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LE DESIR DU CŒUR HUMAIN I I I

au cercueil peut-il se mettre à la fenêtre pour admirer ses splendides funérailles ? son oreille ne pourrait être charmée par les éloges des survivants, la mort l'a rendue sourde.

Ce à quoi je me sens destiné n'est pas le vain fantôme de l'immortalité terrestre, c'est une immortalité personnelle dans l'au-delà.

Aussi, l'aspiration du cœur de l'homme tend-elle précisément à cette autre vie. L'homme attend l'immortalité. 11 ne saurait se survivre seulement dans l'estime et l'admiration de ses contemporains, dans les cœurs de ses parents et de ses amis, dans le souvenir de la postérité, dans les résultats de ses nobles efforts sur la scène de ce monde : non, il veut se survivre en lui-même, il le veut malgré l'expérience universelle, que nous faisons chaque jour, que nous devons tous mourir. Il souhaite un autre séjour, par delà le tombeau. C'est l'impérieux désir de la nature humaine.

Même les savants, qui se sont égarés dans les erreurs du matérialisme et du positivisme, se voient contraints de reconnaître ce fait : <^ Celui, dit Huxley, qui, dans notre monde plein d'angoisses et de péchés, lutte pour la vérité morale, se sent certainement plus fort, lorsqu'il est convaincu qu'un jour, tôt ou tard, la possession complète de la paix et du bonheur remplira tout son être, absolument comme celui qui travaille sur les hauteurs de la montagne se sent plus courageux lorsqu'il aperçoit au-dessous de lui, au-dessous des blocs de pierre et des pentes neigeuses, le toit domestique et le lieu de repos qui l'attendent. »

6. Ce fait seul ne prouve-t-il pas suffisamment l'existence réelle de l'autre monde? Lorsque l'automne chasse les chaleurs de l'été — dit un orateur célèbre de notre

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temps en reprenant la pensée d'un Père — et dépouille les arbres du magnifique feuillage qui en fait l'ornement, nous voyons les hirondelles voleter çà et là inquiètes ; elles rassemblent autour d'elles leurs petits et, du haut des toits, elles gazouillent un aimable adieu au pays hospitalier qui leur a prêté un abri. Les voilà parties avec leur famille pour un lointain inconnu ! Ce lointain n'existe-t-il pas? C'est la nature qui réveille dans ce petit oiseau le désir d'un pays étranger. Cette nature, qui guide si bien ces petits nautoniers dans les airs, aurait-elle mis au cœur de l'homme un instinct indestructible vers une vie future, pour que l'homme se vît mystifié à la fin de sa vie? L'immense et merveilleuse impulsion qui de tout temps pousse toute la race humaine vers les rives d'un autre monde, serait-elle un caprice et une folie?

Un poète allemand (jeté en plein dans le tourbillon de la vie moderne) confesse la même vérité, lorsqu'il dit : Les étrangers, enfants des montagnes, sont tourmentés, dans la plaine, par une nostalgie inguérissable. Notre patrie est l'éternité, et voilà pourquoi une inquiétude continuelle nous ronge. Dans la jeunesse, nous attendons la satisfaction que nous apporteront les années, et dans la vieillesse, nous nous retournons vers le passé avec un désenchantement amer, et nous croyons que le bonheur est dans la jeunesse disparue : au lieu d'espérer, nous n'avons plus d'autre plaisir que de nous souvenir de nos espérances d'autrefois. Ainsi notre vie s'écoule à travers des illusions. Il ne suit pas de là que nous sommes malheureux, mais immortels. L'état des choses d'ici-bas exige pour nous un au-delà et nous le montre en dehors de nous. Pourquoi donc une créature pourvue d'ailes puissantes et lumineuses, serait-elle attachée à cette misérable glèbe, si elle devait pourrir de nouveau dans cette motte

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