LA RELIGION FONDEMENT DE LA MORALE
I. Aujourd'hui, beaucoup, il est vrai, veulent conserver la morale comme la base nécessaire de l'ordre social; mais ils veulent une morale sans religion. La religion est pourtant la seule chose qui puisse donner à la morale solidité, durée et vie.
Ils cherchent le principe dernier des lois morales, non pas dans nos rapports avec Dieu, mais dans les relations d'homme à homme, et ils croient pouvoir trouver la souveraine puissance législatrice, la suprême et dernière raison de la loi morale, dans la nature humaine ou dans le développement économique de la société. Une chose morale, disent-ils, est ce qui est conforme à l'usage, et l'usage varie selon les exigences du jour.
En réalité, les exigences morales ne sont pas une loi naturelle au sens des sciences naturelles; car elles n'imposent pas une nécessité physique. Encore moins peuventelles avoir leur cause dans une décision de la volonté humaine ; car la morale est indépendante de tous les mouvements de la volonté et de tous les sentiments qu'elle repousse et qu'elle condamne.
Il est impossible que la morale puisse avoir sa cause
l66 V" SEMAINE. — I. — l'amour DE LA VÉRITÉ
dans de simples conventions et dans de simples usages; *ces conventions et ces usages varient selon les temps et les pays, et même selon l'humeur des hommes, tandis que les premiers principes de la morale demeurent immuables chez tous les hommes et dans tous les siècles, Souvent les hommes se sont trompés. Ils ont appelé moralement bons ou permis des faits qui en réalité sont moralement mauvais. Mais, partout et à tous les degrés du développement économique, ils se sont trouvés d'accord pour établir une distinction fondamentale entre le bien moral et le mal moral. II faut donc un fondement solide sur lequel repose cette distinction. Où est ce fondement? Telle est la question.
2. On dit : Est moralement bon, tout ce qui est utile matériellement; est mauvais, tout ce qui est nuisible. Bien que la morale et la véritable utilité soient liées étroitement, elles sont cependant deux choses distinctes. L'homme qui a l'intention d'agir moralement, ne pense en réalité ni à l'avantage ni au dommage qui en résultera; il ne pense qu'à ce qui lui est défendu comme mal et à ce qui lui est permis ou imposé comme bien. Abstraction faite de l'utilité, toute bonne action prépare à l'homme une noble satisfaction, sans que cette dernière soit cherchée ; et abstraction faite de tous les désavantages, le remords, l'inquiétude, le repentir, suivent les mauvaises actions.
Si l'utilité subjective était la raison de la morale, il pourrait facilement arriver qu'un vol, qu'un assassinat, que la trahison d'un ami fussent moralement permis. Que de fois il arrive que la morale contrarie un prétendu intérêt et exige les plus pénibles sacrifices !
On dit aussi que, dans le domaine de la morale, la