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LA VRAIE RELIGION

I. Par le mot religion, on désigne en réalité les rapports de culte et de soumission qui rattachent l'homme à Dieu.

La religion est un acte de la volonté, appuyé sur une connaissance solide et une science certaine, par lequel l'homme se reconnaît dépendant de Dieu, son Créateur et sa fm dernière, et se conduit en conséquence.

Si nos rapports avec Dieu sont ceux pour lesquels l'homme est fait, on doit s'attendre à ce que l'homme se porte naturellement vers la religion, non seulement par son intelligence, mais aussi par ses désirs, ses craintes, ses sentiments, par toutes les aspirations de son cœur. Mais il ne s'ensuit pas que la religion soit née d'une crainte stupide ou de quelque autre sentiment non raisonné. La religion a pour base une connaissance certaine de la réalité.

La religion n'est pas le rêve fantaisiste d'un monde suprasensible, que chacun peut se forger à son goût et d'après ses besoins subjectifs. Non, elle est le résultat de la ferme connaissance de Dieu, telle qu'elle existe réellement chez ceux qui ne l'éteignent pas volontairement. La

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connaissance de Dieu naît pour ainsi dire d'elle-même au premier moment de l'usage de la raison.

Une religion qui refuse de se fonder sur la réalité et sur la connaissance d'une réalité est une comédie, une hypocrisie indigne, une absurdité maladive.

Mais la religion n'est pas simplement une connaissance.

La religion nous place dans nos vrais rapports avec le but dernier de tous les efforts de la vie humaine ; elle n'agit pas comme la science, en nous faisant simplement connaître par la froide raison d'où vient l'homme et où il va; non, elle échauffe et affermit la volonté, pour lui faire embrasser très intimement le but final et y diriger toute chose comme il convient.

2. La religion est la reconnaissance de notre dépendance à l'égard de Dieu, elle est l'accomplissement d'un devoir de justice envers Dieu.

L'homme, appelé à l'existence par la volonté de Dieu, conduit par la volonté de Dieu à la fin dernière de cette existence, reconnaît librement et avec joie la volonté de Dieu, la prend pour base et pour règle de toutes ses actions, pour loi inviolable de sa vie, se confie fermement en l'amour et le secours de Dieu. Voilà la religion.

La volonté amène tout d'abord l'intelligence à confesser la vérité connue. Cette adhésion à la vérité connue que produit la volonté soumise à Dieu s'appelle « la foi ». Cette adhésion de l'intelligence est un acte moralement bon en raison de la volonté bonne qui le produit.

Puis la volonté étend son action et embrasse l'ordre voulu par Dieu tel qu'il est établi dans le monde visible et invisible. Pas de religion sans moralité, et pas de moralité sans religion.

A cela s'ajoute, comme autre élément de la religion, un

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abandon plein de confiance et d'amour à Dieu, abandon qui se révèle principalement en ce qu'on cherche son appui, son secours, son salut et son bonheur en Dieu.

Le sentiment suit aussi la volonté ; c'est un repos, une satisfaction de la volonté dans la religion. Puisque l'homme est fait pour Dieu, la volonté sans religion n'a pas de consistance, elle est inquiète et non satisfaite, tandis que le repos et la paix pénètrent avec la religion dans la volonté.

Cet état de paix ou d'inquiétude s'étend à toutes les facultés appétitives de l'homme. Sans religion, tout à l'intérieur est vide et désolé. Des produits frelatés n'apaisent la faim qu'un instant. Seule, la religion reconnue comme vraie peut offrir à l'homme la satisfaction permanente de son âme.

La religion est nécessaire à l'existence de la société humaine : « Une ville pourrait plutôt exister sans fondement, un pays sans soleil, qu'un peuple sans religion », dit un sage de l'antiquité.

Napoléon 1"' défendait la diffusion des écrits antireligieux en disant : « Je ne me sens pas assez fort pour gouverner un peuple qui lit Rousseau et Voltaire. »

La religion est une exigence de la nature ; lorsque l'homme ne possède pas la vraie religion, il y cherche du moins une compensation dans de vaines rêveries.

Beaucoup estiment la religion, mais seulement d'une manière profane. Pour eux, la religion n'est autre chose qu'un engrais surnaturel qui féconde le champ que nous avons à cultiver ; par suite l'homme doit avoir de la religion pour garantir ses intérêts terrestres.

Sans doute, avec la religion, les vrais intérêts de la vie sont parfaitement sauvegardés. Mais, s'il faut de la religion, c'est qu'elle est notre premier devoir envers Dieu.

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La religion nous soumet à Dieu, elle nous rend dépendants de Dieu. Elle nous donne la force de renoncer à toutes les prétentions injustes de notre égoïsme ; elle nous assure l'indépendance nécessaire en face du monde, la liberté requise en face de nos passions, la force morale d'obéir librement à nos supérieurs, l'esprit de dévouement pour notre prochain.

3. La religion dans son développement complet, naturel, doit embrasser l'homme entier, non seulement l'homme intérieur, mais l'homme extérieur. Car la religion est la soumission obligatoire de l'homme entier à Dieu. La religiosité intérieure sans la religiosité extérieure et sociale est une monstruosité ; il est impossible qu'elle dure.

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