L'HUMILITE CHRETIENNE
1 . Deux traits principaux du caractère du Christ se révèlent dans son Incarnation : l'obéissance et l'amour des hommes. Deux autres traits apparaissent dans sa naissance : Thumilité et la pauvreté. L'humilité, c'est l'abaissement, le renoncement à tous les dehors brillants, le renoncement à tout ce qui peut flatter l'amour-proprc désordonné et porter atteinte à la soumission que nous devons à Dieu. Le Christ est humble. Il est Dieu, et il apparaît comme homme; il est grand, et il apparaît comme un petit enfant; il est puissant, et il apparaît sans force ; il est tout, et il s'anéantit.
Le sommeil de cet enfant n'arrête pas son activité ; sa petite main régit le monde, sa bouche fermée juge l'humanité. Quelle pauvreté, à en juger par les apparences!
La naissance à Bethléem est la première rencontre du Messie avec son peuple. Et ce Messie se heurte à l'humiliation; ses plus proches compatriotes, les siens ne l'ont point reçu : il lui faut chercher un asile dans l'établc des animaux.
2. Cette humilité de l'Homme-Dieu se révèle toujours plus saisissante dans le cours de sa vie.
L HUMILITH CHRHTIHNNH ^3
Pour accoinplir son œuvre, le Seigneur choisit à dessein la Galilée, pays isolé et dédaigné: mais c'est à Jérusalem qu'il veut mourir. Il assigne à ses disciples les capitales du monde civilisé, Alexandrie, Antioche, Athènes, Rome. Le Christ a travaillé sans succès apparent ; il laisse les grands triomphes à ses Apôtres. Les miracles opérés par les Apôtres dépassent en nombre et en importance les miracles du Christ. Le Seigneur a voulu simplement semer, d'autres devaient avoir l'honneur de la moisson.
Avec la plus grande humilité, il lave aussi les pieds de ses disciples. (Joan., xiii, s.)
3. Pourquoi donc cette humilité? pourquoi cette pauvreté? Elles sont pratiquées par obéissance envers le Père, pour rendre à la Divinité la gloire inlinie qui doit résulter de cet abaissement du Fils de Dieu. Elles sont pratiquées par amour des hommes, pour les sauver de la damnation.
La nature humaine est affligée de deux maladies ; par suite de l'opiniâtreté des hommes, ces deux maladies se sont changées en deux blessures mortelles : c'est Lorgueil, qui s'estime lui-même, et l'amour du monde, qui estime le monde outre mesure. 11 fallait travailler à la guérison de ces deux blessures.
Apprenons du Christ à être humbles. L'humilité est le noble détachement qui nous soumet en tout à Dieu, notre Seigneur. L'humilité, c'est la vérité; l'humilité, c'est la justice. Toute vertu suppose nécessairement l'humilité. Sans l'humilité point de crainte de Dieu, point d'obéissance, point de grâce.
Nous n'avons l'esprit du Christ qu'autant que nous possédons son humilité, cette humilité qui ne recherche que Dieu, qui fuit la louange des hommes et qui ne se laisse point troubler par les épreuves et les humiliations.
Le Christ l'a enseigné aux Apôtres : « Celui-là est le plus grand dans mon royaume qui est le plus petit à ses propres yeux. » (Marc, ix, 24.) « Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. » (Luc, xviii, 14.) « Que celui qui est le plus grand parmi vous devienne comme le plus petit, et que le premier parmi vous soit comme le serviteur des autres. » (Luc, xxii, 26.)
Celui qui peut conserver la paix du cœur en dépit du déchaînement de la calomnie a fait de grands progrès dans l'humilité.
L'homme est naturellement enclin à s'estimer et à s'aimer avec excès. En lui-même et par nature, il est petit et il voudrait être grand. En comparaison de l'univers, il est peu de chose, et il voudrait faire de sa personne le centre autour duquel tout se meut. En comparaison de Dieu il n'est rien, et il voudrait être tout. « Vous serez comme des dieux. » Cette aspiration est toujours en nous; tantôt elle s'affiche, tantôt elle se dissimule.
