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LA VIE CHRÉTIENNE

dans les questions religieuses à la direction de l'Église ; c'est volontiers qu'ils prennent part aux réunions chrétiennes et se réjouissent de maintenir d'affectueux rapports avec les pasteurs des âmes.

Pour eux, cette direction n'a rien de choquant, rien de despotique ; pour eux, la vie chrétienne coule paisiblement et agréablement, comme le fleuve dans le lit que lui a tracé la nature. A cette direction de l'Eglise ils ne trouvent que consolation, tranquillité; ils y rencontrent un moyen de développer les meilleures aspirations du cœur humain.

2. Mais les « pratiques extérieures » du culte « extérieur » ! Précisément, ces pratiques extérieures sont, au témoignage de l'histoire de l'Eglise, une institution d'une suprême utilité. Loin de séparer de Dieu, elles resserrent les rapports qui nous unissent à lui.

Depuis que le christianisme existe, ce qu'il a voulu avant tout, c'est le culte intérieur; mais il n'a point négligé le culte extérieur. Le Christ voulait abroger ou plutôt parfaire la loi cérémonielle des Juifs, et cependant il s'est soumis aux pratiques alors en usage.

Partout nous le voyons se conformer aux cérémonies et aux pratiques extérieures prescrites par la Loi. Enfant, il se soumet à la circoncision, il est présenté au Temple. Il observe avec soin toutes les pratiques extérieures du judaïsme. 11 nous a enseigné ainsi que notre culte doit être non seulement intérieur, mais aussi extérieur.

C'est donc conformément à la pensée du Christ que des formes si simples du christianisme primitif sortit, dans le courant des âges, une foule de rites extérieurs. Et cela pour la consolation et l'utilité des peuples chrétiens.

3. Il en est qui, dans ces pratiques, veulent voir une superfétation. Partout où il y a des hommes on retrouve l'humanité, et, dès lors, les défauts de l'humanité. Mais, au fond, il n'y a point ici superfétation.

On ne peut nier, dit un religieux contemporain (le Père A. M. Weiss), que les pratiques extérieures ne puissent avoir chez certaines gens des effets mauvais.

Des esprits bornés et des cœurs étroits, incapables de distinguer entre le but et les moyens, peuvent trouver dans ces pratiques occasion à mille inquiétudes et à mille doutes stériles, qui retardent leur marche dans la voie de la perfection.

Il en est toujours qui cherchent tout salut et toute perfection uniquement dans l'accomplissement des plus mesquines formalités, et qui blâment la moindre faute avec d'autant plus de sévérité et d'amertume qu'ils oublient que le royaume de Dieu ne consiste pas dans la circoncision, dans les seules pratiques extérieures, dans le choix des mets, mais dans la justice intérieure (Rom., xiv, 17) et dans un cœur affermi dans la grâce (Hebr., xiii, 9).

Cependant, la cause de toutes ces erreurs n'est point dans l'usage de ces pratiques extérieures : elle est dans l'esprit charnel du paganisme, dans l'orgueil opiniâtre du judaïsme, esprit et orgueil toujours en germe chez l'humaine nature, et qui empêchent l'homme de pénétrer dans l'esprit de la loi chrétienne.

Le chrétien n'est pas esclave de la lettre et de la forme : il accomplit les pratiques extérieures parce qu'il y voit l'expression naturelle des sentiments intérieurs, parce qu'il sait que les sentiments intérieurs ont besoin d'un appui extérieur.

Si l'orgueil le tente de rejeter les pratiques extérieures, comme étant « au-dessous de sa dignité et de son degré

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d'instruction », son humilité y trouve un motif de plus de se conformer à ces pratiques recommandées par l'Église. 11 les accepte et s'y soumet par estime pour l'esprit qui les anime ; il les considère comme un moyen convenable de traduire d'une manière conforme à la nature de l'homme l'honneur qu'il rend, dans son cœur, à l'amour de Dieu. La pratique extérieure n'est pas une œuvre morte, elle n'est pas une feinte : l'esprit des enfants de Dieu, l'amour volontaire, en sont l'âme. Elle n'est plus une vaine cérémonie ^ on l'anime d'un véritable esprit intérieur.

4. Les pratiques extérieures sont donc des excroissances, mais très heureuses et fort naturelles. Elles sont l'écorce. De même que l'arbre dépérit si on le dépouille de son écorce, de même la religion meurt et s'éteint dans le cœur quand on lui retire l'aliment et l'appui extérieurs.

La nature humaine est une nature spirituelle, mais elle a besoin du sensible, et elle y cherche un appui nécessaire. L'extérieur exerce une puissante influence sur l'intérieur.

Ceux qui se sentaient faibles ont trouvé, dans les pratiques extérieures de la religion, l'appui dont leur vie intérieure avait besoin ; ceux qui se sentaient forts y ont trouvé l'humiliation qui leur était indispensable.

L'Eglise chrétienne a un culte extérieur, elle possède donc aussi un culte social. Et ce culte répond aux exigences de la nature humaine. « Là où des multitudes prient et adorent, dit un poète allemand, le cœur s'embrase et l'esprit s'élève au ciel comme sur des ailes. »

Tous les peuples ont considéré comme un bienfait particulier du Christ qu'il ait établi, outre la prière, sept pratiques extérieures, destinées par lui à communiquer des grâces intérieures spéciales pour des circonstances particulières de la vie.

Ces sept sacrements se retrouvent dans l'Église d'Orient séparée. Ce seul fait prouve que l'Eglise possédait sept sacrements bien avant que la science théologique se soit occupée d'en faire l'énumération.

Il n'est peut-être pas de sacrement qui ait été institué dans des circonstances aussi consolantes que le sacrement de pénitence. Ce fut le soir de Pâques, dans la première visite que le Seigneur fit à ses Apôtres, quand il leur montra ses plaies, qu'il leur souhaita la paix, qu'il souffla sur eux et leur donna le Saint-Esprit. Tel est le présent pascal que le Sauveur fit au monde (Joan., xx, 2}).

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