

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Ce sont des atomes ou molécules. Le vide, c'est ce qui est dans les intervalles ou interstices.

II. Sa méthode. — Telle est l'idée première du système. Quelle méthode j a présidé? Est-ce la raison, comme on le dit, qui Pa édifié? Non, mais Tobservalion et le raisonnement, lui-même appuyé sur Texpérience, quoique forcé de la contredire. Tous deux concourent ensemble; mais celle-ci reste le procédé essentiel, fondamental, et le caractère essentiel de ce système n'est pas moins Vempirisme. C'est à tort qu'on voudrait y voir l'œuvre du rationalisme et d'une sorte d'idéalisme K

Démocrite est avant tout ionien. La base de son système est métaphysique sans , doute, comme l'est celle de tout système, empirique ou non; mais l'expérience reste le procédé générateur et réel de sa méthode. La logique est bien l'artisan, l'architecte même, si l'on veut, qui le bâtit ou Texécute, mais c'est une logique naïve, qui, instruite et guidée par Texpérience, souvent la dément, qui, comme dit Pla-

1. On est étonné de voit* M. Zellcr, et, à sa suite, des esprits distingués (Liard, Lévôque), adopter cette idée d'un atomisme ou rationdlisme métaphysique. Que la raison y ait sa part, soit. Quel système peut l'exclure enlièreoient? Ici, la part qu'on lui fait est trop forte. Selon nous, c'est : l» confondre la raison avec le raisonnement; 2^ oublier que le raisonnement, dans ce système , est au service des sens, leur donnant, sans doute, de fréquents démentis, mais instruit par eux et se conformant à ce qu'ils disent ; 3* qu'elle-même , la raison^ comme on l'entend ici, est un corollaire du système , venant à sa suite , non au début , pour le créer, comme il en est de tous ces systèmes. M. Zeller , qui Ta fort bien établi, nous semble ici trop l'oublier.

D'ailleurs, qu'on voie cette méthode i l'œuvre chez les deux philosophes. Comment Leucippe prouve-t-il son principe? Il y emploie l'expérieooe. C'est par des expériences grossières, propres à cette époque, qu'il étabût la divisibilité et démontre le vide. 1* Un vase plein de cendres peut recevoir autant d'eau que s'il était vide. Donc il y a du vide entre les parties. 2» La compreâsion prouve aussi le vide. Exemple : le vin renfermé dans une outre. 3* La nutrition des corps se fait au moyen du vide. Or le vide, c'est aussi en quoi les corps se meuvent. Là parait s'arrêter Leucippe. Démocrite va plus loin. Non-seulement il affirme la même chose, mais il invoque la raison contre les sens, en qaiA il parait s'écarter de l'esprit ionien et suivre une route nouvelle. Mais cehi n'est qu'apparent. Il invoque la raison, sans doute ; mais, pour lui, la raison, A^(, n'est que le raisonnement qui contredit les sens, sans sortir de leurs données. Or, que dit le raisonnement au service de l'imagination et des sens T Que fout ce qui est composé l'est de quelque chose. Autrement de rien viendrait quelque chose. Ce qui contredit l'axiome : Rien ne vient de rien. Donc tout n'est pas divisible. La divisibilité à Tintlni était la base de l'argumentation de Zenon. Démocrite la rejette. 11 soutient que les corps sont composé? de particules, elles-mêmes indivisables ou insécables («r^ftec), quoiqu'elles soient invisibles (àaf^àxo^). S*appuyant toujours sur l'axiome : « Rien ne vient de rien, » il les déclare étemels. Qu'il y ait là de la métaphysique et que la raison s'en mêle, cela est évitent; mais quel est l'empirisle qui puisse faire autrement ?

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ton {Théétète)y loge en elle-même la contradiction; elle le bâtit et le construit avec des données expérimentales. C'est ce qui £ait que ce système a été si cher aux empiristes de tous les temps et de toutes les écoles.

m. Sa structure générale. — Un exposé total et détaillé ne peut trouver ici sa place. Voici les points principaux.

