Voj. DotffO Èi\Aéê mtr U Gor^ioi de PlaUm, introd., Lxxm
tyle.) Je ne parle pas des faux ornements du style. Ceci a traU à ce qui suit.
IX. Esthétique. — Elle ne doit pas être oubliée. Cultivant tous les arts, quelques-uns même les beaux-arts, le beau, leur objet, devait fixer aussi leur attention. Pour eux, qu'est-ce que le beau ? V agréable^ le plaisir des sens, de la vue surtout, YagrémenL ( 1*' Hippias.) Us sont les premiers qui aient donné cette théorie, également très- conséquente, de Y art. Celte du goût, non moins conséquente, s*y rattache. Le goût, c'est la sensibilité, et le goût de chacun est la règle. On ne peut disputer des goûts. S'ils n'ont inventé cette maxime, elle est faite pour eux; son esprit est le leur.
X. Éducation. — De tous les arts, l'art d'élever les hommes est le premier et le plus important. Les sophistes le savent, et c'est pour cela qu'ils viennent inaugurer un nouveau mode d'éducation. Or, celte éducation, qui répond à de nouveaux besoins, qui les fait admirer, chérir, porter en triomphe par la jeunesse qui les écoute avec enthousiasme i,au fond qu*est-elle? Quel est son but, et quels sont ses effets ? Théoriquement^ on connaît son objet {supra). Ce n'est ni plus ni moins que le savoir universel. Ce savoir, il est vrai, n'est pas la science; celle-ci n'existe pas; mais c'est son apparence^ ou ce qui permet de s'en passer, un savoir étendu, mais superficiel. Il apprend à parler de tout et sur tout sans rien savoir ; c'est le triomphe de l'enseignement donné par les sophistes. Rhéteurs et sophistes y excellent. — Quant au but pratique et moral, ou à l'éducation proprement dite, on la connaît aussi. Il n'y aurait qu'à répéter ce qui a été dit de la morale et du reste. Le but de Y éducation est-il ici a de rendre les hommes meilleurs »? — Oui sans doute, si on l'entend comme il faut. Les meilleurs, ce sont les plus forts et les plus habiles, les plus capables d'arriver, par la culture de Tesprit et la supériorité qu'elle donne, à la fortune, aux honneurSi à la puissance; or l'on parvient ainsi, on l'a vu, à gouverner l'État, à amasser des richesses^ à être puissant dans les États et dans les villes, à se iaire admirer et envier de ses concitoyens, bref à satisfaire toutes ses passions, sans avoir à en souffrir et avec impunité. C'est ce qui s'appelle élever les hommes i-mi^tUv* àvOpwTcouç. (Platon, Rép.y I, Gorgias, Protagoras.)
i. Quoi I Protagoras d'Abdère, Prodicos do Céos, et tant d'autres ont eu i de crédit sur l'esprit de leurs disciples, etc. On les chérit, on les révère pour leur sagesse, au point de les porisr pour ainsi dire en triomphe partout où ii» passent. (Platon, Rép., X.)
Ainsi Tentendent les sophistes. D*aa(res, esprits chagrins ou chimériques, épris d'un idéal absurde, pensent autrement. Pour eux, se rendre meilleurs consiste avant tout à avoir soin de son àme, à la cultiver, à la former d'après cet idéal. Ils prétendent qu'on doit se perfectionner, se réformer, apprendre à se corriger, réprimer ses passions, se créer des mœurs pures, afin de donner à TElat de bons et vertueux citoyens. C'est là, disent-ils, le vrai but de l'éducation, et le sort des Etats en dépend. Ce sont des gens naïfs et dignes de pitié. Le sophiste est au-dessus de ces préjugés. S'il est forcé souvent de parler comme eux, au fond, il s'en moque. Il a une autre manière d'entendre la vie; il sait former d'autres hommes et une autre jeunesse. (Voy. Plat.,Gor9tas,XL; le début du Protagoras; tout le liv. Y de la Rép.),
m. — Appréolation générale de la SopbJatlqne.
I. Opinions diverses (te réhabilitation des sophisUs). — Que doit- on penser des sophistes et de la sophistique en général? Si notre exposé est exact, le jugement qui en ressort n'est pas douteux; il est conforme à l'opinion ancienne, celle qui flétrit les sophistes et condamne la sophistique. Dans les récentes écoles, on a pris à tâche de les réhabiliter; on a même fait leur apologie K Sans entrer dans le débat, nous en dirons assez pour motiver notre opinion et dissiper les équivoques.
Il y a deux choses à distinguer dans la manière d'envisager les sophistes, le côté historique et le côté moral.
Historiquement, leur importance et leur rôle véritable avaient été méconnus (Brucker, Tennemann, etc.). On a eu raison de les réintégrer et de leur donner la place qui leur convient dans l'histoire en général et dans celle de la philosophie en particulier. Hegel surtout a eu ce mérite *; nous l'avons suivi en tout ce qui, chez lui, n'est pas trop systématique. — Ya-t-on plus loin, veut-on, abordant le côté moral, entreprendre une réhabilitation, casser le jugement qui pèse sur ces hommes depuis des siècles et qu'avaient porté sur eux leurs contemporains, en tête Socrate et ses disciples,
1. Uldéalisme allemand (Hegel) et U Positivisme anglais {L^wes, Grote, etc.). M. Orofe a consacré tout un volume de son Bist, de la Grèce à la réhabilitalion des sophistes. Cf. son livre : Plato and the other companions Socroies.
2. Voy. Encyclopédie : Die Wissenschaft der Logik; Die Lehre von Wesen, 121 ; Der Grund, p. 243. — Philosophie der Geschichte, p. 278. — G«»chichle der Philosophie, t. I, p. 278, et t. 11, chap. Socratb.