C'est quelque chose de si grand d'être petit, qu'il serait bien difficile d'apprendre à s'abaisser si vous, ô Jésus, qui êtes si grand, ne vous étiez fait si petit.
4. L'humilité ne vous défend pas de paraître autant qu'il convient à votre situation; elle ne vous défend pas de veiller à votre bonne réputation ; elle ne vous défend pas de répondre aux exigences de votre position. L'Apôtre saint Paul lui-même revendiquait ses droits. Mais en tout cela il faut un motif légitime.
Humilité ne signifie pas pusillanimité, mais courage et énergie. L'homme humble dit avec l'Apôtre : « Je puis tout en Celui qui me fortifie. » (Phil., iv, n.)
Dans vos actions, dans vos paroles et dans vos pensées volontaires, fuyez tout ce qui flatte l'orgueil et nourrit la
L HUMILITH CHRETIENNE SS
vanité. Ne pensez pas avec complaisance à la prudence de votre conduite, aux grandes choses que vous avez accomplies, à l'approbation que vous avez rencontrée.
Tournez vos regards sur vos faiblesses. Fermer les yeux sur ses propres défauts ou les excuser, c'est orgueil. Oh ! combien ne nous croyons-nous pas meilleurs que nous ne sommes en réalité ! Que de péchés j'ai commis qu'aucun homme ne connaît ! A quoi me sert d'être un sépulcre blanchi ?
Votre perfection n'est pas dans la vertu que vous croyez reconnaître en vous, mais dans celle que Dieu voit en votre âme. Vous n'avez donc point sujet d'être arrogant : vous avez tout motif de craindre.
Ne vous mettez pas en avant, n'ayez pas le verbe haut, n'imposez à personne votre opinion. Évitez toute arrogance et toute extravagance.
N'amenez pas facilement la conversation sur vous ; et si l'on fait votre éloge, faites au plus tôt dévier l'entretien sans qu'on s'en aperçoive.
Ne vous arrêtez pas à la pensée que votre prochain, vos supérieurs ou Dieu sont injustes envers vous.
Dans les humiliations, les manques d'égard, les passedroits, gardez-vous de toute amertume au fond de votre cœur, mais encore plus dans vos paroles.
« Honneur perdu, tout est perdu ». dit le proverbe, et c'est vrai lorsqu'il s'agit de l'honneur devant Dieu ou devant votre propre conscience : le proverbe n'est plus juste lorsqu'il est question du faux honneur, de l'honneur trompeur devant les hommes; dans ce cas, c'est l'apparence de l'honneur seule qui est perdue, et non pas l'honneur véritable.
Après une faute, ne vous irritez pas, mais profitez-en pour vous humilier.
S6 2'" SEMAINE. — I. — l'imitation DU CHRIST
S'étonner après une faute, c'est ne pas se connaître encore; se décourager, c'est orgueil ou ignorance de la bonté de Dieu.
5. Profitez des contradictions pour faire des progrès dans l'humilité.
L'orgueil est le plus habile des acteurs. Gardez-vous de ses comédies.
Ceux qui parlent le plus fréquemment de leurs défauts sont parfois les plus convaincus de leur excellence. Honteux de leur suffisance, ils s'efforcent du moins de prendre les dehors de l'humilité.
Vous croyez, mon ami, être modeste parce que vous proclamez vous-même vos défauts. Mais on s'aperçoit bientôt de votre dessein : vous voulez qu'on vous contredise le plus possible sur ce point.
Il en est qui tombent dans cette dangereuse indélicatesse de se dévouer à une bonne cause pour se mettre en avant. Subordonner la cause de Dieu à l'égoïsme, c'est un jeu redoutable.
Si vous avez commencé une bonne œuvre avec une intention pure, n'y renoncez point sous prétexte que, durant l'exécution, vous êtes importuné par des pensées de vaine complaisance.
6. Si vous voulez faire des progrès dans l'humilité, eftbrcez-vous avant tout de vous connaître vous-même. Observez-vous, examinez-vous. Si vous ne vous séduisez pas vous-même, vous verrez que le mal vient de vous, et non pas de Dieu.
Qui se connaît bien est sévère contre soi-même, indulgent à toute faiblesse, et ne prend pas plaisir à juger le mal.