1" Les atomes. — Que sont les atomes? Les premiers éléments des corps ((rro(xee«), la matière (ôXy)) dont ils sont composés. Elle seule, cette matière, est la substance, Têtre véritable (tÎ ^). Il est clair que les sens ne l'atteignent pas : Quod nequeunt oculi rerum primordia eemi, (Lucr., 1, 269). Le raisonnement, ratio (ibid.), y est nécessaire ; lui seul en démontre l'existence. En cela, la raison renie leur témoignage, mais elle rétablit avec eux le corporel [cor^ puscula). C'est une métaphysique fondée sur la physique^ et ellemême est toute physique. On le voit assez par les propriétés attri* buées aux atomes {infrà).

L'atome est le terme positif; le vide ou l'espace est le terme négatif y condition de la divisibilité et du mouvement. Nulle antre substance ou être n'existe ; il est inutile de recourir à un autre principe. Le monde entier, l'univers physique et moral, est composé d'atomes et s'explique par ce seul élément. Les êtres sont ou des atomes ou des composés, des agrégats d'atomes, réunis^ com' binis de diverses façons, d'après les lois du mouvement inhérent aux atomes. Ici, pas de dualisme : le monisme pur ; un seul être et une seule substance, infinie en nombre et en durée. Le dualisme de la matière et de Tesprit n'existe pas. L'esprit lui-même sera un effet, le résultat d'une combinaison des atomes. De plus , tout s'explique par les lois et les forces mécaniques inhérentes à la matière. Rien ne vient de rien, rien ne se perd et ne périt. Toute origine et toute transformation n'existe que pour les composés, résultant d'un déplacement de molécules dans Tespaee et le temps; ce qui exclut toute idée de création à la fois et d'anéantissement.

2^ Leurs propriétés, — Quelles sont les propriétés des atomes? Avec la simplicité^ ce sont Vètendue^ la figure et le mouvement. Faut-il y ajouter la pesanteur ? Le point est douteux. A la rigueur, elle n'est pas nécessaire; elle-même est le mouvement plus ou moins rapide. — Les atomes se meuvent de toute éternité dans le vide ou l'espace. Mais d'où vient le mouvement? Il n'y a pas à le demander, puisqu'il est étemel. Il y a diverses sortes de mouve*

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mentS) en haut et en bas, à gauche et i droite, inégaux en vitesse et en direction. Mais toussent soumis aux lois immuables et nécessaires : d'où la stabilité de ces lois. Leur ensemUe forme la n^ssité, ei[Aap{xlvY), qui est la raison (kéyoç). La nécessité est la fatalité, non le hasard. Le hasard, exception à la loi, est Yaccidentel ; l'accident n'entre pas dans un système où tout est nécessaire. On l'a méconnu quand on l'y a mis. Mais la fatalité la plus absolue y règne ; elle enveloppe et régit tous les êtres, détermine tous leurs actes et tous leurs mouvements. C'est le déterminimie le plus absolu. Tout est soumis aux lois du mouvement. Plus rapides ou plus lents, plus ou moins simples ou compliqués, tous sont déterminés par ces lois. Les principes sont la concentration (pesanteur) et la répulsion {èYnvmk). Le monde tout entier en résulte et s'explique par ces eauses. Il n'y a pas à parler d'une cause distincte, motrice, ou efficiente, ou finale, ou créatrice. Vimet coioom effidendi reliquit, dit très-bien Cicéron. {De Finib.f I, 6.)

IV. L'origine ET la formation nuMOims. — Comment s'est formé le monde avec les êtres qui le remplissent ? Rien de plus simple. H n'existe que des atomes et des composés d'atomes. Le monde et les corps se sont formés par la rencontre des atomes, se mouvant dans l'espace ou le vide. Quant aux corps particuliers qui le composent, leur matière diverse s'explique par la diversité des éléments qui entrent dans leur composition, par le nombre, la forme, la proportion, par les divers modes d'arrangement ou de combinaison des atomes. La diversité des êtres vient de la diversité des atomes, de leur mélange et des combinions infinies qui peuvent se former par saite des rapports qui sont possibles entre eux dans l'espace. — Les atomes diffèrent entre eux de trois manières ; !<> par la forme (i^x^'iiaxt); ^ par la positùm (O&a); 3<> par Vordre ou Varraitgement (xaUt).

