‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 319 sur 344 · IMPORTANCE DE L KGLISE VISIBLE · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE L KGLISE VISIBLE

plus dun rapport, se manifestait une décadence de la vie religieuse, on trouve un grand nombre de saints personnages dotés de grâces de choix.

4. Partout les âmes de bonne volonté cherchent Dieu et les institutions qu'il a établies pour notre salut. Et l'Eglise va à toutes les âmes ; Dieu lui a donné le droit sur toutes, et à ce droit correspond pour toutes le devoir d'appartenir à l'Église.

Parler de plusieurs Églises distinctes, de plusieurs formes également légitimes du christianisme, c'est se tromper : il n'y a qu'une seule vérité, qu'//// seul Dieu, qu'une seule doctrine. Ce qui n'est pas vrai est faux; et confesser une chose qui s'écarte de la vérité, c'est être dans l'erreur.

Seule la vérité peut délivrer de tout malheur ; seule l'Église peut rendre les hommes heureux.

Ne pas appartenir extérieurement à l'Église du Christ n'est pas toujours un péché, mais c'est toujours un malheur.

11 peut se faire qu'un homme soit dans l'ignorance et dans l'erreur sans qu'il y ait de sa faute ; que, par suite, il n'entende pas l'Église, qu'il ne distingue pas sa voix parmi toutes les voix tumultueuses, étourdissantes, assourdissantes, discordantes, des puissances adverses ; qu'il ne puisse, en raison de préjugés puisés avec les premières habitudes de la vie et de la pensée, grandis avec lui et liés aux plus intimes souvenirs des parents, des maîtres de sa jeunesse, de généreux amis, qu'il ne puisse, disonsnous, en aucune façon arriver à comprendre la voix sainte de celui qui crie dans le désert.

Cet homme ne sera point éternellement malheureux, puisqu'il est dans l'erreur sans qu'il y ait de sa faute ; pourvu qu'il ait la volonté sincère de faire tout ce que Dieu a ordonné pour le salut. Dieu ne lui refusera point

la grâce du Christ. Mais cet iiomme n'est pas sur la voie royale que Dieu a préparée pour tous ; il n'est pas dans l'arche du salut que Dieu a destinée à tous : sur la mer agitée par la tempête, il est dans une barque fragile ; il n'est exempt de faute qu'autant que, malgré sa bonne volonté, il n'a pas trouvé l'arche.

Dans ce sens, cet homme peut se sauver; cependant il est privé d'un très grand nombre de grâces. Comment Dieu dispose-t-il ces choses? L'esprit humain se perd dans ses pensées. Mais l'esprit humain doit finalement constater son impuissance, et reconnaître que nul ne peut scruter le secret de la distribution des grâces.

5. Nous n'avons le droit de condamner personne. Nous pouvons espérer que le nombre des hérétiques sauvés sera grand.

Un noble esprit a porté ce jugement : « 11 faut considérer tout hérétique comme un catholique futur, et le traiter en conséquence. » Savez-vous l'heure de la grâce que Dieu s'est réservée ? Savez-vous le jour et l'heure que le Seigneur a choisis pour parler à chaque enfant des hommes ? Ignorez-vous que les uns sont appelés de bonne heure, les autres plus tard, jusqu'à la onzième heure? Et alors même qu'il vous arrive de douter de la bonne volonté de votre frère égaré, le Dieu plein de miséricorde ne lui accordera-t-il pas, sans que les hommes s'en aperçoivent, à l'heure difficile de la mort, la grâce qui lui permettra d'appartenir à l'Eglise de Dieu ?

Seule l'Église catholique est tolérante. L'erreur ne peut pas avoir de tolérance; elle en a tout au plus pour l'indifférence religieuse qui dédaigne la vérité. L'Eglise catholique repousse l'erreur; elle estime et aime l'égaré, elle a pour lui une affectueuse compassion.

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6. Le désir de l'Eglise, son devoir, est de travailler à délivrer de leurs erreurs ceux qui sont égarés. C'est pour cela que son Fondateur l'a établie et qu'il l'a envoyée à tous les peuples pour en faire des prosélytes. Elle doit faire des prosélytes, comme le Christ en a fait. Dans cette œuvre de conversion, le Christ n'a pas usé de toute sa puissance ni de tous ses droits.

11 a prêché, il a pratiqué la patience, il a prouvé de toute façon qu'il aimait les hommes et haïssait l'erreur. Si, dans le cours des temps, on a cru parfois devoir employer d'autres moyens de conversion, cela n'était pas dans l'essence de l'Eglise : c'était le résultat de circonstances particulières.

Nul ne peut trouver mauvais que l'Eglise remplisse consciencieusement la mission qu'elle tient du Christ. Elle doit sauver les âmes, elle doit conduire les âmes à Dieu. Voilà pourquoi elle s'attache en quelque sorte à chaque âme, de manière à l'arracher à la perdition.

7. Tout catholique peut, pour sa consolation, dire avec saint Augustin : « Ce qui m'attache à l'Eglise catholique c'est l'accord des peuples et des nations; c'est une autorité fondée sur des miracles, nourrie par l'espérance, augmentée dans l'amour, confirmée par l'antiquité ; c'est la succession des évêques jusqu'à l'épiscopat d'aujourd'hui, car elle dérive du siège même de Pierre que le Seigneur, après sa Résurrection, a chargé de paître son troupeau. Ce qui m'attache à l'Eglise, c'est enfin son nom même d'Eglise catholique. Ce nom d'Eglise catholique, ce n'est pas sans raison que, parmi tant d'hérésies, elle le possède si exclusivement qu'alors même que tous ceux qui ne partagent pas notre foi se prétendent catholiques, aucun n'ose cependant, à l'étranger qui demande où se trouve l'Église catholique, montrer sa basilique ou sa maison. »

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