LE CHRISTIANISME ET LE BIEN-ETRE MATERIEL
1 . On a dit : Le christianisme ruine d'autant plus la puissance et le bien-être des peuples, qu'on lui accorde plus d'influence sur la vie publique. N'est-ce pas éteindre toutes les joies de la vie, étouffer toute énergie, que de répéter continuellement à l'homme qu'il doit s'attacher à la loi de Dieu? Qu'en adviendrait-il de la civilisation des peuples et de la vie sociale, si l'on voulait appliquer publiquement les commandements chrétiens sur le mien et le tien, sur la sincérité, sur la violation de la foi jurée, sur la moralité et le culte divin? C'est une manière sans doute de gouverner des enfants et des femmes, mais non des hommes énergiques. Seuls les esprits libres, seules les passions qui ne tiennent compte de rien, seuls les cœurs qui ne sont pas scrupuleux dans le choix des moyens, peuvent être heureux en ce monde et rendre le monde heureux.
C'est ainsi qu'on parle, comme si l'expérience n'était pas là pour nous instruire !
2. La réponse à ces objections dépend de ce que l'on entend par bien-être et de l'importance qu'on attache à ce bien-être.
Si par bien-être matériel on entend l'argent accumulé entre les mains d'un petit nombre, tandis que les autres sont réduits à une complète pauvreté, le christianisme, sans aucun doute, est un grand obstacle à ce bien-être.
Si, au contraire, par bien-être matériel, on entend non un faux bien-être, une « misère dorée », mais un bienêtre vrai et qui procure le bonheur à tout le peuple, il suffit d'un coup d'œil sur l'histoire pour voir que le christianisme, partout où il a eu de l'influence, a favorisé ce bien-être.
Le christianisme dirige nos regards vers l'au-delà, il nous garde contre une estime désordonnée des choses de la terre. Mais il ne condamne point l'estime raisonnable de ces mêmes choses.
Un père raisonnable, en exhortant son fils au travail, ne lui interdit pas tout délassement.
Le but premier du christianisme n'est pas le progrès de l'industrie; le christianisme inculque des devoirs ' à l'homme, et au nombre de ces devoirs il faut mettre les efforts faits pour acquérir le bien-être terrestre., la richesse extérieure et d'autres avantages semblables. Car tout cela, fait avec une droite intention, est dans la nature, et la nature est de Dieu.
Ce qui est éternel ne supprime point le temporel, mais il lui donne une signification plus haute et une ordonnance solide. Tout, même ce qu'il y a de plus profane, doit être pour le chrétien un moyen de s'unir à la volonté de Dieu.
Aussi voyons-nous que les moines, tout en pratiquant la prière constante, ont rendu au progrès matériel des peuples les services les plus signalés par leurs travaux de civilisation.
Saint François de Sales dit : « La piété ne corrompt rien, mais elle perfectionne tout; et lorsqu'elle fait tort à