XII NOTES BIOGRAPHIQUES
partie : L'amour de la vérité, ch. i à 47), et de la morale (deuxième partie : La délicatesse de conscience, ch. 1 à 2q). La deuxième semaine (première partie) étudie la vie chrétienne, c'est-à-dire l'imitation du Christ dans ses traits principaux (ch. 1 à 20). Lz deuxième semaine (deuxième partie) va plus loin ; elle initie à « l'imitation plus complète du Christ » ; c'est un traité de la perfection chrétienne (ch.' i à 57). La troisième semaine expose le mystère de la souffrance et montre dans les souffrances et la croix du Christ la source de notre consolation (ch. 1 à 17J. La quatrième semaine enfin (ch. 1 à 24), la conclusion glorieuse, traite des mystères glorieux : la Résurrection, l'Ascension, la descente du Saint-Esprit. Les derniers chapitres sont consacrés à l'Eglise.
Les qualités maîtresses du livre sont : la précision, la profondeur et le pittoresque. Chaque fois qu'il démontre une thèse, l'auteur vise surtout à la précision ; le style devient concis, sans image et ornement; c'est l'expression pure et simple de la vérité. Quand il discute les plus graves problèmes de la philosophie et de la théologie, sa pensée, qui se meut à l'aise dans les questions les plus abstraites, descend à des profondeurs où il est parfois difficile de le suivre. Aussi l'ouvrage serait-il moins lu, s'il n'était rendu très attrayant par le pittoresque de l'expression. Sa grande originalité, croyons-nous, est dans les maximes que l'on rencontre à chaque page. Les conseils sont donnés sous la forme précise et imagée d'aphorismes ou sentences. Fines, justes et profondes, elles portent la marque d'un penseur, mais l'expression, malgré certaines fautes de goût, que nous avons parfois atténuées, leur donne un charme incomparable. Grâce à l'antithèse et à la comparaison, elles frappent l'esprit et se fixent dans la mémoire. Il y en a qui sont des merveilles d'observation, de finesse et de grâce ; elles rachètent la sécheresse de l'exposition trop technique de certaines pages.
Le Père Pcsch a souffert, a grandement souffert. Une maladie qui déconcerte la science de la Faculté, le diabète, le minait sourdement. Avec lenteur, mais sûre d'atteindre son but, elle envahissait chaque année ses membres et ses organes et faisait de sa vie un martyre. II fallait toute l'énergie du Père Tilmann pour pouvoir, malgré ses atroces souffrances, poursuivre son labeur.
NOTES HIOCiKAI'HlQ.UKS Xlll
Ceux qui l'ont connu et approché durant ces années douloureuses sont unanimes h reconnaître qu'il fut un philosophe cbrèticii, non pas seulement en théorie, mais bien dans la pratique. Avec pleine conscience de son état, il vit son corps dépérir peu à peu pour se transformer finalement en une espèce de cadavre. Et malgré tout, il resta un type accompli de soumission à Dieu et de sainte patience, s'oubliant lui-même pour ne songer qu'à se montrer reconnaissant et aimable. Les douleurs de la maladie étaient pour lui « choses indifférentes» comme il disait : Nebensjcbe; il s'affligeait seulement de l'embarras qu'il causait au bon frère infirmier. A tous ceux qui venaient le visiter il recommandait de prier. Comme son neveu, le Père Karl Heyer, lui demandait s'il pouvait lui rendre quelque service : « Oh! Karl, que peux-tu faire? Tu ne peux rien! — Mais, mon oncle, je puis prier. — Oui, c'est vrai, tu peux prier, mais pas autre chose. »
On pourra lire plus loin tout un chapitre sur l'importance des souffrances pour les chrétiens ; le Père Pesch, en l'écrivant, était tout pénétré de son sujet. 11 a pu expérimenter que « jamais l'homme n'est plus à même de glorifier Dieu par une soumission volontaire à sa très sainte volonté, que lorsqu'il souffre avec humilité et patience ». 11 a parfaitement compris que « quand la souffrance étend un voile obscur sur la vie, l'homme cherche et aperçoit les étoiles éternelles » bien plus distinctement que lorsque tout va bien. Et en effet, « les étoiles sont toujours dans le ciel, mais vous ne les apercevez que dans la nuit ». 11 a .maintes fois répété les dernières lignes du chapitre dont nous parlons : « Dieu sait et Dieu m'aime. Lorsqu'on se sent aimé profondément et intimement, on est à peine touché par les douleurs de la terre... le malheur n'habite pas dans le cœur qui est aimé. » Voilà qui explique pourquoi ses souffrances, si atroces et si aiguës qu'elles fussent, ne réussirent jamais à faire monter le murmure jusqu'à ses lèvres. Les saints ne faisaient pas autrement.
