G'Mt oehii de Hegel; nous ferons plus loin nos réserves
nouveaux maîtres. Les sophistes se sont faits les instituteurs et las précepteurs de la Grèce. La jeunesse à lacpielle ils s'adressent est séduite et entratnée; elle les suit partout et les applaudit. (Yoy . Platon, Trotagorai.) Cet enseignement nouveau, qui ssccède à Tancien, embrasse tout ce qu'on savait alors, les mathématiques, Tastronomie, la musique, la physique, Tart de la guerre, la médecine, mais surtout la politique^ art nouveau et qui devient l'objet principal, n faut y joindre la dialectique et l'art oratoire, ou la rhétorique, qui réunit la "vertu des autres arts (Platon, Gorgiai], parce qu'il apprend à tout prouver et persuader. Le succès fut immense. C'est une révolution dans la culture de Tesprit et de la civilisation grecque.
3* Sa place dans V histoire de la philosophie. — Dans Tordre de la pensée abstraite ou philosophique^ l'opinion qu'on s'est longtemps faite des sophistes ne doit pas être moins modifiée. La sophistique n'est plus cet accident sans valeur qui forme un contraste avec la vraie philosophie. Elle n'est plus amplement le firuit de l'antagonisme des systèmes, ni le scepticisme qui succède au dogmatisme et marque ainsi la fin de la première période. Du moins, cette mamète de voir est loin de suffire et de déterminer le véritable rôle de la sophistique. La sophistique, en effet, si elle marque la fin de cette période, en ouvre et prépare une seconde. Le point de départ, auparavant placé dans Socraie, doit être reporté plus haut, jusqu'à elle. Si elle clôt la série de ces systèmes où la pensée se porte vers le monde extérieur, elle est, à n'en pas douter, le signe d'une direction nouvelle en sens inverse et du retour de la pensée sur elle-même. Ce mouvement, qui sera continué par Socrate, s'accomplit déjà par les sophistes. Ce n'est plus, en effet, de la nature quHls s'occupent et des problèmes qui s'y rapportent, mais de Thonme et des choses humaines. On les voit agiter des questions qui jusque-là avaient fort peu attiré l'attention des philosophes. Toutes sont relatives à l'ordre moral. La nature de l'homme et sa règle de conduite, l'origine des sociétés, la législation et la politique, les fables et les traditions religieuses, l'existence même des dieux, la littérature et les formes du langage humain, les règles de l'éloquence, etc., sont la matière des discussions nouvelles, où le vrai et le fattx^ le bien et le malt le beau et le toid, le juste et VinjusêSj la teriu^ la scienee, le principe de la toi, reviennent sans cesse et sont mis en question. Enfin, le problème tout métaphysique de la téritéj de la eoitn«iasance et de sa légitimité, ce problème jusque-là perdu ou isolé dans les précédents systèmes, ou venant à la suite des autres problèmes, est chez eux et par eux posé comme distinct et en son nom^ à sa place
LES CAUSBS DB LÀ SOPHISTIQUB 83
et à son rang; sa solutian entraîne tont U reste. Ce qai distragne Socrate, ce n'est donc pas l'objet auquel s'attache sa pensée^ roaii sa manière de l'eniisager. Ce n'est pas le proUème^ c'est la solntion donnée par lui À ce problème. Les sophistes l'avaient avant lui posé et résolu. C'est à leur répondre qu'est emplojpée sa dialectique» Ils avaient bien vu (pie de là tout dépend, la science ei la oonduite humaine; mais ils nient que cette science soit possible, et ils donnent à la vie un autre but. Leur réponse est négative, et la sienne est positive. De part et d'autre, l'élude de la nature humaine est la base des doctrines. Socrale, qui combat les sophistes, voit dans l'homme autre chose que ce qu'eux-mêmes y voient. Là est toute la différence. Eux s'arrêtent au côté mobile, superficiel de la pensée : à la sensation. Lui, creuse plus avant dans la conscience et sous ta sensation découvre la raisony la conception rationnelle, vrai fondement de la morale et de la science.
Tout cela, aujourd'hui, eét accordé. C'est le vrai rôle de la sophistique et des sophistes dans cette histoire. Est-ce bien son $ssmce? On le verra plus loin.
n. Ses causes. — Elles furent nombreuses et diverses.
l"" Causes internes. — La première est la loi même de Teeprit, la réflexion^ provoquée par la lutte des systèmes. Cet antagonisme devait la foire éclore avec le scepticisme. La nature même de l'esprit grec s'y prêtait à merveille. Admirablement doué pour la recherche du vrai comme pour la création du beau, il avait en lui des tendances qui rendent celte recherche dangereuse à la science elle-même et peuvent lai être fatales. Il s'était montré fait pour les spéculations les plus hautes ; mais il joignait à ses qualités de sagacité et de profondeur des défauts qui en sont l'iAus, et dont le principal est Isisubti* lUé. A la fois sérieux et léger, éloquent et bavard, le Grec était avant tout discoureur et disputeur. Très-souvent signalés, ces dé&uts se retrouvent dans toutes les ceuvres du génie grec, surtout dans celles des philosophes, qoe souvent ils déparent. Raton et Aristote n'en sont pas exempts. Socrate, malgré tout son bon sens, est subtil au point de passer quelquefois pour sophiste. Les Stolsâens sont subtils; les Académiciens le sont tout autant. Les Epicuriens seuls ne le sont pas; mais que dire des Alexandrins? Aux jours de la décadence, cet esprit devait peupler le monde romain de rhéteurs et de sophistes. L'apparition d'une religion nouvelle ne fit que l'aiguiser. Il fut l'infatinpidile artisan des hérésies. S'il fut le même à toutes les époques, comment ne se serait-il pas révélé dès
le début, aux jours de sa jeunesse et de son inexpérience? (Yoy. Cousin, HisU gén.)
