‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 5 sur 344 · LA LUTTE POUR L'EXISTENCE · texte numérisé non relu

LA LUTTE POUR L'EXISTENCE

I. «L'homme, né de la femme, vit peu de temps; il est rempli de beaucoup de misères; il naît comme une fleur qui n'est pas plus tôt éclose qu'elle est foulée aux pieds ; il fuit comme l'ombre et il ne demeure jamais en un même état. » (Job, xiv, i .)

L"homme est, sur cette terre, environné de biens multiples qui servent, les uns, à des usages nécessaires, les autres à des plaisirs permis; il est doué de sens qui lui permettent de connaître ces biens, de les discerner, d'en jouir.

La vie physique se heurte aussi à des maux multiples, et l'existence de l'homme est remplie de soucis et de travaux dont l'objet est le succès ici-bas. Gagner et jouir, voilà le but immédiat de l'existence.

Ce n'est pas sans raison qu'on a appelé ces peines et ces efforts une « lutte ». Les choses qui nous entourent, nos semblables au milieu desquels nous vivons, sont souvent un obstacle. En ce sens, on peut parler d'une « lutte pour l'existence ».

Cette lutte, poursuivie dans de justes limites, n'est

point une invention de l'homme : elle est nécessaire, elle a son principe dans la nature humaine. Elle est d'une extrême importance.

La lutte pour l'existence produit souvent de brillants résultats.

Ces conquêtes ont leur utilité pour l'existence, et il y aurait folie à les mépriser. Mais ce n"est point là ce qui peut contenter l'homme : elles ne lui donnent qu'une satisfaction passagère, l:i satisfaction de s'oublier lui-même dans le tourbillon des préoccupations extérieures.

Malheur à celui qui consacre à la lutte toutes les forces de son intelligence et toute l'énergie de sa volonté!

Jusqu'à présent, la lutte pour l'existence, telle qu'on l'a traduite pratiquement, n"a point réussi à diminuer la somme des misères de l'humanité. « Ici les accords du luth, là des gémissements de douleur », dit un vieil auteur indien ; « ici des savants s'entretiennent paisiblement, là des ivrognes se querellent; ici l'aimable jeunesse, là des hommes rongés par le chancre et la lèpre; je ne sais si la vie est nectar ou poison ». 11 en était ainsi autrefois; il en est de même aujourd'hui.

Si on se borne à ûiire de la vie une lutte pour l'existence, elle est pour la plupart des hommes, pour les classes inférieures surtout, une douleur et une injustice.

Le cœur humain aspire sans cesse à un bonheur que le plus brillant succès, dans la lutte pour l'existence, ne saurait lui donner.

Aussi, dans l'Ancien Testament, l'Ecclésiaste fait-il déjà entendre cette plainte : « Que reste-t-il à l'homme de tout le labeur dans lequel il se consume sous le soleil? » (Eccle.,

Et quand le plus éclatant succès dans cette lutte pour la vie vous apporterait jouissance et plaisir, il vous fau-

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