L'INCARNATION DU CHRIST
1 . Lorsque le Christ parut sur la terre, la misère du genre humain était à son comble. Partout nous apercevons les signes du plus grand désordre et d'une dépravation sans limite. Partout c'est le mensonge et le blasphème, et le doute et l'immoralité ont pénétré partout. Partout et sous les formes les plus hideuses apparaissent l'incroyance, l'immoralité, la cruauté. La richesse est aux mains de quelques-uns qui en abusent, et des millions d'hommes languissent dans les chaînes de l'esclavage. Tous se précipitaient par le chemin de la douleur vers la souffrance éternelle.
Voilà où en était l'humanité séparée de Dieu ! Le Seigneur plein de miséricorde prépara alors la rédemption.
Que Dieu ait voulu sauver les hommes, c'est pure miséricorde. Que perdait-il en nous abandonnant.-' Que gagnait-il en nous épargnant?
Et comme la miséricorde de Dieu éclate dans la manière dont il a voulu nous sauver !
2. L'humanité était incapable d'offrir à la justice de Dieu une satisfaction en rapport avec l'injure infinie que
l- INCARNAI K>N DU C.IIKISI ^ I
renferme le péché. Dieu aurait pu nous remettre la dette du péché sans exiger une satisfaction, il aurait pu se contenter du repentir. Mais cela ne suffisait pas au plan de son amour. Pour manifester cet amour, Dieu se donna lui-même, afin de procurer une satisûiction infinie ; et pour réaliser cette merveille, une personne divine s'unit à une nature créée.
Dieu aurait pu choisir une nature angélique du degré le plus élevé. Mais pour se rapprocher davantage de nous, il choisit une misérable nature humaine. 11 aurait pu prendre la nature humaine la plus parfaite : mais il vint parmi nous sous la forme d'un petit enfont, pour passer sa vie dans la pauvreté la plus triste et l'anéantissement le plus complet.
Lorsque les temps furent venus, la deuxième personne de la Divinité, le Fils de Dieu, prit la nature humaine dans le sein de la Vierge Marie. 11 prit véritablement la nature humaine, sans cesser d'être Dieu véritable. 11 prit une nature mortelle, passible, de la race d'Adam, comme la nôtre. 11 prit la nature qui devait supporter toutes les souffrances et toutes les persécutions, ainsi que nous le lisons dans l'Évangile.
Le Christ fit tout cela par obéissance à son Père céleste, avec le plus grand empressement, avec une joie inexprimable, avec la prévenance la plus sainte. 11 fit cela par amour pour nous, pour nous manifester l'amour de Dieu, pour être, dans toutes les situations et toutes les souffrances, notre guide, notre modèle, notre compagnon et notre consolateur.
Ainsi deux natures dans une seule personne divine ! L'union ne se fit point par le changement de lune ou de l'autre nature ; si la nature humaine est modifiée, c'est uniquement en ce qu'elle est unie d'une façon aussi
étroite à Dieu. L'union se fit dans la seconde personne de la Divinité et par elle, au moment où celle-ci entra dans une union si étroite avec la nature humaine que les propriétés, les actes de l'une ou de l'autre nature sont en toute vérité attribués à l'unique personne qui est Jésus- Christ.
Telle est, sur l'incarnation du Christ, l'enseignement de l'Église chrétienne. L'Eglise tire cet enseignement de la tradition et de la Bible. Nous admettons le fait de l'incarnation comme une vérité révélée par Dieu.
La tâche de la science théologique est d'étudier la façon dont nous devons nous représenter ce mystère et son accomplissement. A ce point de vue théorique, les savants diffèrent d'opinion. Mais le fait lui-même qu'ils veulent élucider n'est nullement mis en question. Jamais des théories inventées pour expliquer un fait ne peuvent modifier le fait lui-même ; si elles ne l'expliquent pas, elles tombent d'elles-mêmes, mais le fait subsiste.
3. La très sainte Trinité est la cause qui opère le mystère. Le Père envoie le Fils dans le monde (Jean, xvii, 3), €t il nous le donne (Jean, m, 16). C'est le Saint-Esprit qui, dans l'incarnation du Fils, accomplit l'œuvre la plus magnifique de la g<'àce et de l'amour (Matth., i, 20; Luc, i, 35). Le Fils seul prend réellement et essentiellement la nature humaine ; il se dépouille lui-même et revêt la forme d'un esclave (Phil., 11, 7).
La raison pour laquelle c'est le Fils qui prend la nature humaine est précisément qu'il est le Fils, et que l'homme doit entrer avec Dieu dans des relations de filiation ; c'est aussi parce qu'il est le Verbe intérieur du Père. De même que le verbe intérieur de la pensée s'exprime audehors dans la parole extérieure, de même c'est le