LE CHRISTIANISME ET LE BIEN-ÊTRE MATÉRIEL
la profession, c'est une preuve qu'elle est fausse. Bien loin de troubler les devoirs professionnels, elle les ennoblit et les embellit. »
La patience et la résignation que la religion chrétienne nous enseigne ne sont pas l'inaction, elles ne sont pas la soumission stupide à une fatalité inexorable : le christianisme veut seulement que nous sachions courageusement supporter le mal ; que nous poursuivions virilement, malgré la mauvaise fortune, les travaux auxquels nous sommes astreints; que, dans toutes les infortunes, nous conservions la confiance et l'espoir. II nous préserve d'une précipitation inconsidérée, ainsi que d'une inactivité paresseuse.
Cette patience chrétienne est donc bien propre à promouvoir les progrès de civilisation, en donnant aux individus l'habitude de la réflexion et de l'énergie.
3. Le christianisme ne condamne point les droits de l'existence, mais bien leur exagération égoïste et sans limites. L'ordre établi par Dieu dans la nature veut que la vie soit soumise à des exigences et à des nécessités. Dieu veut donc que nous satisfassions à ces exigences par une activité raisonnable.
Il y a aussi un développement, un progrès dans l'organisation sociale, dont Dieu a déposé les germes dans la nature. Les individus ont donc le devoir de participer à ce progrès, selon leur condition personnelle.
L'égoïsme immodéré, avide de plaisir, est le principal ennemi de tout progrès salutaire : le christianisme combat cet ennemi, et seul il peut en triompher en exigeant qu'on rapporte toutes choses à Dieu.
Combien d'abus païens, combien de déplorables misères ont disparu de l'humanité, grâce au progrès matériel réa-
lise selon l'esprit du christianisme ! 11 suffit de songer à l'esclavage, au servage, à la façon dont la justice était rendue. Et si de nouveaux abus pénètrent dans la société moderne, la cause n'en est-elle point l'abandon de l'esprit chrétien ?
4. « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné comme par surcroît. » (Matth., VI, 33.)
Là où la vie religieuse et morale d'un peuple est dans l'ordre, il est facile de régler la vie industrielle.
Le bonheur d'un peuple ne dépend pas de l'abondance des biens matériels, mais de sa droite conception du monde, et des dispositions en harmonie avec cette conception.
L'amour désordonné des choses temporelles est la grande plaie de notre temps; de là viennent le mécontentement et le désespoir, les crimes de toutes sortes, les plans de destructions et de révolutions.