Comme la maladie faisait des progrès, le Père Pesch demanda le R. Père recteur et le remercia, comme représentant de la Compagnie, pour tous les bienfaits qu'il avait reçus de ses Supérieurs et de ses frères. Puis il demanda pardon à tous. Le Père recteur lui répondit que l'on avait des motifs de remercier Dieu, qui s'était servi de lui pour opérer beaucoup de bien.
Pendant les dernières semaines, le Père semblait surtout occupé de la pensée de l'infinie miséricorde divine : « A quoi sert, disait-il, la science, la richesse d'idées, si elle ne s'appuie sur le simple et beau fondement de la vérité chrétienne? » Ce devait être une consalation pour la cons-
XIV NOTES BIOGRAPHiaUES
cicnce du religieux, de penser que sa vie et ses œuvres avaient, en réalité, été animées de l'esprit de foi et avaient été consacrées au servicede Dieu. Le souvenir de sa vocation à la Compagnie de Jésus consolait aussi le mourant. Quelques jours avant sa mort, il dit au Père recteur : « Pouvez-vous m'éclairer sur un point? — Sur lequel? — Suis-jc encore dans la Compagnie? Me garde-t-on? Ne serai-je point renvoyé? Mourraije dans la Compagnie? » Il fut facile de tranquilliser le malade, qui remercia du fond du cœur et voulut entendre, plusieurs fois, la consolante assurance. Enfin le R. Père recteur mit un terme à ces appréhensions, en disant : « Mon bon Père Pesch, je n'oublierai jamais que vous, qui avez, pendant tant d'années, travaillé dans la Compagnie, vous êtes, dans cette heure sainte, si humblement et si fidèlement soucieux de la grâce de votre vocation. C'est pour moi une source d'édification et de consolation. »
Le Père était demeuré, jusque dans les derniers mois de sa vie, le conseiller et le confesseur de ceux qui voulaient s'adresser à lui. Il eut même la force et la volonté de recevoir et d'entretenir une dernière fois les membres d'une société d'une ville des bords du Rhin venus en excursion au collège de Valkenburg. Ce fut la dernière flamme de son zèle apostolique; ce fut aussi sa dernière joie sur la terre.
Au début du mois d'octobre 189Q, son état empira; il tomba dans une sorte de léthargie qui alternait avec quelques faibles accès de délire. Ses dernières paroles sur cette terre furent : « fiiiila siiiit oiiiitia! hi iioiniiie Pairii, et Filii, et Spiritits Saiicfi. Anieii. » Puis il perdit connaissance. Il s'éteignit peu après sans secousse. C'était le 18, au matin, que le prêtre, le religieux, le savant et l'apôtre mourait au collège de Valkenburg, près de Maëstricht.
Cette mort fut une perte ressentie par l'Allemagne catholique entière. Le frère du défunt, le professeur Henri Pesch, de Maycnce, reçut un très grand nombre de lettres de condoléances delà part des plus hautes personnalités catholiques, entre autres de S. Em. le cardinal Kopp, de Breslau ; de Mgr François-Joseph de Stein, archevêque de Munich ; de Nos Seigneurs les évêques de Trêves, Munster, Fulda, Wiirzbourg, auxquels se joignirent de nombreux prélats, professeurs d'Université et supérieurs d'Ordre. Le prince de Lowenstein fit présenter ses condoléances par son propre fils, et le représentant de l'Union catholique autrichienne, le comte Sylva-Tarouca, envoya une lettre.
Nous terminerons cette trop courte notice par le témoignage élogieux que rendait au défunt, au moment de la mort du Père Pesch, le professeur-docteur Otto William : « La mort du Père est une grande perte
NOThS BHiol<Al'Hlia.lihS XV
pour la science catholique, tju'il a dirigée si glorieusement dans une voie avant lui trop peu estimée. Maintenant, au ciel, les problèmes du monde — i/V IVclliaticI — sont pour lui résolus. Dans l'espérance qu'il priera bientôt pour nous, il aura dès aujourd'hui nos prières. »
Puissent les œuvres du savant Jésuite, et en particulier la Philosophie chrélieiiiii' poursuivre son apostolat auprès des âmes! Et puissent cellesci trouver aide et soutien aux heures lourdes des luttes de la vie^ dans CCS pages écrites pour elles!
Le Traducteur.
Saint-Michael's Priory, Farnborough, près Londres.