2o Causes extérieures. — Mais les causes principales doivent être recherchées dans Yétat général de la société ou de la civilisation grecque à celte époque. De grands changements s'étaient opérés dans Tordre moral, religieux, politique des cités grecques. Des besoins nouveaux rendaient nécessaire une éducation nouvelle. Il sufljt de les indiquer :
En religion^ le polythéisme, dès longtemps miné par la philosophie, ne pouvait lui opposer de résistance; Tanthropomorphisme des dieux grecs ne trouvait plus de créance dans les esprits cultivés. Les fables et les traditions poétiques n'inspiraient plus aucun respect. Des philosophes tels que Xénophane, Heraclite, les avaient attaquées ouvertement dans leurs écrits. Les poêles comiques (A.ritopbane lui-même) les livraient au ridicule sur la scène. La tragédie, plus sérieuse (Euripide), ne les ménageait pas plus.
Les mœurs aussi n'étaient plus les mêmes. Depuis les grandes victoires contre les Perses, la richesse s^était accrue; l'aisance générale, le luxe et les arts, surtout à Athènes, avaient amené à leur suite l'oisiveté, la mollesse et la corruption.
La constitution politique d'Athènes et des autres cités avait subi des changements considérables. La démocratie y alternait avec la tyrannie, et la lutte des partis y était incessante. L'art de la parole était devenu le premier, presque le seul art de gouverner. L'ascendant qu'avaient pris les orateurs dans les assemblées populaires fut une des causes qui préparèrent la sophistique. Les combats de la parole engendrent les combats de la pensée. Les Athéniens furent toujours passionnés pour la dispute. Ils aimaient à parler, dit Platon (LoiSy I). Nulle part la liberté de tout dire ne fut aussi grande. Le talent oratoire (on l'avait vu pour Périclès) donnait et conservait la puissance.
Véduealion par la gymnastique et ses exercices ne doit pas être oubliée. Le spectacle habituel des jeux publics^ les honneurs presque divins rendus au athlètes, n*y prêtaient pas moins. Les sophistes étaient les athlètes de la parole. Il en fut comme au moyen Age, où les tournois de la chevalerie coïncident avec les controverses de la scolastique. — Tout devait donc concourir à produire ce mouvement, à le provoquer ou à le favoriser. (Voy . Schlosser, Hist. anc.,t. II, p. 109.)
La sophistique fut l'effet de toutes ces causes. Elle réagit sur elles. Née de l'esprit du temps, elle le renforça et précipita sa
L*BNSBIGNBMBNT DBS SOPHISTBS 85
marche. On le voit par ce passage de Platon où le peuple est proclamé « le premier et le plus grand des sophistes » (Rép,^ Y).
m. Athènes, son siège principal. — Jusqu'ici, la philosophie n*a pas eu de centre géographique dans le monde grec. L'Asie Mineure et ritalie méridionale en avaient été les foyers principaux. De là, elle s'était répandue ailleurs sur le sol grec et comme disséminée (Abdère, Ephèse). Maintenant elle a trouvé son centre. Ce centre, ou théâtre principal, est Athènes, la capitale intellectuelle du monde grec. Anaxagore déjà y avait longtemps séjourné, mais s*en était éloigné pour aller mourir ailleurs. Maintenant, de tous les côtés les sophistes affluent à Athènes ; ils partent de tous les points. Gorgias vient de la Sicile; Protagoras, d* Abdère; Prodicus, de Céos; Hippias, d'Elis; Thrasymaque, de Ghalcédoine. Ils voyagent de ville en ville; mais leur rendez-vous est la cité grecque par excellence. Les mœurs athéniennes, on Ta vu, la constitution d'Athènes, ses révolutions, autant que sa prééminence, devaient contribuer à ce choix et les y attirer. Quels étaient leur genre de vie, leur caractère et leur enseignement? Un mot d'abord sur cet enseignement, ses caractères extérieurs.