Ainsi un corps diffère d'un autre, parce que ses éléments ont une forme différente et sont en proportion différente, parce qu'ils sont situés différemment les uns des autres , enfin parce qu'ils sont différemment arrangés on combinés. La destruction, la transformalion et les changemeala s'expliquent de même. Tout natl et se forme par composîtioB, change ou périt par décomposition ou disse* tution. Hais rien ne périt, rien ne se perd. Les éléments des corps se conservent intacts, servant à former d'autres corps. Les momtes sont innombrabbes : innumerabiles mundi qui ei creantur et inieréuni. (Gic., ilaFim&.,1, 6.) Il en est de aêma des êtres individuels.

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Tel est le syitèiiie dans son ensemble. On voU qu'il n'a pas varié sons ce rapport et q«'il est resté le même.

V. Les APPLiGATiOMS (Cogmologie^ Physiqmy eU.). — Nous ne emnons pas, dans son exposé, ee sysléiney queLuerèee a décrit et que tant d'autres depuis ont reproduit avec des variantes, mais sans au fond rien changer à ses bases. Sa cosmologie^ sa physique générale etparticolièrejes principaHxpliénoflaènes de la nature (m^orofo^, tout ce qui a trait aux dif ers règnes, minérauxy pUmtesy animauss, à Yhommê, est expliqué de la même manière. Tout est le résultat de la matière et de ses forces ou des atomes, combinés par des lois mécaniques ou du mouvement A mesure q»e les sciences positives oui marebé, elles sont veuves donner à ces explicalions des formes plus savantes et Tappui de leurs découvertes. likis les principes sont restés les mèoies. Quelqnes points principaax méritent d'être signalés.

lo Vorigine du monde par la rencontre des 4iUPmes. — Le monde est dû i la rencontre des atomes. Puisqiie telle en est Torigine, commeni s'est iait cette reneonlre? Ce poiAt est obscur. En tombant en ligne droite, ils n'aaraient pas dû se rsftoentrer. Il y a là, ce semble, une lacune. Ëpicure, qui s'en est préoccupé, a ajonté un mouvement oblique ou de déclinaison (clittamen).Rien de tel avec Démocrite. GooMient donc cela s'expliqne-4-il ? Ce serait, diton (Zeller), par le poids des alMnes, d'où résultent la lenteur et la vitesse. Les atomes les plus lourds, tombant plus vite, ont poussé les plus légers, el le chêc oblique {lAT^ç) les a iatt tourbillonner en tous sens et les a chassés à l'extérievr. Qu'on admette ou non la pesanteur, le résuttal est égal. Le premier assemblage a été une sorte de membrane ou de luniq\M qui enveloppe le monde. Puis se sont formés à rintérienr le soleil, les astres, ta terre, etc., une infinité de mondes dont la loi svpréme est la néoeesité , qui est aussi la raison, te X^. La terre est au centre, Tahr wtonr, etc. Le £mi pénètre la masse ou l'ensemble, etc.

^ La Baieon. — Mais ici qn'est--ce que la raison ? Est-ce riateUi* gence, la pensée î Nnllement, car eeBe-ci est le résultat de la combinakondes atomes dans les règnes supérieurs. Ainsi la raison est le mouvement lui-nnème ou sa loi, «ne persomifieatien de ses lois. La raison est postériem^, nonantérieure au mouvement. Il n'y a là aucune idée de la pensée et de l'esprit. C'est une pure formule éqaivoq«e et vide, équivaltnte ft eeHe du mouvement et de la nécessité. De reste, ce n'est qu'après d'innombrables essais que le monde a dû

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prendre la forme qui Ta rendu possible et le maintient aujourd'hui. Il a fallu un nombre infini de combinaisons pour y arriver. Les meilleures ont prévalu. C'est qu'elles sont plus parfaites : elles le sont, parce qu'elles ont en elles la propriété de se conserver, d'assurer aux êtres leur existence. Les moins parfaites sont condamnées à périr. — Le cercle est évident.

So La Vie^ les itres vivants. — La vie est un phénomène trop important pour n'avoir pas besoin d'être expliqué. Il l'est d'après les mêmes princiqes. Une matière plus subtile répandue dans la nature et les êtres vivants les pénètre, anime et vivifie tout. Cette matière est le feu, le feu, composé d'atomes ronds, plus lisses, plus mobiles et par là d'un mouvement plus rapide. Le feu joue un grand rêle dans ce système. Il est la vie et entretient la vie, comme chex Heraclite.

