LE DESIR DU CŒUR HUMAIN
I. Une autre preuve de l'existence de l'au-delà se trouve dans le désir ardent du cœur humain.
En effet, il y a dans le cœur de tout homme intelligent un désir que rien dans ce monde passager ne peut apaiser. Ce n'est pas seulement la conscience qui parle en lui : c'est l'aspiration au bonheur. L'être inférieur, lui aussi, a une tendance vers le bien-être; si son désir est satisfait, il est content. Chez l'homme, par suite de la conscience qu'il a de lui-même, cette tendance devient un désir déterminé ; et de même que l'homme dépasse par son intelligence tout le monde sensible, de même son désir déterminé se porte vers cet état parfait, permanent, que nous appelons la félicité. Le désir de la félicité est naturel à l'homme. Il pousse l'homme à atteindre à un point où la plénitude et la durée du bonheur lui arrachent ce cri : C'est assez. Le bonheur auquel il tend doit porter en soi quelque chose d'infini, de permanent, d'éternel.
Ce désir du bonheur est-il jamais satisfait ici-bas.'' L'expérience universelle dit : Non ! La satisfaction n'existe ni chez les classes inférieures ni chez les classes supérieures. Lorsque César dominait la moitié du monde et se créait
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toutes les jouissances imaginables, il s'écriait dans une douloureuse désillusion : « Est-ce donc tout ?. . . » Et lorsque Alexandre le Grand apprit qu'il y avait encore d'autres mondes, il pleura de douleur et de regret.
S'il arrive que la vie réalise, en les dépassant, tous les souhaits d'un mortel, ce favori du bonheur s'écrie encore avec saint Augustin : « Mon cœur n'est pas en repos tant qu'il ne repose pas en Dieu. »
Considérez la vie, prenez-la où bon vous semble : partout elle ressemble à un pendule qui oscille entre les soucis pénibles et l'ennui. L'homme tend au bien-être matériel ; si ce bien-être lui est assuré, il est incapable d'effort. Si l'homme n'est pas accablé des soucis de la vie, il devient, en ne cherchant rien de plus noble, à charge à lui-même et il gémit sous le fardeau le plus écrasant. De même que la nécessité est le fléau des classes inférieures, de même l'ennui est celui des hautes classes de la société. En résumé, ce monde, cette vie humaine avec ses désirs jamais satisfaits, avec ses efforts inutiles, ses espérances anéanties, avec les erreurs malheureuses et les contradictions de la vie entière, avec le râle lugubre de la mort au bout, est une tragédie effrayante et désolante.
Nulle part la réalité terrestre ne contente l'homme, et c'est en vain qu'il cherche à apaiser sa soif de la joie par les souvenirs du passé et les espérances de l'avenir terrestre.
Que sont les espérances, que sont les plans que l'homme, fils passager du temps, bâtit sur le sol mou* vant ?
Actuellement, l'humanité s'efforce, dans toutes les circonstances de la vie et avec une hâte fiévreuse, de rendre plus faciles et plus agréables les conditions de l'existence. On construit des lieux de plaisir, des brasseries qui sont des
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palais et des habitations si magnifiques qu'elles atteignent presque la magnificence à laquelle l'antiquité païenne était arrivée à la veille de sa chute. On voudrait atout prix réaliser le paradis sur terre. Mais plus on a fait en négligeant l'au-delà, et plus on a rendu la vie malheureuse. C'est l'expérience universelle. On a fait de la terre non pas le ciel, mais un enfer.
Ajoutez sans cesse à ce progrès : la vie d'ici-bas restera toujours ce qu'elle est par elle-même : une ombre passagère, un nuage qui fuit, une courte prospérité, une course si rapide que le présent devient à l'instant le passé, une mort qui n'est que différée, un ennui constamment repoussé, un séjour de sirènes, où ceux qui se laissent fasciner par une apparence séductrice sont déchirés par une griffe impitoyable.
2. Ce désir impérieux du bonheur peut-il être quelquefois satisfait en ce monde? « Oui, disent les révolutionnaires, il suffit d'écarter tout ce qui trouble ici-bas le bienêtre animal et l'homme sera heureux. » Alors il faudrait avant tout supprimer la nature humaine ! Elle est inconciliable avec le bien-être terrestre. 11 y a, dans la nature humaine, une partie supérieure qui veut être satisfaite. Et cela d'autant plus que l'homme a davantage conscience qu'il est « homme ».