IV. L'enseignement des sophistes. — Sa nature et son objet. — Les sophistes se donnaient pour mission d'enseigner. Faire l'éducation des hommes, icatSeuciv acv6pa»7couç (Plat., Prolag.)^ telle est la tâche qu'ils ont entreprise. Cet enseignement nouveau diffère en plusieurs points de celui qui avait été donné par les philosophes. 1'' Celui-ci était privé. Sans tenir secrète leur doctrine, les anciens philosophes, Pythagore excepté, s'étaient bornés à communiquer, dans un commerce intime ou par leurs écrits, leurs idées écloses dans le silence de la méditation. Ainsi philosophèrent Thaïes, Parménide, Démocrite, Anaxagore, etc., dans un cercle étroit d'amis ou de disciples. Les sophistes, eux, professent en public. Ils tiennent des séances ou conférences où sont conviés tous les citoyens. La jeunesse entière y assiste. (Voy. Platon, Protagoras.) Leurs leçons {imBtiUi(;) (id., Gorgias) sont des discours d'apparat, étudiés et pompeux, faits pour capter les suffrages et s'attirer des applaudissements. — 2^ Quant à la doctrine elle-même, on verra en quoi elle consiste. Mais cet enseignement, par son objet, ne diffère pas moins de celui qui l'a précédé. Son universalité le caractérise. L'éducation ancienne, en ce qui était intellectuel, se bornait à peu de chose. Lire, écrire, calculer, chanter, jouer de la lyre, avec quelques vers appris des
86 LBS SOPHISTES
poëies, était tout ce que sa^t un jeune Athénien. Le saToir encyclopédiste des sophistes contraste atec ce système. Il embrasse tous les arts et toutes les sciences. La variété des connaissances et des talents est ce qui dès Torigine distingue le sophiste *. Mais il est un art particulier qui leur est propre. Cet art, qui réunit la vertu des autres arts, est la rhétorique unie à la diaUctiqtie. T\ faut y joindre Thabitude de traiter des lieux communs, la plupart empruntés à la morale vulgaire. De ce genre est Vallégorie de Prodicus {EercvAe entre ht Vertu et la Volupté rvoy.Xénoph., Mém., I). Quelquefois aussi , ils se plaisaient à traiter les sujets les plus vulgaires et les plus Aitiles, dans un tangage orné et recherché, paré des grices fardées d*un style travaillé avec art et d'une diction raiflnée (Eloge du sel, de la mouche, etc.). — De plus, ils faisaient payer leurs leçons : antre innovation, trait distinclif et caractéristique qui les sépare des philosophes.
La vraie philosophie, disait-on, est désintéressée; la sagesse ne se vend pas, elle se communique; l'amour de la vérité exclut l'amour du gain. (Voy . Platon, 1 ^ Hippias.) Que les sophistes, précepteurs publics, qui voyageaient de ville en ville, aient exigé un salaire de leurs disciples, rien de plus naturel et qui doive nous choquer ; mais ils dépassèrent la mesure et montrèrent de l'avidité . Plusieurs amassèrent des sommes considérables; ils affichèrent un luxe et un flûte peu dignes d'hommes qui, habitués à discourir sur la vertu, devaient enseigner par leur exemple le mépris des richesses; il était trop fhcile de les comparer à Thaïes, i Bias, à Démocrite ou Anaxagore. {Ibid.) — Nous ne disons rien ici de leur genre d* éloquence. Quant à leur conduite et à leur caractère, la différence entre les individus est réelle et doit être observée.
V. Lbs principaux sophistes. — Les deui principaux sophistes furent Protagoras et Gorgias. Après eux» Prodicm de Céos et Hippias d'Elis furent les plus célèbres.
On distingue les anciens et les nouveaux sophistes. Le rhéteur Polus, Euihydème de Chio et Dionysodore^ appartenant à cette seconde génération, sont les plus connus. D*autres le sont moins^ tels que Calliclès et Diagoras de Mélos, qui fut chassé d'Athènes pour son livre, comme athée. Critiast qui fut un des trente tyrans; le
1. Sophiste, «^ffmf, vent dire honm habile et inetniH. On le tronve déjà dans Homère. On a vouhi de celte étymologie tirer une JasUOcailOQ de la aophia- Ûque. C'est être pea difficile en fait de preuves.
L'BNSBIGNKMBIfT DBS SOPHISTES 87
rkéteiir Lycophron^ disciple de Gorgias; Eoénus de Paros; Aniiphon^ un sophiste du temps de Socrate, s'i^outent à cette liste K
Ils allaient de ville en ville, donnant leurs leçons en public, attirant autour d'eux un grand concours de monde, de jeunes gens surtout. (Voy. Platon, Protagoras.) Plusieurs Turent des personnages importants, fort considérés dans leur pays. Ils furent souvent employés par leurs concitoyens pour les affaires publiques, envoyés en ambassade ou comme orateurs pour traiter ou défendre les intérêts des cités. (Voy. Plat., 2« Hippiasy II.) Quant à leur caractère, peut-être a-t-il été trop sévèrement jugé. Il y a entre eux de grandes différences; mais tous ont quelque chose de commun. S*il faut rabattre de leur charlatanisme, de leur ambition, de leur vanité, de leur amour du gain^ il est difficile de les excuser complètement^
i. PROTAOORAS d'Abdère. — Il florissait vers la 84«olym. Put-il disciple de Démocrite? EHogène Laeroe TafOrme. II fat sectateur d'Heraclite. La tradiUoo qui le kii élever par les mages est une foble. On le trouve à Aitiènes et en Sicile, où il enaeigne avec tin grand succès Téloquence. H acquit ainsi de très-grandes ricbesM». (Platon^ Ménon.) Le premier, fî institua les joutes oratoires et donna aux }oatean l'arme du sophisme (Diog. L.). Il fat accusé d'atliéisme par les Athéniens, pour avoir dit des dieux dans son livre qu'il ne s'occupait pas de savoir s'ils existent on D^xistent pas. (Voy. infra,) Le livre fut brûlé; lui-même, condamné à mort, prit la fuite et périt, dit-on, dans an naufrage. Il laissa pludeors écrits. (Voy. Dk>g. L«, L IX, c 8).
