RÉHABILITATION DB LA SOPHISTIQUE
(Xénophon, Platon), plus tard Aristote, nous nous inscrivons en faux contre une telle entreprise, et nous dirons nettement nos raisons.
l'^ Un jugement qui dure depuis plus de deux mille ans, quand c'est la conscience humaine qui le porte et qu*il s'agit de moralité, malgré tous les progrès nouveaux de la critique, risque bien de n'être ni un préjugé ni une erreur, surtout quand il a eu pour lui l'unanimité des auteurs appartenant aux écoles les plus diverses. C'est ce qui a lieu pour les sophistes.
i!^ Pour réhabiliter les sophistes, il a fallu d'abord le faire indirectement et avec mesure, en rappelant leurs services, etc. (Meiners). Il a fallu surtout confondre les deux aspects historique et moral. Cette opération équivoque, qui rappelle un peu trop son objet, est due à des systèmes et à des méthodes qui, introduisant la fatalité dans Vhistoire, y font disparaître le caractère moral des individus.
C'est d*abord la dialectique^ une dialectique transcendante, il est vrai, qui, dit-elle, faisant uniquement de la science (Hegel, t. XIY), ne considère les hommes et leurs doctrines qu'au point de vue scientifique ou du mouvement des idées. Elle fait ainsi abstraction totale de leur caractère moral. Subsidiairement cependant, épisodiquement, quoique laconiquement, çà et là, elle les apprécie. (Ibid.) Elle relève en passant leurs qualités supérieures, supprime ou atténue leurs défauts {ibid.)t faisant ainsi rentrer dans l'histoire la question morale après Ten avoir bannie.
Ailleurs, c*est un système i'évolution^ entraînant le déterminisme^ qui traite l'histoire comme une branche supérieure de l'histoire naturelle (Positivisme, sociologie).
Si les auteurs de ces systèmes et de ces méthodes sont de bonne foi (et ils le sont, comme tous les auteurs de systèmes), s*ils ne sont pas eux-mêmes des sophistes (et nous sommes loin de les regarder comme tels), ils sont du moins, il faut l'avouer, en cela, de mauvais logiciens. En tout cas, celte manière de procéder ne peut être tolérée. Il faut, dit le proverbe, qu'une porte soit ouverte ou fermée. Quand on s'est à soi-même fermé hermétiquement cette porte, on ne doit pas la rouvrir ou en ouvrir une autre. Si la sophistique est un problème de géométrie historique ou un fait d'histoire naturelle, on doit lui conserver ce caractère, traiter les sophistes comme des chiflres, ou comme des êtres singuliers , peut-être, de la nature, curieux à étudier et à examiner. Il faut se contenter de les décrire et de les classer; mais il n'est ni logique ni licite de venir nous entretenir, soit brièvement, soit longuement, de la moralité ou de l'honorabilité de ces personnages.
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3"" Cette rébabilitatbn n'a pu se faire et ae s'est faite qu'à irae condkîon : c*est Ae changer, nème Instoriquement, le caractère principal, essentiel et propre qui constitve la sophistique et d'en altérer ou tra&sfbriner la définition, d'y substituer une autre ou d'autres définitions. Celles-ci reposent sur des caractères, sans doute, réels et ioifofftattls et qui avaient été trop oubliés, mais qui ne la constituent pas et ne lui smU pas essentiels. Cela encore s'est fait conformément à l'esprit de ces systèmes et à leur méthode, mais n'en est pas moins inexact. — D*oà la nécessité, pour nous, de rétablir ici la nature essentielle, générale et propre de la sophistique, d'en Tometlre sous les jeu^ la vraie définition, n»éconnue ou tenue df>ng Tombre par Tune et l'autre de ces écoles. — Nous serons aussi bref que possible en répondant à des volumes.
II. L'essence de la sophistiovk. — La sophistique a été définie par Aristote « une sagesse apparente, mais non réelle : ^tvofA^<ro(pcd[ oZaoL ai (Ail. » (De Scfh.j 1, 6; Cf. Met,, IV.) Auparavant, Platon, qui démasque cette fausse sagesse, en avait donné, dans son dialogue le Sophiste^ d'autres définitions qui tontes s'accordent avec celle-d. Tontes, en effet, renferment la nème pensée, celle de V apparence du vrai donnée pour la vérité^ avec Tintention de faire prendre l'une pour Tautre. A cela est joint le choix du genre de vie. (Arist., M^e., TV, 2.) Cette apparence cherchée, voulue, travaillée, façonnée avec art et habileté, utilisée dans un but égoïste et trompeur, voilà ce qui constitue la sophistique et son œuvre; par là, elle contraste avec la vraie sagesse, qui a pour condition l'amour du vrai, qualité essentielle et preoùère d« philosophe. (Plat., Rép,, VI.)
Je ne rappellerai pas toutes les autres définitions que donne Platon; mais voici la dernière, qui les résume : a L'art de flaire des c( prestiges à l'aide du discours, celui qui dira que telle est la race « et le sang du vrai sophiste parlera, ce noms semble, avec justesse, o (<Sop/»., LI.) Le commentaire de cette définition tel qu'il est donné ici et ailleurs, j'en conviens, est peu poli et peu flatteur pour les sophistes; mais cela ne Cait rien à la pensée principale.
Voilà, selon ces deux philosophes (et les autres parlent comme eux), ce qui constitue réellement la sophistique, le trait essentiel qui la caractérise. Cette définition, elle convient aux anciens comme aux nouveaux sophistes. La différence entre eux n'est qn^en degré, non en essence.
Quelles définitions-a-t-on cru devoir substituer à celles-ei dans les modernes écoles? Je vais sommairement les indiqua.