L'homme est naturellement philosophe. On l'a appelé «. l'infotigable chercheur des causes »; il se sent poussé à les scruter partout, et son esprit n'est satisfait que s'il parvient h trouver le premier principe et la fin dernière. La philosophie est la connaissance des choses par leurs raisons suprêmes qui dépassent le champ de la perception sensible. L'instinct philosophique est indestructible, il est légitime; il appartient à la nature même de la raison; c'est le Créateur qui l'a mis dans l'homme. Le problème du monde expérimental s'impose à l'homme, mais la solution est du domaine suprasensible de la pensée.
Par sa nature, l'homme n'est pas seulement philosophe, il est également religieux : l'instinct religieux l'oblige à reconnaître qu'il dépend du premier principe et de la fin dernière de son être. Bien souvent cet instinct a été pour son imagination une occasion d'erreurs.
Ici encore, dans les choses de la religion, l'homme doit faire usage de sa raison pour qu'elle le conduise à la connaissance de l'Être suprême et lui montre l'obligation de se soumettre à Dieu, son Seigneur, de la manière précise que Dieu lui-même demande.
Mais la raison est naturellement faible; par sa faiblesse
même elle devait se sentir portée vers Dieu : Dieu a voulu lui venir en aide. Le don de la grâce, que Dieu avait destiné à l'humanité, a été perdu par la faute de l'homme. Dieu a eu pitié de nous, et, en vue du Christ, il ne se contente pas de donner sa grâce à l'homme pris individuellement; dans le christianisme et par le christianisme, il ménage à l'humanité tout entière un secours vraiment social. Le christianisme est, de la part de Dieu, le plus grand acte d'amour.
La révélation chrétienne est au-dessus de la nature et de la raison, mais elle renferme le bien de la nature et de la raison et lui donne sa perfection souveraine.
Dans le christianisme nous possédons une philosophie de la vie. Exposer les points principaux de cette philosophie, tel est le but que nous nous proposons. Prenez donc ce volume et lisez-le.
Si nous appelons « Semaines » les différentes parties de notre livre, c'est par une allusion aux Exercices spirituels de saint Ignace dont nous suivons, en somme, la méthode 1.
Il est important de pénétrer cette philosophie ; il fout réfléchir, mais surtout sur ce qui nous importe le plus. Point difficile! il est si bien dans les habitudes de ne voir les choses que superficiellement!
I . Nous ne prétendons point nous attribuer toutes les pensées exposées dans ces pages, ni même — toujours — la forme dont elles sont revêtues. Aux jours de la maladie nous avons entrepris de les rédiger pour l'utilité du lecteur, en nous aidant d'extraits et de notes recueillie en lisant la sainte Écriture, les Pères de l'Église et quelques autres ouvrages, en particulier les Méditations sur la yie de Notre-Seigiieur Jésus-Christ, par le R. P. Meschler. (Une traduction française de ces Méditations a été publiée en trois volumes. Paris, Lethiclleux; note du trad.) En quelques rares occasions seulement, nous avons fait des emprunts à nos précédents travaux.
Cette philosophie, le monde la méprise; mais le monde se trompe. Dans les maisons d'aliénés on n'enferme que les fous qui font de l'excentricité : ceux qui vivent en se conformant aux coutumes du pays, on les appelle des hommes du « monde » et de savoir-vivre. Oui, mais quelle vie !
On ne vit pas deux fois ; et combien grand est le nombre de ceux qui ne vivent même pas une fois ! Pour la plupart, la vie se passe à attendre le moment où ils commenceront vraiment à vivre.
11 est infiniment utile de se prendre soi-même pour l'objet de ses méditations, a dit M. de Humboldt. Lire à la hâte ne sert de rien : il taut méditer chaque vérité séparément.
Aussi longtemps que vous vivrez, apprenez à vivre.
Ne vous attachez pas opiniâtrement à vos opinions favorites. 11 y a souvent plus de courage à modifier son sentiment qu'à s'y entêter. Pour trouver le véritable chemin de la vie, il faut d'abord s'affranchir de tous les préjugés, se débarrasser de toutes les idoles qu'on s'est créées.
Un des maux de l'époque où nous vivons est précisément cette fièvre de travail dont l'unique but est de se faire au plus tôt un paradis sur la terre. La poursuite effrénée des moyens de vivre expose l'homme cultivé à perdre de vue le but même de la vie.
C'est un mal encore, cette fureur de civilisation qui s'arrête à la surface des choses et se consume dans la recherche inassouvie de nouveautés et d'apparences intéressantes.
Gardez-vous de ces folies et soyez sages. La sagesse ressemble à une source : plus on y puise, plus elle s'épanche abondamment.
PREMIÈRE SEMAINE