GoROiAS,de Léonthii, en Sicile. — It fut disciple et ami d'Bmpédocleet du rhétenr Tisias (de 500 à 485 av. J.-C.]. Il vint à Afliènes dans ta deuxième année de la 88* olymp. (427 av. J.-C.}, à la t6te de l'ambassade envoyée par les Léontins pour demander du seconrs contre Syracnsse. Il étonna et éblouit les Athéniens par son éloquence pompeuse et recherchée. Peu après, il quitta sa patrie, revint à Athènes, parcourut la Grèce, demeura longtemps en Thessalie et s'enrichit par set discourt publies et par les leçons qu'il donnait aux jeunes gens. (Plat., Htppûu major ^ Ménon; Isocrate, Antid,^ 155.) Il se fixa enHn à Athènes et s'y éteignit, âgé de 108 ou 109 ans (Diog. L., VIII), iaiâsant une réputation extraordinaire que Platon lui-môme n'attaque qu'avec une cerlaine réserve dans le dialogue qui porte iOB nom. (Voy. notre édit. du Gorgias^ p. 119 et siiiv.)
Prodicus deCéos.— IT était ami et contemporain de Protagoras, peut-être sod (fisdple. Il fut on des principaux sophistes. On a peu de détails sur sa vie. Il jouit d'une grande considération. (Voy. Plat., Premier Hippias.) Socrale prit de lui des leçons. Platon, qui ne le nomme que le sage Prodicus, parle de Tétendae et de la variété de ses connaissances. Il était astronome, physicien, mathémaCicien, mais Q fit une étude particulière du langage ; il écrivit sur la valeur ei la synonymie de» moU : ittpi ôvofiàTotTf opBâvnroç, (Plat., Euthyd.y Craty le.) Ses mœurs dissohies et son amour du gain ont nui à sa réputation. Du moins il faisait payer très-cher ses leçons, dont il proportionnait le prix du reste à la fortune de chacun. Socrate le plaisante {CratyU) comme n'ayant pu assister à la leçon qui coAtait cinquante drachmes par tète sur la propriété des noms et n'ayant entendu que la leçon à uoe drachme. Il est connu par sa belle aiUgorie é^ Hercule eoire la Vertu et la Volupté. (Xénophon, Af^.)Il était proverbial de dire : c Plus sage que Prodicus: npoSimt eofitrtpoi. » Il ne fut pas moins accusé d'impiété et condamné' à boire la dgruè.
lliFPXAS d'Blis. — Plus jeune que Protagoras, il s'était rendu célèbre par soa
Chacun du reste a sa figure propre et sa physionomie particulière que Tait connaître sa biographie.
IL — L.a Philosophie dos Sophistes.
ï a-t-il une doctrine qui soit commune aux sophistes et qui puisse s'appeler, à ce titre, la sophistique? On le nie (Grote), mais à tort. La raison invoquée, savoir les différences que Ton remarque entre les sophistes, est faible. Ils peuvent dlff^érer par leurs opinions sur des points particuliers, comme par les sujets qu'ils traitent, par leur genre de vie, leur caractère, etc. Leur esprit n'en sera pas moins le même, ainsi que le but qu'ils poursuivent. Ces opinions ont-elles entre elles un centre commun, un principe qui les
éloquence et ses connaissances mathéoiaUques, aslronomiques, archéologiques, etc. (Voy. Plal., Premier B»f>pt<u.) Il se rendit un jour à Olympie, se vantant d'être savant en (ouïe science, habile en tout art. (Deuxième Hippiat.) Il avait Tabriqué lui-même l'anneau qu'il portait au doigt, confeciionné son manteau et ses sandales. Il enseigna l'éloquence» l'archéologie, le rhylhme et l'harmonie des syllabes, et il dévoila la morale des sophistes dans cette proposition : c La loi est le tyran des hommes; elle est souvent contraire à la nature : o' it vd/ioc rvpMifoç àv tAv «y6/»e«- HAiy noXXé. ntupk r^y fUiTt. » (Xéoopb., Mém»^ IV, 4.)
PoLus d'Agrigente. — On ne sait sur lui que peu de chose. (Plat., Oorgiae; Théag., c. X.) Sophiste et rhéteur, comme son maître QorgiRS, qu'il accompagna dans son ambassade, il avait écrit une Rhétorique, Platon, dans le Phèdre (ch. XI), le plaisante sur sa musique oratoire, ses répétitions, ses sentences, ses images, ses mots à effet d'harmonie. On ignore l'époque de sa naissance et de sa mort; on sait seulement qu'il était plus jeune que Qorgias et Socrate. (Voy. Plat., Gorgias, ch. XVII et XVin.)
