‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 22 sur 344 · LA CRÉATION 5 I · texte numérisé non relu

LA CRÉATION 5 I

La sainte Ecriture parle de six jours, mais n'explique nullement ce qu"il faut entendre par ce terme équivoque de « jour ». Par suite, les uns pensent qu'il faut l'entendre de jours naturels de vingt-quatre heures. D'autres croient que les « jours » sont de très longues périodes successives. D'autres encore sont d'avis qu'il faut les entendre de six tableaux différents dans lesquels Dieu présenta à l'esprit de Moïse toute la création.

2. Si l'homme a été créé, il ne l'a pas été par lui-même, mais par un autre, par Dieu.

De lui-même il ne possède absolument rien. En définitive il tient tout de Dieu, l'être et l'existence, le corps et l'âme, l'intelligence et la volonté. 11 est dépendant de Dieu pour la conservation de son être et pour l'exercice de toutes ses facultés. Nous sommes, nous vivons, nous agissons en Dieu.

De ce que nous sommes créés, découle avant tout notre complète dépendance de Dieu. Nous sommes la propriété absolue de Dieu, c'est-à-dire nous dépendons de lui, nous lui appartenons. La créature appartient à Dieu comme à son original, comme à la cause de son être, comme à sa destinée et à sa félicité.

Toute créature possède aussi sa substance et sa nature propres, qui sont le point de départ de son activité déterminée, toutefois elle est encore plus dépendante de Dieu qu'une figure est dépendante de l'objet représenté (c'est simplement une dépendance d'une nature différente). Dieu est plus proche de moi que moi-même, et je dépends plus de lui que de moi-même.

De ce que nous sommes créés, résulte ensuite l'appartenance la plus intime à Dieu. Dieu ne crée pas par versatilité ou par pauvreté, ou par désir de s'enrichir; il crée

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simplement par pure bonté, pour communiquer à cliaque chose la perfection qui la rend semblable à la Divinité. Toute chose créée est une ombre de la Divinité ; l'homme en est de plus une image.

Toute créature porte au fond d'elle-même la réalisation d'une pensée de Dieu; dans son être, dans son essence et dans son activité elle rayonne en quelque façon la perfection de Dieu. Les créatures sont par Dieu, pour Dieu et en Dieu. Aucun être ne demeure dans sa cause, comme la créature demeure dans le sein de son Créateur.

Cette dépendance et cette appartenance doivent nous unir à Dieu de la façon la plus intime. De moi-même, je suis pauvre, caduc, sans secours, néant; par Dieu je deviens grand, digne, divin.

■ De ce qu'il est créé, découle pour l'homme, comme premier de ses devoirs, de se reconnaître dépendant de Dieu et propriété de Dieu et de se conduire en conséquence. L'homme est de Dieu et pour Dieu ; jamais il ne peut se soustraire à cette dépendance et à cette appartenance.

De ce que tout est créé, il s'ensuit aussi que tout ce qui existe est la propriété de Dieu. Tout vient de lui et tout doit retourner à lui. La créature d'elle-même n'a rien; ainsi donc elle ne peut rien s'approprier. Si elle ne restitue pas à Dieu ce qu'elle a reçu de lui, mais qu'elle le conserve pour elle-même, elle commet un vol et une injustice.

Par présomption, l'homme s'illusionne facilement, il se considère comme le propriétaire de ce que Dieu lui a simplement prêté, et lorsqu'il apporte quelque chose aux pieds de Dieu, il croit faire une offrande de son propre bien. De cette illusion naissent cette suffisance avec laquelle nous recevons toute louange comme un tribut qui nous est dû; cette susceptibilité exagérée qui se trahit quand on

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porte atteinte à notre honneur; cette surprise que nous éprouvons lorsque quelqu'un renonce atout dans le monde pour se retirer dans le cloître.

3. La vraie sagesse mène à Dieu, se repose en Dieu, vit en Dieu.

C'est la conscience qui tout d'abord manifeste ce que Dieu exige de l'homme, ce que l'homme doit à Dieu. La conscience est la voix de Dieu. Celui qui manque à sa conscience non seulement fait quelque chose de pernicieux, de déraisonnable, de vil; il commet de plus une désobéissance envers son Créateur, il s'insurge contre son souverain maître, il se met au-dessus de Dieu.

Et ce n'est pas tout. L'homme a sa vocation, il existe pour glorifier Dieu par Taccomplissement de la volonté divine. Ainsi, celui qui pèche dérobe à Dieu l'honneur qui lui est dû, il offense Dieu. Dieu le Saint, le Juste, y serat-il indifférent? La façon dont l'homme se comporte par rapport à la volonté de Dieu sera-t-elle sans importance pour sa destinée éternelle ?

Celui qui remplit la vocation que Dieu lui a tracée doit être en définitive heureux; celui qui se soustrait à sa vocation doit, en définitive, être malheureux. De là vient l'effroi de la conscience outragée.

Dieu n'a pas seulement donné à l'homme la conscience, il lui a donné aussi le désir impérieux du bonheur; il l'a destiné à être heureux. La vie sur cette terre ne doit être ni l'enfer ni le ciel ; elle doit être le sentier du devoir qui nous conduit au ciel. Tout ce qui est terrestre paraît pas- «^ager; il n'y a d'important que ce qui est éternel. Par tout son être, toute son intelligence, toute sa volonté, tout son cœur, l'homme se sent attiré à Dieu, son origine première et sa fin dernière. C'est pourquoi la religion est le sujet

qui intéresse le plus le cœur humain et l'histoire du monde.

L'essence de l'homme, c'est la dépendance. L'homme se sent dépendant, en tant qu'être naturel, des choses qui forment le monde extérieur, et cela de mille façons : il dépend de l'air qu'il respire, de la terre qui le porte, de la nourriture qu'il prend, de la lumière, de la chaleur et des innombrables forces de la nature. Et de même que, dans son être extérieur, il se sent dépendant de la nature, de même, dans son intelligence, il sent qu'il relève de la vérité à laquelle il doit se soumettre, et, en tant qu'être moral, il se sent dépendant des lois de la morale sacrée qu'il doit suivre. La conscience est un attrait intérieur qui part de Dieu, principe de tout être, et qui nous ramène à Dieu, terme de toutes choses. Le sentier indiqué par la conscience est l'unique sentier qui préserve du malheur éternel et qui conduise au bonheur sans fin. Celui-là même qui fait entendre sa voix à votre conscience vous fait connaître, par l'impérieux désir de bonheur qu'il a mis en vous, sa volonté de vous voir heureux.

Mais, où trouver mon bonheur? où trouver la force de maintenir, au milieu de tous les assauts de la passion, la très sainte volonté de Dieu ? Comment réussirai-je à conserver, sur le chemin escarpé de mon devoir, au milieu de toutes les séductions des méchants, le désir impérieux de bonheur qui possède mon cœur?

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