LA DOUCEUR
I . Celui-là pratique la vertu de douceur, qui ne s'irrite pas contre Dieu lorsqu'il lui arrive quelque mal. La douceur surmonte les sentiments de colère désordonnés ou tout désir déréglé de se venger des procédés injustes ou inconvenants.
Beaucoup demeurent calmes en toutes choses par une apathie naturelle, par crainte ou par amour de leurs aises. Ce n'est pas de la vertu. La vertu veut qu'on agisse pour Dieu et qu'on se surmonte soi-même.
Le Christ est un modèle parfliit de douceur. Chez lui, cette vertu fut mise à l'épreuve de toutes manières.
C'étaient les Apôtres, avec leur pesanteur d'esprit et leur caractère, avec la gaucherie de leurs manières, avec leur lenteur à se former dans leurs relations continuelles et familières avec lui. Ils questionnent constamment, ils reçoivent toujours une douce réponse, et cependant ils comprennent difficilement (Matth., xiii, ^6; Marc, viii, i6, 17; Act., I, 6).
Lors du repas de Béthanie, le Sauveur reprend ses disciples avec une grande douceur et avec beaucoup de modération (Matth., XXVI, 6; Marc, xiv, 3: Joan., xii, i).
Un Apôtre le renie trois fois par lâcheté : Jésus jette sur lui un regard plein de compassion. Et comment en agit-il avec Judas? Un an avant l'infâme forfait, le Seigneur commence à l'avertir doucement, mais avec fermeté (Joan., VI, 71). Au souper de Béthanie, il répond avec la plus grande modération à ses paroles hardies, dures et sacrilèges (Joan., xii, 7; Matth., xxvi, 10). A la dernière heure, il tente tout pour sauver le misérable, en lui prédisant son abominable action; mais alors même, par on touchant égard pour Judas, il ménage l'honneur du traître devant les autres (Joan., xiii, 23-30). Lorsque, enfin, Judas donne au Seigneur le baiser de la trahison, Jésus ne lui adresse qu'un tendre reproche (Matth., xxvi, 49, 50).
Et les Apôtres ne sont pas seuls à mettre sa patience à une dure épreuve. Le peuple, lui aussi, le tourmentait et troublait son calme par sa grossière importunité CMatth., XIV, 13; Marc, m, 10: v, 31; Luc, v. i: Joan., vi, 24). Puis c'est le tour des grands, par leur indifférence, leur diplomatie et leur mépris (Joan., vu, 48; xii, 42, 43). Ce sont aussi ses ennemis et ses adversaires par leurs contradictions, leurs importunités, leurs soupçons perpétuels. De plus, le Seigneur avait une sphère d'activité limitée : tout ne réussissait que lentement et médiocrement.
Jamais pourtant nous ne le voyons mal disposé. 11 est toujours doux et bon envers tous, même envers ses ennemis les plus acharnés. Il n'use que rarement — et encore pour des motifs particuliers — de paroles dures (Marc, VIII, 17 ; IX, 18).
2. La douceur nous est nécessaire; car arrangeons-nous comme nous voudrons, toujours il nous arrivera, même au milieu des meilleurs des hommes, quelque chose qui nous blessera ou nous irritera.