Thrasymaque de Chalcédoine. -- Il n'est connu que par les passages de Platon (Phèdre et Rép., I). 11 l'appelle le puissant rhéteur de Chalcédoine, n'ayant pas de supérieur dans l'art d'exciter la compassion, de soulever et d'apaiser la multitude (Phèdre\ Dans la République (liv. I), il lui fait soutenir ces maximes : la justice est ce qui est utile au plus fort ; Tinjustice vaut mieux que la justice; l'injubiice portée à son comble est plus forte» plus libre, plus puissante que la justice ; les lois ont été faites par la multitude, ou par les rois à leur avantage, etc. (Voy. infra, )
EuTHYDkMB ET DiONYSODORB. — lU appartiennent à cette classe dégénérée de sophistes qui, cultivant l'art de li dispute dans le sens de la sophistique, lui avaient fait produire tous ses effets, les sophismesles plup subtils, les arguties, les jeux Je mots, les plus misérables équivoques, etc. Platon les a livrés au ridicule dans le dialogue intitulé Euthydème et qui est une sath^ de la fausse dialectique des sophistes.
DtAOôRAS de Mélos. — Il passe pour avoir été affranchi et disciple de Démocrite. Il professa publiquement l'athéisme et fut surnommé l'athée; accusé d'avoir divulgué les mystères d'Eleu<^is et déclaré coupable, il prit la fuite et mourut à Corinthe.
CALUcLfes. — Hôte et ami des sophistes, peut-être sophiste lui-même, il figure comme tel dans le Gorgiat de Platon, où II divulgue la morale des sophistes. (Voy. p]., Gorg,)
engendre et d'où elles dérivent? Y a-t-il un lien logique qui les réunisse? C'est de cela qu'il s'agit, ce qu'il faut examiner en parcourant les réponses qu'ils font aux questions principales de la philosophie.
1. Métaphysique. — Le principe fondamental de la métaphysique des sophistes est dans la manière dont ils conçoivent la vérité. Protégeras et Gorgias, les deux principaux sophistes, Tout formulé dans des maximes qui n'offrent pas d'équivoque, sous le double aspect subjectif et objectif. — Disciple d'Heraclite et de Démocrite, Protagoras disait : « L homme est la mesure de toute chose ^ de ce qui est comme étant et de ce qui n'est pas comme n'étant pas ^ »
Platon, qui expose sa doctrine et la réfute dans le Théétète^ et Âristote, dans sa Métaphysique (IV), nous en donnent le sens. V homme ici, c'est l'être sensible, la sensation. Or, prise pour mesure de la connaissance et du jugement, la sensation est essentiellement variable. La vérité Test de même. — Voilà pour le sujet. De plus, l'objet, le monde, est dans un mouvement perpétuel. « Tout s'écoule, » dit Heraclite. Donc les deux termes de la connaissance (le sujet et Y objet) sont mobiles. Rien de fixe, rien de certain. L'opinion de chacun décide de tout : (xéTpov ^à^ âcaorov ^. (Plat., Théét., p. 166.) La vérité est individuelle. Tôt capita, tôt sensus. C'est la formule même du scepticisme. Cela est clair. Qu'on lui donne une interprétation supérieure (Hegel, XIV, 32), en la rapprochant du kantisme, on rallëre, on la dénature. La raison devient, dès lors, la mesure, et elle est impersonnelle.
Ceci est le côté subjectif; le côté objectif est donné par les trois thèses que soutenait Gorgias dans son livre intitulé : du Non-être y ictpl Tou fA^ ^vT(K, ou Sur la Nature^ icepl (pvcrccoç. Partant de l'éléatisme, il disait : 1^ que rien n'existe; 'î^ que si quelque chose existe, l'homme ne saurait le comprendre ; 3^ que s'il le comprenait, il ne pourrait en communiquer à autrui la connaissance ^ Et par une série d'arguments il entreprend de prouver chacune de ces propositions. (Sex. Emp., Uath., VIL) Quoi qu'il en soit de son argumenta* tion S le résultat très-clair, c'est que la vérité n'existe pas. La vérité
!• "EpïoLTé «ou roOrov rdv rpéito'»' nâyruv xp^fidr^it /lirpav aEv6/»ft»ire$, rAy /Uv ^yruv M{ IvTcv. x&f ihoàx 5vTMy ai oiot Ivrcy. (Diog^. L., IX, 51.)
2. Prutagoras putat, id calque verum esse quod cuique videatur. (Gic, AoocL, II, 46.)
3. *Ev fikv xoci irjOâTOv, 6u ovHv itfrtv* itùr^po'» Su d xeci hxttf àxecra>«}«TOy. àif$fié»n9ê' Tplro^ irt, tk xctTaAnTrrrf», àAAà to^« àviÇo«*Tov xal Am^/a^vsvtov r^ «tUflc (Sext. Bmp., Adv, Math., VU, 65.)
4. Hegel (t. XIV, p. 41) trouve cette argumentation très-soHde, Invincible à qui soQtitiDt que le sensible est le réel. Celle dialecUque est conforme à son ays-
niée, que reste-Uil à sa place? Une simple apparence^ ou, comme dit Aristote (MéLy lY), Vaccident mis à la place de Vêtre. Toute la mélaphysiqie des sophistes est là, d*oi ressort cette conclusion sur la sophistique elle-même : qu*elle n'est que Tapparence de la philosophie : ^ Y^P ^oîpt^^i'^^ çaivofjiivYi fii($vov ccKpfa l^ri. (/ftid.)
