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LA SOPHISTIQUE ET LES SOPHISTES

I. —' Garaotères généraux de la sophlstigae; ses causes; l'enseignement des soplilstes.

I. La sophistique en général. — l"" Sa place et son rôle dans Vhistoire. — La sophistique, telle qu'elle apparaît pour la première fois chez les Grecs, est un événement remarquable dans la civilisation ancienne. Philosophiquement parlant, sans doute, c'est bien le scepticisme, tel qu'il devait naître de la lutte des systèmes après deux siècles d'impuissants efforts de la raison humaine pour résoudre des problèmes dont plusieurs dépassent sa portée : mais elle a un caractère plus général qui lui assigne un rAle particulier et une place distincte dans le développement de la pensée humaine.

Qu'est-ce, en effet, que la sophistique? Une des faces de l'esprit humain à laquelle répond un degré de culture à toutes les époques. A ce titre, quelle que soit la défaveur méritée qui s'attache au nom de sophistes, elle devait être réintégrée dans cette histoire, sinon réhabiUtée ^

En Grèce, au moment oA elle se produit, elle annonce une ère nouvelle et une révolution dans les mœurs grecques. Elle répond à des besoins nouveaux de l'esprit qui ne s'étaient pasencore révélés, mais qui, une fois éveillés, demandent à être satisfaits. C'est l'éveil de la réfUxionf succédant à la pensée naïve ou spontanée, ou à la raison commune. Soumise aux règles du bon sens, celle-ci, accoutumée à vivre sous l'empire de la tradition et de l'autorité, s'est contentée de leurs maximes. Il n'en est plus de même dès que l'esprit critique et raisonneur a £ùt son apparition. Facile à reconnaître aux traits qui le distinguent, ses effets sont inévitables, et ses dangers ne peuvent se dissimuler. Une fois né, cet esprit s'attaque à tout ce qui, jusque-là, avait été admis sans examen, à la religion,

i . Cette réintégration, dont od a fait depais une réhabilitation et une apologie, est due à Hegel. On verra en quoi noua l'avons suivi et en quoi nous nous séparons de lui.

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aux lois, aux mœurs, aux coutumes et aux institutions, à Tart et à la science elle-même, dans ce qui en est la base. Il sonde et mine leurs principes. Tout alors est analysé, discuté, rabonné, mis en question. Les fondements de toutes les croyances ne lui paraissant pas évidents et solides, il les ébranle et les renverse. Il ne met rien à la place et n'édifie rien. Il reste même en deçà du doute; mais il nie. C*est la négation succédant à une affirmation non motivée ni raisounée. Il s'y arrête, et elle lui suffit. Il l'étend à tout. Faisant pour la première fois Tessai de ses forces, il s'emploie tout entier à cette œuvre de destruction et vit au milieu des ruines. Loin de s'en effrayer ou de s'en affliger, il s'en réjouit et en triomphe. Il nie tout, excepté luimême. Il ne croit plus à la vérité, mus il croit à la toute-puissance de Tesprit individuel. Selon lui, l'esprit exercé est capable de tout rendre plausible ou vraisemblable. Il se proclame la mesure de toute chose. Tel est le sophiste à la fois rhéteur et dialecticien, sceptique avant tout. C'est Tart nouveau qui s'enseigne et qui doit remplacer tout autre art, le savoir qui succède à la science elle-même reconnue impossible.

Pour employer une formule aujourd'hui consacrée et qui revient sans cesse dans cette histoire, la sophistique est le moment de la subjectivité, le règne du sul^ectiviime dans son sens mauvais et superficiel. En face de la raison absolue et universelle, représentée par le sens commun, se pose la raison individuelle^ appuyée sur elle-même, donnant tout à Vopinionf au caprice et à l'arbitraire, ne reconnaissant rien dans Tordre moral et intellectuel qui ait une valeur réelle et absolue.

Tel est le point de vue auquel il faut se placer pour comprendre et juger la sophistique ^

Ce phénomène n'est pas propre i la Grèce. Il est le fruit naturel de toute civilisation à son déclin ou aspirant à une forme nouvelle. Il marque la fin du monde ancien, et il en fait pressentir un autre qui n'est pas encore, mais que préparent les siècles suivants.

2* Son rôle particulier dans la Grèce. — La sophistique a une autre signification chez les Grecs. Elle représente le moment de la diffusion des arts et des sciences. Les sophistes, comme on l'a remarqué, jouent le même rôle que les encyclopédistes au xviii® siècle. Les premiers, ils ont propagé les connaissances positives, qui jusque-là avaient été le privilège de quelques penseurs isolés et de leurs disciples. Véducation, qui avec eux se transforme, appelle de

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