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CHAPITRE IV

LE RENONCEMENT A SOI-MÊME, PREMIERE CHOSE QU'EXIGE L'IMITATION DU CHRIST.

1 . Le Seigneur dit : « Que celui qui veut marcher après moi se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix sur lui et quil me suive. » L'amour déréglé de soi-même, voilà surtout ce qui nous empêche de vivre comme le Christ le demande de nous.

C'est pourquoi le chrétien doit s'efforcer avant tout de soumettre à la raison les inclinations des sens et de soumettre sa raison à la vérité prêchée par le Christ. Pour cela il faut une constante répression du moi et une lutte continuelle contre les penchants aveugles du cœur, une mortification incessante. Un jour sans mortification est un jour perdu.

Le caractère surnaturel du chrétien lui confère et, en même temps, réclame de lui une ressemblance plus complète avec Dieu, une plus grande élévation de sentiments et une vie plus parfaite, par suite une abstention plus rigoureuse des plaisirs bas et coupables de la nature.

Pour s'attacher au Christ, il faut entrer en lutte contre tout ce qui est de nature à nous séparer du Christ. Et ce qui peut détacher de lui, ce sont les convoitises du cœur en tant qu'elles aspirent à l'orgueil et à la sensualité.

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La vertu la plus noblo, c'est l'amour de Dieu ; mais vous ne pouvez posséder cet amour que dans la mesure où vous vous mortifiez.

La véritable vertu ne consiste pas dans les pratiques extérieures de la dévotion et de la piété, mais dans la mortification et dans l'empire sur soi-même.

La mortilkation et l'abnégation paraissent difficiles avant qu'on les pratique ; une fois accomplies, elles remplissent le cœur d'une paix céleste. Voulez-vous être heureux sur terre autant qu'il est possible : prenez l'habitude de lutter énergiquement contre toutes les inclinations désordonnées.

Lorsque le vieil homme tombe en poussière, l'homme nouveau grandit : et tant que vous n'en êtes pas venu à ce « mourir pour naître '•>, vous n'êtes qu'un triste hôte de cette misérable terre.

A quoi sert à l'aigle la force de ses ailes, quand ses serres sont captives? Toute inclination mauvaise à laquelle vous cédez vous attache à la terre.

2. La matière et l'occasion de la mortification et du renoncement ne vous manqueront jamais. Le cœur humain est un jardin, dans lequel croît toujours la mauvaise herbe; pour la déraciner et la jeter dehors, il feut toujours avoir en main la houe de la mortification. Autrement l'âme ressemblera bientôt à un champ envahi par les chardons et les épines.

Votre amour-propre, qui ne meurt qu'avec vous, fait pousser cette mauvaise herbe. L'homme se porte partout avec lui-même et il se retrouve partout.

Si vous remarquez un défaut en vous, donnez tous vos soins à l'extirper. Une partie de la peine que l'on prend souvent pour dissimuler un défaut suffirait, bien employée, pour nous corriger de ce défaut.

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L'examen de nous-mêmes doit nous indiquer ce qui n'est pas dans l'ordre. Beaucoup atteindraient de bien meilleurs résultats s'ils voulaient pratiquer le renoncement dans une petite chose. Aux uns, il manque le sérieux nécessaire au succès ; aux autres, une conduite aimable, à quelques-uns la décision, à d'autres la modération. Il n'est pas si difficile que l'on pense de vaincre les mauvaises habitudes par l'acquisition des bonnes, et d'amender sa nature.

3. Conservez toujours une certaine indépendance. Qui ne se domine pas lui-même se laisse dominer par les autres.

Tout ce qui affranchit notre esprit sans nous donner le pouvoir sur nous-mêmes est funeste.

Mortifiez-vous dans vos paroles. Ne parlez jamais, lorsque la parole ne vaut pas mieux que le silence. Combien croient intéresser par leur éloquence et par leur bavardage fatigant ! La circonspection et la discrétion sont les fruits d'un énergique renoncement. Un homme sans discrétion est une lettre ouverte : il doit s'attendre à beaucoup d'ennuis et de désagréments.

Sachez vous contenir. Ne criez pas lorsque les mouches vous piquent; souffrez et taisez-vous, car si vous ouvrez la bouche, elles s'y précipiteront.

Renoncez à tout enfantillage. Les enfants jugent et agissent comme des enfants; une maturité virile, qui sache faire la juste part du sérieux et du plaisant, voilà ce qui convient à l'homme. Et celui-là seul qui se domine peut posséder cette maturité.

Mortifiez votre susceptibilité. Revenir constamment sur une contrariété est le signe très maladroit d'un orgueil blessé.

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