H. Logique {Dialectique ^ Éristiqw). — Le principe posé, quelle lofpque doit en sortir ? Elle aussi est très-claire. La Térilé n'existant pas, l*axiome qui est la base du raisonnement, le principe de contradiction, n'a aucune valeur. « Ce qui est est ; une chose ne peut pas être et n'être pas à la fois et sous le même rapport, » tel est ce principe. ITadmettant aucune vérité, les sophistes le rejettent. {Ibid,) Dès lors, toute opinion éerient égale aune autre. CTest Vmdifférence absolue en matière de vérité. On peut soutenir le pour et le contre par des arguments d'égale force. C'est ce que disent les sophistes. Le sophiste est ^vnXoYixoc itepl Trdérmv. (Plat. Soph.) En soi, tonte proposition étant égale à une autre, on peut la prouver ou la contredire par des arguments qui la rendent vraisenMaMe eu qii la détruisent. La thèse est équivalente à la thèse contraire; tout dépend de rhabileté de celui qui la fait valoir. Il sait rendre supérieur ee qui est inférieur, t^ >irrôii Xoyov xpelrccti Troistv, et inférieur ce qm est supérieur. C'est le secret de la dialectique des sophistes. Il en sera de même de leur rhétorique (Arist., Rhét.^ II, 24). Il ne s'agit que de trouver ou de créer des ai^roents spécieux, qui fassent panitre vrai ce qui est faux, el faux ou douteux ce qui est vrai. Le sophism» est le fruit de cette logique K
Il y a là aussi tout un art de la dispute {ÉrisHque)^ qu'ont enseigné et pratiqué tous tes sophistes, les premiers comme les derniers. La diffërenee est en degré et dans la forme. Tous y ont excellé *. Si
tème. C'est l'identité de Vélre et du non- être.,. L'être véritable, c'est le devenir» Le non-ètre y est partie intégrante de l'être, etc. — c Pensée profonde el vraie, » dit Hegel. Les sophistes, f^ Msaient ainsi de la dialectique, étaient de profonde penseurs. — Soit; mais y atiac baient-ils ce «ens? Il est peu probable qnel'tui on l'antre y ait songé ; s'ils ont été profonds, ce n'a pas été pour eux-mêmes. Gorgiaa, il est vrai, s'appuyanl sur l'école d'Elée, se sert de la dlalecUque de Zenon pour établir son scepticisme ; mais il reste dans la négation el la conlradiction, affirmant k no»-être cofluoe étant L'équivalent de l'ôtre ; le néant far et simple ; la négation, c'est ici Iludifrérence absolue. Ceci n'a rien de conaoB avee VéftohtHan diaketiquê de Vidée, où le terme négatif, inférieur au terme positif, a'y absorbe et s'élève (aufhebt) ainsi jusqu'au vrai. Le vrai réi^ide dans lo terme supérieur, s'e£5ice et a'abaocbe daas no autre, elc. Tout eeia est en debors de k pbiloaopbia ancfenne.
1 . PfotagAiMin utramque partem diepatari ex equo possa et de bac ipsa an muIb rcs in utramque partem dispulabilis. (Scnec, Ëp. 85.)
i. lUos veiesea doclorea auctores que dicendi : Nullum genus dlsputatlonls a SB aliiimm pulasie aft<»pinmi. (Cic, de Orui»^ III, 32.)
ul philosophib des sophistes 91
les derniers l'ont rendu ridicule, c'est qu'ils n'ont pas su garder la nesure et ménager Fapparence. Ils ont péché contre leur art. Cet art, il est le fils légitiine de celte logique, elle-même fHle très-légitime de la métaphysique. 11 faut y ajouter la rhétorique, l'art de la persuasion, dont il sera parlé plus loin. Son but est le même : faire ereire et non saroir, assurer le triomphe de son opinion. (Yoy. Platon, GorgfMM, Phèdre.)
m. Morale. — Voilà la théorie. Y at-il une morale qui s'aceerde avec elle? Sans doute ; mais il ne faut pas la chercher dans les diflfotirs d'apparat que débitent en public les sophistes et dont le Wt est de se faire applaudir. Là, ils se conforment à Vopinion tuIgtire. Cette morale est plus cachée et ne se dévoile qu'aux vrais dificiples, ou q«and elle est forcée de se démasquer par ses adversaires. (Phiton, Gorgias.) — Elle est, du reste, très-fiieile à CMipresdre et non moins conséquente. Le vrai n'existant pas, il n'y a en soi ni bien ni mah ni beau ni laidj ni jusie ni injuste» La distinetion qu'on établit entre ces idées est illusoire. Le bien, c'est ee qui est conforme à la nalwre de l'homme, être sensible, et au bon plaisir de chacun. — La recherche du plaisir eu de VinUrêt personnel est la règle unique des actions. Le reste est préjugé et de p«re invention. Le choix même entre les plaisirs est arbitraire; il éépend du tempérament, de la situation et de la volonté de chaque individu. L'égoîeme est le fond de la morale des sophistes. Se procurer le bonheur p«ff tous les moyens possibles, cela seul est sage, c'est la vraie sagesse. Cette morale, sans doute, ne peut se prêcher publiquement. Elle révolte le sens commun, attaché aux préjugés. Elle est le plus souvent déguisée, compliquée de réticences Êi de contradictions; ches d'autres, elle s'offre sous de belles apparences. Les lieux communs servent de textes à de très-beaux discours. Hais une logique adroite autant que précise sait arracher des aveux et rétablir le vrai de cette morale. C'est ce que firent Soerale et Platon. (Voy. Gorgias.) *
1 . L'épicnréisaoe fomuila plm tard cette doctrlDe ; & eo flt un système et y attacha son nom. II est déjà tout entier chez les sophistes. Platon, qui le leur prête, ne l'a pas inventé. Il ne fait que le dégager de ses inconséquences et dire tout haut ce que cfascnn peoeatt tout bas. (Yoy. Gorgias,) Aossi Aristippe, rantécédent d'Epicure, est-il classé parmi les sophistes par Aristote. Cette morale, je le répète, n'était pas affichée ouvertement par tous les sophistes. Plusieurs même, comme Prodicus, faisaient de beaux discours sur la vertu ; mais ce n'était qu'un exercice de rhéteur. Phton ne permet pas Péquivoqoe. Il démontre avec une parfaite rigueur ce qu'est et doit être an fond cette morale, et il en fuit justice. (Voy. Gorgiat, Thémt0, Rép,, I, II.)