4* Comment se fait le passage du règne inorganique au règne organique? Cette transition est la même. La transformation n'est autre, en effet, qu'une combinaison nouvelle de nouveaux éléments s'ajoutant aux premiers, autrement et diversement agencés, et cela d'après les mêmes lois. Par là s'explique ce passage d'un règne inférieur à un règne supérieur. — Quant à VorganistUion elle-même, toute idée téléologique ou de fin doit être écartée. — Les lois mécaniques ou physiques suffisent.

5® V Homme. — Toutefois, quand il arrive à l'homme et à l'organisation du corps humain, le philosophe ne peut s'empêcher d'admirer Tordre qui se révèle dans sa structure et ses fonctions. Mais sa pensée ne se trouble ni ne se déconcerte. Les combinaisons sont ici plus compliquées, les éléments plus nombreux et d une nature supérieure. Le feu joue un rêle plus actif et plus important. Pour cela, aucune idée de fin ou de cause finale n'est nécessaire. La perfection organique du corps vient de la nature supérieure de ses éléments, de leur arrangement ou complexité, etc.

6o VAme et V Intelligence. — L'âme, dans ce système, existe-telle? Sans doute, elle est même distincte du corps; ce qui a fait croire à quelques-uns que Démocrite était spiritualiste. Ce serait absurde. L'âme est cette matière subtile, ce principe igné et vital répandu dans le corps et qui l'anime. Ici, dans l'homme, par suite de l'arrangement supérieur des parties, il acquiert une force vivante, une perfection plus grande, ce qui explique tous les phénomènes de la pensée et de l'esprit. De là aussi lui vient sa supé« riôrité sur le corps qu'il anime, transporte et fait mouvoir en tous sens. A l'âme appartiennent tous ces phénomènes de Tesprit, la

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sensation^ la connaissance^ la volonté; mais elle-aiéme est corporelle. Elle est une combinaison d'atomes plus parfaits, ronds, ignés, plus subtils que les autres, mieux combinés, agencés et organisés. (Voy. Aristote, de Anitna^ tr. Barthélémy Saint-Hilaire, 83.)

7"^ Les SenSf la Connaissance. Théorie des idées. — Une théorie célèbre dans l'histoire de la philosophie, c'est la théorie des idées. Claire d'abord, elle n'est pas sans obscurité. Comment Tesprit connalt-il? Le voici. Les corps sont dans une perpétuelle émis* sîon de leurs particules (àico^^Q. Celles-ci, détachées des corps, viennent frapper nos organes ; elles y déposent des empreintes ou imagesf slBtaikx. Ces images, déposées dans le cerveau, s'y gravent, s'y conservent, s'y combinent, etc. De là nos souvenirs, nos jugements, nos raisonnements, etc. La pensée tout entière en est composée. Ainsi naissent et se forment toutes nos connaissances ^ La théorie de la volonté est analogue. La liberté elle-même n'est pas exclue ; mais ce que nous nommons le libre arbitre n'a ici rien à voir. Tous les actes humains, quoique libres, sont soumis ft la nécessité. Le vague, l'obscurité et la contradiction régnent partout dans cette théorie, si simple et si claire en apparence.

8^ La Logique ou la Vérité. — On peut se demander ce qu'est alors la vérité dans ce système. Démocrite parait avoir très-bien vu la conséquence, qui est l'incertitude et la relativité de toute connaissance; d'où dérive le scepticisme. Il déclare lui-même les sens trompeurs et invoque contre eux la raison (supra)y seule autorité en matière de vérité '. Mais qu'est-ce que la raison? Elle-même est un produit de la matière en mouvement; elle n'a rien de fixe. Deux facteurs mobiles engendrent la connaissance. L'un (Vobjet\ ce sont les corps ou leurs images qui varient sans cesse. L'autre (le sujet), le cerveau, réceptacle de ces images, ne varie pas moins. L'esprit, s'il n'est miroir passif, que fait-il ? Il associe ou désassocie les images, les combine ou les sépare. Démocrite a-t-il vu la conséquence, la négation de toute certitude et de toute vérité? La tradition le dit : « Ille (Democritus) verum esse plane negat. » (Gic.,i4cad., I.) Elle Taffirme de lui comme de tous ces philosophes '. Fut-il pour

1. Imagines quœ idola nominant, quorum incurslone non solom videamus sed etiam cogitemus. (Cio., de Ftnt6., I, vi.) A corporibas enim aolidis yuU Démocritos flaere imagioes. (Id., de Divin,, I, ii.)

