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CHAPITRE XI CE QUE DIT L'INSENSÉ DANS SON CŒUR

I. « Il n'y a pas de Dieu, dit l'insensé dans son cœur. » (Ps. XIII.) La négation de Dieu est tantôt publique et effrontée, tantôt timide et voilée.

Vous trouverez l'athéisme effronté, sans fard, chez les athées qui disent : Nous savons très certainement qu'il ne peut y avoir de Dieu ; c'est le hasard qui a tiré le monde de la matière éternelle.

Vous trouverez l'athéisme timide, caché, chez les positivistes (agnostiques), pour qui la main qui palpe et le sens qui perçoit sont les seuls moyens de connaissance; ils ressemblent à l'huître qui affirme : Dans l'univers entier, il n'y a d'intéressant que l'eau et ma coquille. Ils tranchent violemment tous les fils qui mènent l'intelligence à Dieu et disent : Mange et bois et sois sans souci.

Vous trouverez aussi l'athéisme déguisé dans le panthéisme aux mille nuances qui affirme : Il n'y a pas un Dieu unique, mais Dieu c'est le monde, avec les hommes au sommet. Déjà les façons essentiellement différentes par lesquelles les panthéistes exposent leur système montrent que là n'est pas la vérité.

L'homme qui nie Dieu se fait Dieu. C'est un besoin

56 r^ SEMAINE. I. l'amour DE LA VÉRITÉ

pour l'homme de vénérer comme divinité ce qu'il considère comme étant ce qu'il y a de plus élevé. Ou l'homme se soumet au vrai Dieu, ou il se forge une larve qui a l'aspect d'un Dieu, dans laquelle il s'enferme avec son moi. Mais ni l'humanité, ni l'individu ne peut être l'objet d'un culte divin. L'homme qui ne reconnaît rien au-dessus de lui dégénère en un démon d'orgueil ridicule et en une brute immonde, en un être chétif, qui doit, pour pouvoir végéter, se créer un fantôme de vertu et de civilisation. Jouer orgueilleusement avec la vérité conduit à l'idolâtrie de soi-même. Se soumettre humblement à la vérité conduit au vrai Dieu.

2. L'insensé dit dans son cœur qu'il n'y a pas de Dieu. Les raisons qui poussent à la négation de Dieu ne proviennent pas de l'intelligence, mais des passions du cœur. Celui-là seul nie Dieu qui trouve un avantage à ce que Dieu n'existe pas. « Parce qu'ils se disent sages, ils sont devenus insensés. » (Rom., i, 22.)

Un libre-penseur célèbre du dernier siècle, d'Alembert, était d'avis que « le désir de donner libre cours à ses passions a, avec la vaine prétention de ne pas penser comme le commun des hommes, feit plus d'incrédules que tous les aveuglements possibles ».

Il y a surtout une foule d'hommes faibles qui, dominés par leurs sens, se laissent entraîner dans un vaste bourbier de débauche, de telle sorte qu'il ne reste plus finalement à ces esclaves de leurs habitudes qu'à désespérer de la miséricorde divine ou à douter de l'existence de Dieu. Et il est naturel qu'on ha'isse celui qu'on doit craindre, et qu'on combatte celui dont on a peur. Durant toute sa vie, ■Voltaire jouit et raille ; lorsque la mort se présente, il s'arrête, il devient furieux, il vocifère.

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