CHAPITRE XXIX CHOIX D'UNE VOCATION (ÉLECTION
I. Tous les chemins mènent à Rome, mais tous les hommes n'aboutissent pas à Rome par tous les chemins. Chacun doit chercher la voie qui est faite pour lui.
Tous les instruments concourent à l'exécution du concert; mais tous les instruments ne sont pas foits pour chaque exécutant. Chacun doit prendre l'instrument dont il doit jouer.
Pour suivre le Christ, nombreux sont les chemins et nombreux les moyens. Mais tous les chemins et tous les moyens ne sont pas faits pour tous. La Providence conduit l'un ici et l'autre là; celui-ci à une plus haute perfection, celui-là à une perfection moins sublime. 11 importe avant tout que je choisisse le chemin et le moyen que Dieu m'a destinés.
Le royaume du ciel ressemble à un temple sacré ; je dois y occuper pour toute l'éternité la petite place que que Dieu m'a désignée. Dieu me prépare pour la place qu'il veut que j'occupe, comme un tailleur de pierres taille un bloc et fait voler en éclats les morceaux de tous côtés.
Je dois tranquillement me laisser travailler par l'Artiste
divin, je dois me plier sous la main puissante de Dieu, (i Petr., V, 6.)
Mais je suis une pierre vivante : il fout donc que je coopère, que je corresponde librement aux vues de Dieu.
Heureux si j'agis de la sorte ! Je ne suis en sûreté qu'à la condition d'être Là où Dieu me veut.
Mais si je résiste? L'architecte divin a bien pour moi une place inférieure où je puis encore faire mon salut. Peut-être encore une troisième, une quatrième... Mais y en a-t-il une huitième? C'est là un mystère qui a fait trembler les saints.
2. Pour entrer dans les vues de Dieu, le choix d'un état de vie est donc d'une grande importance. Votre vocation n'est pas chose indifférente pour votre sort dans l'éternité ! Les occupations et les, soucis de votre état remplissent la plus grande partie de votre vie ; donc ils ne sont pas sans influence sur votre conduite. C'est pourquoi notre vocation doit être avant tout le résultat de la volonté de Dieu interrogée, connue, accomplie.
La vocation est une forme de vie, extérieure et durable, avec des fonctions et des obligations déterminées ; l'homme y entre d'ordinaire vers la fin de sa jeunesse. Le choix d'un état est très important; de ce choix dépendent très souvent le bonheur de la vie et le sort dans l'éternité. Dans cette question, il ne faut donc pas se laisser guider uniquement par des considérations mondaines ou par des intérêts temporels.
Si Dieu veut que vous le serviez dans une vocation spéciale, vous ne devez pas vouloir le servir dans une autre.
Il ne faut pas aimer la volonté de Dieu parce qu'elle est conforme à la vôtre, mais aimer votre volonté uniquement à cause de sa conformité avec la volonté divine.
CHOIX DUNE VOCAllON (ELECTION) II9
L'état auquel la Providence nous a destiné se reconnaît à une certaine aspiration qui naît et se développe à mesure qu'on réfléchit et que l'on prie.
^. Tous les hommes ne sont pas mis en demeure de choisir un état. Mais tous doivent toujours avoir à cœur de fixer et de conserver dans leur état la direction de vie qui correspond aux desseins de Dieu.
Une disposition d'esprit droite et durable vaut mieux qu'une inspiration qui n'agit qu'un instant. La première, comme une masse puissante, pousse constamment en avant; la seconde donne une impulsion momentanée. Prenez la direction vers laquelle, après un humble examen, vous vous sentez porté.
Vous dites : Une plus haute perfection n'est point nécessaire, je ne puis construire une cathédrale, je taillerai la pierre ; je n'ai pas l'adresse et l'intelligence suffisante pour faire un tailleur de pierres, je porterai donc le mortier et le sable. Très bien. Mais si Dieu veut que vous soyez un architecte, ne vous contentez point d'être un manœuvre.
Que chacun considère avec son œil intérieur, dit le pieux Tauler, quelle est sa voie, comment, pourquoi et de quelle façon Dieu le mène, c'est-à-dire ce que la très aimable volonté de Dieu exige de lui.
DEUXIÈME SEMAINE