2. 11 reconnaît deux moyens de connaître : l'un d'aprôe les sens, Tautre d'après k pensée ; rj^v /Uv ^cà râv tdeBiiiewVj r^v ^cà ri)< ^c«cyo/ec( Le premier est ténébreux, le second seul légitime et vrai. La raison est le seul critérium : i Atfyof Utt itfivHifiwv, (Sext. Emp., Adv, Math., VII, 164.)

3. Democritus, Anaxagoras, Empedocles, omnes pœne veteres nihil cognosci, nihil peroipi, nibU sciri posae (dixerunt), angustos sensus, imbeclUos animos,

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cela sceptique? Non san» doute. Quel saunl (ei il l'éteil) « j désespM de la vérité?

O^" La Morale. — Est-eile plus tonséquente? C'est da idmis celte d'un sage, d*un savant, ami de la mérité, q«i yoîI très-bien où sont, . avec elle, le bien ei le vrai bonbeur. Hais c'est «n borsni'ceuvre. Non constituée en théorie, elle se compose de sentences et de maxinas fort belles, mais sans lien étroit avec le système. Son caractère est Veudémonisme. Le bonheur n'est pas le plaisir des sens; il consiste dans la connaissance des choses que procure la recherche de la nature K Elle seule engendre le calmey la sérénité d'une âme libre de trouble et de toute frayeur. Aux maximes se joignent des préceptes. Le contentement (eà eori)), Thumeur cahne (eù0ufi(a), Tek»gnemeut des extrêmes (fAcrpe^;), la régularM dans la vie (€ioû ffufAutrpla) sont recommandés. Tous ces sages parient de même. Connaître, pour le savant, est la plus haute satisfaction. Démocrite disait qu'il aimait mieux avoir fait une découverte scientifique que d'occuper le trône des Perses. En politique, il professe le cosmopolitisme, c La patrie des sages est tovte la terre, le monde entier : 6 EufAinxç x(S<r{Aoç. » — Omnia philosophe digna, dirait CScéron {Tusc, lU) de Tancètre d'Épicure comme d*Épicure loi-mème.

10° La Religion^ les Dieux. — Ici, la conséquence est très-clùre: Yathéisme. Toutefois, un fait aussi général que la croyance aux dieux, la religion des peuples, a besoin d*ètre explicpié. Gomme plus tard Épicure, Démocrite Texplicfue et même le justifie. Les dieux, que sont-ils? Il y a plusieurs façons de s^en rendre compte: 1"^ Ce sont, sinon des êtres réels, des images plus grandes que les antres; elles apparaissent à Thomme dans certains états, dans les songes par exemple, i^ Ou bien ce softt des êtres réels et supérieurs, mais comme tout ce qui «nste, eux-mêmes des agrégats plus parfûts d'atomes. Ils vivent sans souci, indiiérents au sort et à la conduite des hommes. 3^ Dieu Lui-même, ce sen la sphèn ignée, Tàme du monde, le feu partout présent et répandu qui anime tout. D'autres explications seront données par les sophistes {infta). H^ Les Songes^ la Magie, ï Inspiration. — D'autres feils impor^ tants avaient attiré l'attention du philosophe. Ses réponses sont

brevla curricula vil», et (ut Demociiiua) ia proftindo lOrilâlem este donersMD. (Cic, Acad., II, 10.)

1. Beatam vilam Democrftus etkm io renim eogilttiooe poD^tt, tamen ex tUa inveatigatione natorœ ooDsequi volebat ot esset booo «limo. Id enim iile snmmum bonum cùdu/^tav et aiepe àBttfiZiat» appeUal id est aBHDun» tenore lib»* mm : scd bsec etsi prsMtee, nuDdum tamen et perpoUtt. Pauca cntm, nequect ipot eaucleale ab boc, de verHate qiddem dida. (Clc^ de Finib,^ V, â9.)