La nature humaine possède l'intelligence : comment pourrait-elle arriver au repos au milieu de toutes les erreurs d'ici-bas, et avec les limites de nos connaissances ? Un grand esprit comme Nevv^ton disait en mourant : « Je m'imagine être un enfant, jouant sur le bord de la mer, tandis que le vaste océan de la vérité s'étend, inexploré, à n>es pieds. »
Dans la nature humaine, il y a la volonté, qui n'est
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point satisfaite par une possession limitée, passagère, et qui, dans toutes les situations, demeure exposée aux attaques des passions aveugles et des désirs grossiers. Ennemis à l'intérieur, ennemis au dehors ! Et que le penseur est vite fatigué du mouvement extérieur, en présence de l'inconstance des choses extérieures et de son propre cœur! Ce qui hier vous attirait, vous cause aujourd'hui un dégoût invincible ; pouvez-vous trouver de l'attrait dans un monde qui vous a si souvent trompé? Votre désir embrasse l'infini, et la vie étroite ne vous procure que du fini. Demain vous enlève ce qu'aujourd'hui vous a donné ; et quand bien même il ne vous l'enlèverait pas, bientôt arrive la mort, elle arrive sûrement, elle arrive vite, elle arrive à l'improviste, comme le voleur dans la nuit.
Il y a dans la nature humaine la conscience du moi, d"où naît l'irritabilité fiévreuse de l'orgueil humain, qui, par suite des limites de notre esprit, se laisse entraîner par mille folies, s'embarrasse dans mille prétentions que l'on ne peut satisfaire.
Il y a dans la nature humaine l'union des désirs sensuels et de la connaissance supra-sensible, qui dépasse le présent ; il y a en outre ce fait qu'aucune satisfaction d'un désir sensuel ne peut contenter l'homme. Il y a dans la nature humaine des instincts effrénés, qui sont plus violents que chez les êtres inférieurs. L'animal est guidé par l'instinct. Mais qu'arrive-t-il de l'homme, lorsqu'il s'abandonne aux penchants de la bestialité?
Et que sont tous les biens terrestres ! La richesse ne peut, par sa nature, être le partage que de quelques-uns; et là où elle existe, elle apporte des soucis et des tourments. Les joies des sens ne durent qu'un instant, elles ne laissent que déplaisir, dégoût et douleur. La renommée
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est un mensonge creux, qui jamais encore n'a satisfait l'âme avide de renommée : « Tout être terrestre est fumée; tous les grands de la terre s'évanouissent comme une colonne de vapeur. » L'amour humain? « Quelle raison puis-je avoir de travailler au bonheur de mon prochain, de rendre heureux des fantômes qui demain n'existeront pas plus que moi ? Tout n'est-il pas fuite autour de moi ? Chacun renverse et remplace son voisin, pour boire une goutte à la source de la vie et pour s'en aller altéré ! »
3. Qu'est-ce que l'homme sans l'au-delà? Un vieil écrivain dit : qu'il est l'image de la faiblesse, un malade dès sa naissance, la proie du moment, le jouet du bbnheur, une fleur vite flétrie, un type d'inconstance, un composé d'envie et d'infortune ; le reste n'est que misère.
« Et voilà que l'œil cherche si souvent tout autour de lui et trouve tout fermé. »
La vie fugitive de la terre, resserrée dans ses limites, est absolument incapable de donner à un homme quelconque un bonheur complet, durable. Si nous prenons la vie humaine telle qu'elle est par sa nature, il nous faut dire : « La vie est un voyage fatigant, c'est une chasse ardente d'une proie à une autre, et, chemin faisant, nous perdons nos forces. »
« Partout, dit un de nos pessimistes allemands, l'homme a à redouter, dans la réalisation de ses désirs, mille difficultés qu'il ne peut dominer; partout il se sent resserré par l'insuffisance de l'existence ; quand il se croit sur le point d'atteindre le but, ses forces lui manquent tout à coup parce qu'une maladie les paralyse ou que l'âge les épuise, et finalement la mort, qui semble le plus cruel sarcasme contre la foi au bonheur comme terme de la