‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 139 sur 344 · POURQL'OI DIEU N'EMPECHE-T-IL PAS LE PECHE · texte numérisé non relu

POURQL'OI DIEU N'EMPECHE-T-IL PAS LE PECHE

1. L'Évangile compare le monde à un champ de blé, où l'ivraie avec ses couleurs chatoyantes dépasse le froment, qui a peu d'apparence. (Math., xiii, 2S.)

La puissance du mal et sa focilité à se propager sont grandes dans le monde; moins grandes cependant qu'elles ne le paraissent; beaucoup de bon grain croît dans le cœur des hommes; mais le bien est, par sa nature, de peu d'apparence, tandis que le mal se fait remarquer.

D'où vient l'ivraie? D'où vient le péché?

La philosophie orientale a imaginé une puissance du mal, ayant les mêmes droits que la puissance du bien et se partageant avec cette dernière le pouvoir ; c'est mettre des limites à l'infinité de Dieu et détruire la perfection divine.

L'Hindou a trouvé un représentant plus redoutable encore de cette puissance dans une divinité assoiffée de sang, couronnée de serpents et ceinte de crânes humains, qui porte dans ses mains multiples les armes de la destruction, et qui écrase la race humaine ou la pousse dans les flammes.

Les chrétiens, eux aussi, se sont de tout temps posé

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la question : D'où vient donc l'ivraie ? D'où vient le péché ?

Les péchés qui se multiplient dans l'humanité portent certains caractères d'où l'on peut conclure qu'une puissance surnaturelle, ou plutôt souterraine, agit dans la sphère du mal, pour profiter avec une perspicacité étonnante et une haine violente des faiblesses et des passions des hommes, pour déshonorer ces derniers par des péchés de tout genre et pour les rendre malheureux. « L'homme ennemi a fait cela. »

Et Dieu a laissé faire. « Voulez-vous, dirent les serviteurs, que nous allions arracher l'ivraie? » Mais Dieu permet que le mal suive son cours.

2. Pourquoi donc Dieu n'empêche-t-il pas le mal? On dit que puisque Dieu a créé des êtres doués de liberté, il ne pouvait pas empêcher le péché. C'est juste : si Dieu n'avait pas créé des êtres libres, il n'y aurait pas de péché. Mais il n'est point vrai que le péché soit nécessairement lié à la volonté libre des créatures. Comment douter que Dieu, qui est tout-puissant et infiniment sage, aurait pu empêcher l'esprit le plus rebelle de commettre le péché ? Si Dieu, qui est toute sagesse, avait voulu empêcher le péché, il l'aurait pu. Pourquoi ne la-t-il pas voulu? demande saint Augustin.

Observons premièrement que la création n'est pas faite tout d'abord pour les créatures, mais pour Dieu. Ce qui est divin l'emporte infiniment sur ce qui ne concerne que les créatures ; par suite la gloire de Dieu l'emporte infiniment sur l'honneur et le bien des créatures. La vie honnête et le bonheur de la créature ne sont pas le but suprême et universel de Dieu se révélant au dehors par la création: ce but, c'est la gloire de Dieu. Ainsi, il n'y avait

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