LE DHSIR DU CŒUR HUMAIN
vie dé rhonimc, met lin à tant d'aspirations en nous présentant le compte à régler. Mais là même où les circonstances externes et internes les plus fovorables se réunissent pour aider l'homme à contenter son impérieux désir de bonheur, là même il expérimente bien que le bonheur s'éloigne d'autant plus de lui qu'il paraît plus près de l'atteindre. Car il n'est pas dans la nature de la volonté humaine de se reposer dans un but atteint; ce qu'elle a le plus souhaité lui semble de nul prix, lorsqu'elle le possède ; et de nouvelles aspirations renouvellent et redoublent le mécontentement antérieur. Quand bien même le but de la vie humaine serait la félicité, elle ne serait pas digne d'être vécue, malgré toutes les joies des sens, de l'âme et de l'esprit qu'elle offre, et, même pour les plus favorisés, elle ne serait qu'un monstrueux charlatanisme. »
4. Mais l'impérieux désir de bonheur déposé dans l'homme par l'auteur de la nature peut-il être contenté un jour? Schopenhauer le nie, il dit : « 11 n'y a qu'une seule erreur innée : c'est de croire que nous existons pour être heureux. »
Ainsi l'homme serait, dans toute la création, l'unique et la plus abominable contradiction. Il a été pourvu à la prospérité du règne végétal; la terre, l'air, la lumière, la rosée et la pluie sont pour cela. L'organisation du monde terrestre répond parfaitement aux instincts et aux désirs de l'animal. Seul l'homme serait jeté d'une déception dans une autre, et, par une dernière mystification, forcé de descendre dans la tombe ? Que vaudrait donc une pareille vie ?
N'est-ce pas Dieu lui-même qui a implanté dans notre être le penchant naturel au bonheur! Et ce Dieu sage
m'aurait-il poussé irrésistiblement vers un but que je ne dois jamais atteindre ? Moi qui me sens, en vertu de la nature que Dieu m'a donnée, destiné au bonheur, dois-je, après une courte vie remplie de peines et de douleurs amères, retourner dans le néant? Serait-il digne du Créateur du monde d'avoir déposé dans la nature une contradiction si complète et d'avoir rendu tous les hommes, dès le commencement, le jouet d'une bouffonnerie si effrayante? Celui qui est convaincu de l'existence d'un Créateur sage et juste ne peut douter que si Dieu a imprimé dans l'homme cet impérieux besoin de bonheur, c'est pour le satisfaire. Et si la vie d'ici-bas n'est pas capable de combler le vide du cœur humain destiné à un bonheur durable, un au-delà permanent, où l'homme trouve ce à quoi il est destiné par son Créateur, doit suivre la vie passagère d'ici-bas. Dieu n'a pu créer l'homme par bonté et par amour que dans le dessein de le faire participer — du moins dans la mesure de la nature humaine — à son propre bonheur. C'est pourquoi la vie n'est si courte que parce qu'un bonheur éternel doit suivre cette rapide épreuve. Ici-bas, je ne puis trouver le repos, parce que je dois marcher à un repos éternel par la rude voie du devoir. C'est parce que Dieu est si bon, qu'il a dû nous destiner à l'immortalité.
5. On se console par la pensée de l'immortalité que donne la postérité. Combien y en a-t-il qui l'obtiennent? Et qu'est-elle pour ceux qui semblent l'acquérir? « L'immortalité du nom est un son : que reste-t-il du son le plus puissant? Les flots de l'éternité s'écoulent silencieusement, et le souvenir s'éteint. »
Ce qui se passe après ma mort sur la scène de ce monde ne peut mintéresser. Le grand du monde descendu