92 LBS SOPHISTES
rV. Droit naturel et politique. — Une telle morale conduit i un droit naturel et à une politique parfaitement en harmonie avec elle et avec tout le système. Faisant disparaître les contradictions, la logique les déduit clairement des principes. C*e8t : 1<> la négation du droit ou de \b justice; 2* la force substituée au droit et qui seule peut le remplacer. La distinction qu'on établit, à ce sujet, entre le juste et Vinjuste, est fictive et n*a en soi aucune valeur. Elle est le fruit des conventions et n'est qu*un préjugé. La loi unique et naturelle, c'est la force.
Il n*y a qu*un droit vraiment naturel : le droit du plus fort. C'est la grande loi de la nature. Elle y est partout, chez Thomme comme chez les espèces inférieures. La même loi qui régit les individus doit régir aussi les sociétés. Là, le juste et l'injuste ont été créés par la loi; la nature ne les connaît pas: t^ $txatov xa\ th al<rxpov ou 9U(7ci àXXa vofAÔ) {Gorgios) ^ « La justice, c'est ce qui est avantageux aux meilleurs. x> (Gorgias^ Théétète^ Rép.f L) Les plus forts sont les meilleurs. {Ibid.) Il est juste que le plus fort domine le plus faible et lui commande, et cela dans son propre iotérét. (Ibid.) Tout le reste est pure convention, sottise, niaiserie, invention des faibles pour résister aux forts. {Gorgias.) Qu'une telle doctrine n'ait pas été publiquement enseignée, cela se conçoit. Ce n'était pas l'enseignement officiel des sophistes. S'ensuit-il qu*en la leur attribuant on les ait calomniés? Non, car : !<> hi logique la déduit des principes; 2** si tous ne Tont pas ainsi formulée, quelques-uns, un Thrasymaque, un Calliclès, ont été plus hardis. Quoi qu'on dise, cette doctrine ne leur est pas propre; elle est celle de l'école entière. La logique, en tout cas, n*en reconnaît pas d'autre.
Sans doute, une telle doctrine ne se révèle qu'aux initiés; elle ne put néanmoins se tenir cachée. Forcée par les adversaires, elle dut quelquefois s'avouer et se démasquer. Chez les autres, loin de s'afficher, elle se déguise, s'enveloppe de réticences, de distinctions subtiles et de contradictions. Elle a ses faux fuyants et ses beaux dehors. Elle ne serait pas sans cela la sophistique. Mais ce sont de vaines apparences. Cette école eut aussi ses avancés, ses enfants terribles. Quoi de plus naturel ? C'est ce qui se voit tons les jours. — Ainsi c'est bien la vraie doctrine des sophistes, ici, en droit et en politique comme en morale. La leur prêter n'est pas les calommier, c est la leur restituer '.
1. ^Tiftl yàp tyoi flyac rb Hxtutov oùx &XXo rc 4 rb roS xfitixxùTfot ïu/ififiov. (Pkt., liép.^ I, XII.)
2. On Tait bonnear aux sophistes d'avoir créé la tcience tociaU (Grote, Hegel,
y. Religion. — Ici, la négation seule est possible. Aussi est-elle moins iroilée et plus hardie. C'est VathéUme. L'être n'étant pas, comment un premier être existerait-il ? Les sophistes n'attaquent pas seulement la religion vulgaire, comme d'autres (Xénophane, Heraclite) l'avaient Tait avant eux; ils nient toute religion. Diagoras de Mélos fut surnommé l'athée. Protagoras ne faisait pas sur les dieux mystère de son opinion ^ ; Prodicus de même, qui but la ciguë avant Socrate. Critias, l'un des trente, fut aussi un athée déclaré. De plus, les sophistes expliquent la croyance vulgaire. Cette explication, qui fut plus tard Tévéhmérisme, est celle-ci : les dieux sont des hommes que la reconnaissance des peuples a divinisés. L'apo* théose des rois est aussi un fruit de la politique.
