LES SOUFFRANCES INTIMES DU CHRIST
1. Aux souffrances causées par les tourments et par l'ignominie s'ajoutent, dans le Christ, les souffrances morales. Il en est parlé dans la sainte Écriture, en particulier au commencement de la passion au jardin des Oliviers, et à la fin de la passion sur la croix.
Au jardin des Oliviers nous voyons le Sauveur abandonné à toute la faiblesse de la nature humaine. La divinité s'est pour ainsi dire retirée, et nous avons sous les yeux un homme plein de crainte et de frayeur (Marc, XIV, )}), de découragement, de répugnance, d'ennui, de dégoût, de désolation et de tristesse (Matth., xxvi, 37-38).
L'attitude extérieure du Seigneur est inquiète et troublée, toute sa nature est dans l'agitation. « Mon âme est triste jusqu'à la mort. » (Matth., xxvi, 38.) « Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi. » (Matth., xxvi, 39, 42.)
La sensibilité est si violemment agitée et la résistance que lui oppose la volonté supérieure est si forte, qu'une sueur coule à terre en gouttes de sang (Luc, xxii, 44).
2. La crainte et la frayeur s'emparèrent du Seigneur parce qu'il voyait la certitude, l'imminence, l'excès des
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souffrances de la passion. Toutes ces douleurs, tous ces tourments, tous ces mauvais traitements, toutes ces insultes, se présentèrent clairement devant son âme. il connut et sentit en quelque sorte la trahison de Judas, le reniement de saint Pierre, la faiblesse des disciples, les souffrances chez Anne, Caïphe, Pilate, la flagellation et le couronnement d'épines, la condamnation à mort, la crucifixion, la rage concentrée et la malice de ses ennemis. Le dégoût et la satiété étaient augmentés par le souvenir des péchés, de l'ingratitude, de l'indifférence, de l'insensibilité, de l'inertie des hommes.
La tristesse croissait encore à la pensée que cette douloureuse passion serait inutile pour tant d'âmes immortelles. Par suite du profond amour qu'il leur portait, le malheur de chacune de ces âmes causait au Seigneur une douleur infinie.
11 voyait d'avance les douleurs et les sacrifices des âmes qui lui étaient fidèles, la douleur et les larmes de sa très sainte Mère, tout ce que les saints martyrs, les autres saints, les chrétiens vertueux devraient souffrir et endurer pour lui à travers les siècles. Tout cela remplissait son cœur d'une noble compassion.
3. Tous ces tourments, le Sauveur les souffrit volontairement. 11 était complètement maître des mouvements de son âme ; si donc son âme fut troublée, c'est qu'il le voulut librement.
Il souffrit dans un profond sentiment d'humilité. Aux yeux des hommes, cette passion était la preuve d'une faiblesse lamentable. L'humilité s'est montrée en ceci que le Sauveur prie dans sa détresse, qu'il prie longtemps, qu'il prie à plusieurs reprises (Matth., xxvi, 39, 42, 44), qu'il se fortifie dans la prière en s'abandonnant à la sainte volonté