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ânaiognes. Las songes^ d'où Yienne&l-ils? D'iottget eonser^ées dans l'esprit et que, dans le somineil, le cerveau reproduit — La tnagie et la prophétie peuvent également très-bien s'expliquer, par la force que donne la connaissance de la nature et de ses lois, par Tinstinet qui iait deviner l'avenir. — Vinapiration est analogue, une sorte de délire ordinaire aux poètes. Démocrite est le premier qui ait dit que cette inspiratkm est nécessoire aux poêles et aux artistes pour produire leurs œuvres.

Tout cela dénote on rare esprit d'observation et un esprit ingénieux à tout expliquer.

Valeur de l'àtovisiib. — Si la simplicité sufBt à la vérité, celui-ci est le plus vrai des systèmes. Certains esprits (et il en est de tout temps parmi les savants) sont aptes à goûter ce mérite formel; d'autres exigent plus. Nous ne ferons que quelques remarques.

1* Sa valeur métaphysique. — Malgré les erreurs faciles à relever, la notion premiéôv est loin d'être fausse; elle réalise un progrès très-réel dans la spéculation. La métaphysique des corps y est don* née (Hegel). Et c'est ce qui explique son rôle. Le principe (Fatom^ représente l'individu réeC l'unité non abstraite, mais concrète, base de toute réalité matérielle ou vivante. Il est en opposition : 1*" avec l'unité numérique ou pythagoricienne, pure abstraction; 2o avec l'unité générale, universelle, celle que proclame, avec Parménide, le panthéisme idéaUste et qui anéantit toute l'iadividualité. Démo^ crite a su concevoir l'unité réelle et individuelle sous sa forme prendère, il est vrai, corporelle et matérielle. C'est sa place dans l'histoire.

VindUoidu, ici, c'est l'alotne matériel, inerte, mais réel. Sans lui, que sont les corps? De purs phénomènes. Le monde s'éva* nouit; les êtres sont des modes de l'éternelle substance. -*- Une autre face de l'iadividualité, plus haute et plus vraie, est le moi, Vatome gpirituelj doué, dans l'être animé, d'activité propre et de Tîe, dans ThoaMM, de personnalité et de liberté. L'atomisme ne va pas ÎQsqa'i loi. Emprisonné dans le sensible, il reste en deçà; ■ttis il lui fraye la voie. Pour trouver ce moi, il faut interroger la conscience. La monade (Leîbnitx), force et âme, réalise ce progrès. Elle seule franchit le seuil ; l'atome s'y anrAte. La critique aussi s'y arrête avec lui; elle marque ce moment dana l'histoire et y voit ug progrès dau la marche des systèmes.

2* Su taèeur Mcientîtique. -- Quant aux mérites sci«aiii^pie«, c'est au savant à les démontrer, de même ^e TexceUence de la

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méthode expérimentale, qui, quoi qu'on dise, fait tous les frais du système. (Voy. Bacon; Lange, Hist. du matérialisme.) Nous ne contesterons ici à Démocrite aucun de ses titres ni de ses services. Nous ne ferons à cette méthode qu'une question. Comment franchir, avec les lois mécaniques et le mouvement tout seul, le fossé qui sépare le monde matériel du monde de la pensée? Comment passer de V objet nw sujet?lci est l'abîme. Quelques-uns du moins le reconnaissent. (Voy. Lange, ibid.)

La pensée n'est-elle qu'un cas spécial du mouvement (Spécialfall^ id., ibid.)! On travaille beaucoup aujourd'hui i le prouver et à combler cet abtme. Y est-*on parvenu? y parviendra- t-ou? Des savants se l'imaginent et le disent aux simples, qui le croient.