VI. Doctrine sur l'ame et sa destinée. — Le matérialisme des sophistes n'est pas moins formel, c L'âme, disait Protagoras, disciple de Démocrite, est un mot vide de sens. Il n'y a dans l'homme aucune substance différente du corps. » Prodicus de Céos rassurait ses amis contre la crainte de la mort en leur prouvant qu'après la mort Tàme ne peut souffrir. Ceci encore est la vraie doctrine sophistique et n'a rien à voir avec les lieux communs qu'ils habillaient en public de leur éloquence. Les sophistes d'alors choisissaient leurs sujets suivant le goût de leur auditoire, ces déclamations n'ayant d'autre but que de capter les suflirages.
YII. Rhétorique. — Elle est étroitement liée à la dialectique [supra]. Cet art, que cultivèrent surtout les sophistes, rhéteurs à la fois, et qui leur doit beaucoup (voy. Cicéron, Quintilien), cet art sur lequel ils ont laissé un grand nombre de règles et de préceptes, doit être ici considéré dans ses bases. Or, sou but, quel est-il? La persuasion; elle est V ouvrière de la persuasion : iceiOou; 8y\yLtw^^6ç lerriv ^ ^iQToptxTi. (Platon, Gorgiasj VIII.) Mais que persuade-t-elle? le vrai ou le faux? le juste ou l'injuste? Elle y est indifférente. Aux yeux
Zeller, Denis, etc.). Oo cite ua trèe-beau discoure de Protagoras, dans le dialogue qui porte son nom et où Socrate semble plutôt jouer le rôle de sophiste pnr la thèse qu'il soutient. (Voy. Denis, Idéei moraUi dam l'antiquité, t. I, p. 38.) C'est 6tre dupe d*une méprise. Quand le sophiste aurait encore voulu montrer Ici son talent, que prouve ce morceau éloquent, analogue à celui de Prodicus, si la logique le dément? Ce qui est clair, c'est l'irrésistible pente qui entraîne du principe moral à la conséquence juridique. Celle-ci, c'est la force mise i la place du droit, le droit de la force ou du plue fort,
1. Le livre de Protagoras commençait ainsi : c Sur les dieux^ je n'ai rien à dire sUb sont ou ne sont pas, car la chose est obscure, et la vie humaine est trop courte. » — Platon le fait parler ainsi : c Généreux enfants on vieillards, vous discourez à votre aise, mettant les dieux de la partie, tandis que moi. dans ma conversaUoa ou mes écrits, je ktoe de côté s'ils existent on n'existent pas. » {Tkéétète.)
94 LES SOPHISTSS
do sophiste, le but unique de l'éloquence et de Tart qui renseigne doit être de taire triompha Topinion personnelle. Or ici, comne pour la dialectique et ses sophismes, tous les moyens sont bons, pourvu qu'ils persuadent. Uapparence du vrai suffit L'éloquence se trouve ainsi tout à lait séparée du but moral et n'a rien i voir avec lui. En tout, Torateur ne cherche qu'à faire triompher soft opinion. Pour cela, il s'agit, en chaque question, de faire ressortir la iace qui lui convient etde rabaisser l'autre, t^ i|tTco léyw it^Eirct* «oteTv. A-t-il afOedre aux ignorants (et c'est le cas ordinaire), il sauna profiter de leur ignorance pour les tromper par sas sophismes. li sait flatter les goûts et les passions de la multitude, rentrainer et la séduire. Il y emploiera tous les artifices de sa parole, outre les raisonnements spécieux, les images pompeuses, les ornements brillants du style, tout ce qui est propre à séduire et à éblouir le vulgaire. C'est la partie essentielle et principale de son art. Il en est ainsi surtout dans les États où la multitude est maîtresse. (Test ainsi qu'on arrive à la fortune et aux honneurs, qu'on parvient à s'emparer du pouvoir, à régner ou à dominer '. (Platon, Gorgias; Bép.^ I; Phèdre.)
YIII. Grammaire et science du langage. — Les sophistes donnèrent beaucoup de soin à cette élude du langage, pour eux si utile et qui offre tant de ressouces à l'orateur. Ils portèrent leur attention sur la signification des mots, leur étymologiey la synonymie, etc. Ils y montrèrent beaucoup de sagacité et d*habileté. Gorgias même exerça une influence utile sur la prose attique, qu'il adoucit, assouplit et rendit plus élégante. — Hais leur philosophie du langage, qu'esl-elle? Cratyle, leur disciple, va le dire. Le langage, à son origine, et dans son essence, est une pure imitation; la parole humaine est l'écho des objets sensibles. — Mais la pensée n'y estelle pour rien ? n'a-t-elle point participé à sa création? — Elle-même n'est pas distincte de la sensation et des images empreintes dans les mots. L'esprit ainsi n'est pas l'artisan du langage, mais un miroir passif. Théorie grossière et superficielle. Les vrais radicaux du langage sont les idées. Si YonowAtopée y joue un grand rôle, elle n'y est pas l'élément principal; car que seraient les sons et les images elle-mèmes, sans la pensée qui les assemble et leur donne un sens? L'esprit crée lui-même Tinstrument dont il se sert, quoique celui-ci soit nécessaire à la pensée pour l'exprimer.
La base du langage est toute métaphysique. (Yoy. M. Huiler.) Platon le démontre contre les sophistes et leur disciple. (Yoy. Cra^