VERE DIGNUM ET JUSTUM EST
Le droit et la justice l'exigent.
Fais ce que dois, advienne que pourra.
3. C'est de plus un devoir d'équité. On s'incline naturellement devant toute grandeur et toute souveraineté. Je dois donc d'autant plus reconnaître la grandeur et la souveraineté de Dieu qui surpassent infiniment toutes choses, qui sont si proches de moi ! N'est-il pas équitable de lever ses regards vers Dieu avec humilité, lorsqu'il abaisse ses regards vers nous avec amour? N'est-il pas équitable de lui rendre des actions de grâces, lorsque nous recevons continuellement de lui tout le bien dont nous jouissons? N'est-il pas équitable de le prier, lorsque nous attendons de lui notre bonheur?
Plus le monde s'efforce de dérober à Dieu l'honneur qui lui est dû, plus grand doit être l'enthousiasme avec lequel nous nous efforçons de rendre à Dieu l'honneur qui lui revient.
L'esprit du monde aujourd'hui, tel qu'il règne dans la vie quotidienne, dans le monde des affaires, dans la politique, dans les arts et dans les sciences, et même dans la religion, est l'esprit de révolution contre le Dieu vivant. A la place de Dieu, on met l'homme, qui n'est qu'un amas de misère et de faiblesse.
On ne parle pas plus de Dieu que d'un mort, ou bien on le regarde comme un objet destiné à satisfaire les exigences humaines, ou comme un gendarme destiné à sauvegarder la sûreté de l'État.
Le monde moderne ne reconnaît plus le Dieu vivant, créateur du ciel et de la terre, qui nous avait donné des commandements, que notre devoir était de servir, qui un jour nous demandera compte de notre conduite. 11 ne reconnaît tout au plus que le Dieu architecte du monde,
86 1"" SEMAINE, — I. l'amour DE LA VÉRITÉ
mais il dédaigne toute loi morale venant de Dieu. Il reconnaît un Dieu qui, par amour de ses aises ou par l'estime stricte de son bien-être, ne s'occupe de rien, un Dieu qui est enivré de sa grandeur et de sa félicité, mais qui donne à peine signe de vie; ce Dieu, lorsqu'on l'honore, n'y prend pas garde; lorsqu'on le prie, n'écoute pas; lorsqu'on l'aime, laisse l'amour sans réponse; lorsqu'on l'offense, ne s'irrite pas: lorsqu'on le raille, ne ressent rien; un Dieu qui est comme une statue sans vie, rempli à la fois de vertus et de vices, qui considère du même regard les dévots et les impies. Ainsi donc, un Dieu auquel nulle nation, depuis le commencement du monde jusqu'à cette heure, n'a encore'^érigé de temple; et c'est ce Dieu qui est l'objet de ces espèces de religions que professent ces gens. Et qu'est-ce qu'est l'homme alors? Pure matière, rien qu'un corps, rien qu'une machine et qui, uniquement à cause de sa belle organisation, dépasse d'un degré l'animal dont il a l'origine .et la fin ; un être qui existe pour manger, qui mange pour vivre, qui vit pour bientôt disparaître entièrement; qui est poussé par les besoins du corps, régi par l'instinct, emporté par les passions; qui ne se trompe jamais, parce qu'il n'aperçoit jamais la vérité; qui ne fuit jamais le mal, parce qu'il ne connaît jamais le bien ; qui n'agit jamais de façon à mériter le blâme ou léloge, parce qu'il est toujours soumis à la fatalité.
C'est cette fausse notion de Dieu qui rend inféconde pour le bien l'idée que nos contemporains se font du monde ; elle est le grand crime de notre temps. Qui ne se sentirait vivement poussé à payer, à rencontre de cette erreur, son culte d'adoration au Dieu de vérité et à immoler avec un saint enthousiasme son cœur sur l'autel du vrai Dieu ?
VERh DIGNUM HT JUSTUM EST 87
4. C'est enfin un devoir envers nous-mêmes. Tout consiste pour l'homme à atteindre la félicité pour laquelle il est créé.
Dieu nous gouverne pour nous rendre heureux par lui et en lui. Nous devons nous donner à Dieu pour nous retrouver en Dieu. En Dieu seulement l'homme peut être heureux parce qu'il est fait pour Dieu. C'est pourquoi le cœur de l'homme est dans l'inquiétude tant qu'il ne repose pas en Dieu.
Celui qui se recherche lui-même se retrouvera lui-même après toutes les fausses jouissances. Celui qui cherche Dieu trouvera Dieu après toutes les épreuves.
Dieu décide avec raison que quiconque se refuse à être gouverné par lui avec douceur deviendra son propre tyran .
Celui qui sert Dieu a non seulement la vérité en lui : il a aussi le repos, parce qu'il se sait dans la vraie voie, parce qu'il a conscience d'être à la place voulue par Dieu, qui fait constamment entendre à sa conscience ses volontés. Ce n'est pas un repos inactif, mais un repos qui excite puissamment à correspondre toujours plus parf^\itement à la très sainte volonté de Dieu. Dieu cherche notre bonheur dans la mesure où nous cherchons sa gloire. C'est pourquoi le titre de serviteur de Dieu l'emporte en honneur et en profit sur toutes les couronnes des rois.
Celui qui ne sert pas Dieu ressemble à un membre mutilé. Voulez-vous éteindre l'enfer : renoncez à votre volonté propre.
Le principe de tout véritable mal ici-bas se trouve dans le sentiment d'indépendance, dans une certaine opposition contre le Créateur. Satan l'insinua à notre premier père. Adam voulut être par lui-même ce qu'il n'aurait pu et dû être que par sa dépendance à l'égard de Dieu.
88 I"' SEMAINE. 1. l'amour DE LA VERITE
« Chaque jour de cette année, ainsi priait le pieux Suso, et chaque heure de ce jour et chaque instant de cette heure, je désire, ô Seigneur, vous louer et vous aimer plus que n'importe quel saint vous a loué et aimé. »