3* Son mérite logique. — Il est réel. Pourtant il ne faut pas y regarder de trop près ni être trop difficile. La simplicité n^est pas toujours signe de vérité. Cette simplicité même n'en est plus une, quand elle est compliquée de contradictions qui l'accompagnent et ne la rendent plus aussi claire. Or, sans revenir sur le prétendu rationalisme de Démocrite, mêlé et opposé à son empirisme, sur cette raison qui bâtit et qui détruit à la fois, qui suit et qui contredit les sens, on aurait à relever chez lui d'autres défauts de logique, quelques-uns palpables, comme ceux-ci : !• Les atomes sont étendus, quoique indivisibles; ils ont une forme : les uns sont ronds, d'autres carrés, etc. S'ils sont étendus, comment cessent-ils d'être divisibles? — Leur dureté les met à l'abri de la division et protège leur simplicité. Ceci est trop simple, peut-être naïf. — 2<» Ils sont simples, éternels, etc. Gomment le sait-on? Par la raison qui con* tredlt les sens. On nie l'autorité des sens ; mais cela est opposé à tout le système qui n'admet d'autre réalité que le sensible. Aussi la théorie de la connaissance, qui vient après, placée au sommet, le renverse par sa base. — 3^ La matière, dit-on, avec le mouvement et ses lois, explique tout. La composition^ soit; mais d'où viennent l'ordre et l'arrangement? Des lois; les lois sont la raison. Trèsbien; mais la raison, qu'est-elle?Ëlle est ces mêmes lois. Outre que c'est un non-sens et un cercle, il y a un autre cêté faible. Les lois sont des manières d'être, et c'est la manière d'être qu'il s'agit d'expliquer. Elles sont, dit-on, un fait ; elles sont parce qu'elles sont. La raison aussi est un fait. L'ordre qui la manifeste est un grand fait; mais pourquoi ce fait? Pourquoi l'ordre plutôt que le désordre? La raison, antérieure au mouvement, l'explique; la raison postérieure ou identique au mouvement ne l'explique pas. Le mouvement désordonné seul n'a pas besoin d'explication. — Tout cela

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est absurde et se contredit. Il faut aussi placer la volonté et la liberté dans les atomes aveugles et régis par des lois fatales. Autre absurdité. Il y aurait d'innombrables objections à faire, surtout quand on arrive aux degrés supérieurs. Ce sont celles que Ton fait au matérialisme de toutes les époques. Démocrite n'était pas tenu d'y répondre si, après plus de 2,000 ans, on n'y répond pas, et on ne saurait le faire.

Un mot encore sur ce X^, dont on fait tant de bruit en accumulant les textes. C'est, je le répète, un mot vide. La raison, non principe, non cause ordonnatrice de la matière, venant avant, après ou à la suite (on ne sait), la raison prœposteraj est un pléonasme qu'on torture en vain, dont on ne peut rien tirer qu'une contradiction flagrante quand on se place au vrai point de vue du système *.

4<> Sa place dans la succession des systèmes. — Elle a été marquée plus haut. C'est, comme dit Hegel, la première conception rationnelle d'une physique mécanique. Les sciences la lui ont empruntée, et c'est un progrès qui place très-haut ce système tians rhistoire des sciences et de la philosophie naturelle. Elle y a sa place et marque un degré ; dès qu'elle veut le franchir, sou insuffisance éclate, aux yeux du moins non aveuglés, non prévenus.

Quant au rapport de ce système avec les autres systèmes contemporains^ il est très-difficile à marquer. Plus jeune qu^Empédocle, mais postérieur par les écrits, Démocrite doit-il être placé avant ou après Anaxagore? Aristote bii celui-ci plus jeune que lui. Les homœoméries auraient donc suivi les atomes. Pour nous, Tatomisme, par son importance, est le dernier mot de Tionisme.

Démocrite n'a pas laissé proprement de disciples, sauf Métrodore de Cbio et Protagoras^ l'un des principaux sophistes qui se rattachent à lui ; mais on peut considérer comme tels tous ceux qui, dans les &ges suivants, professèrent sa doctrine. Et, en ce qui en est la base, on peut le dire, ce sont tous les matérialistes de toutes les époques : Ëpicure en tête, Lucrèce ensuite, au viii^ siècle Gassendi, Hobbes, au xviu* Lamettrie, d'Holbach, etc. Nous aurons i marquer cette filiation dans l'histoire de la philosophie.

Sur Patomisme (public, réc] : Lange, Hist» du matérialisme, tr. fr., 1877; Lafaist, Dissertation sur la philos, atomistique, 1833; Zeller, 1. 1; L. lÀstAydeDemocritophilosopho, 1873; Cli. Levéque, Aet). philosophique, avril 1878.

1. Démocrite, dit*oo, devint oomplétement %déa\%$U au môme sens et au même titre que Platon lui-môme. (I^afaist, p. 91. Cf. Zeller, Liard, Lévôque.) — Cela n'a pas de sens. U fallait alors renier et refaire lotit le systèmu.

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