MIRACLE ET LOI DE LA NATURE
1. Beaucoup se déclarent aujourd'hui les partisans enthousiastes du christianisme. Mais il leur faut un christianisme sans miracle. « Le christianisme pratique, écrit-on, la religion en tant qu'esprit et force contre les principes subversifs, qui vont se développant d'une manière effrayante, sont plus que jamais une exigence des temps ; car la lutte est si sérieuse, les devoirs que nous impose le danger toujours plus imminent d'une catastrophe sont si impérieux, il y a tant de misère intérieure et extérieure, tant de détresses si criantes, que tous ceux qui sont convaincus de la force salutaire contenue dans le christianisme sont unanimes à déclarer que cette force doit se déployer et agir librement, et qu'il faut se débarrasser de tout ce qui peut entraver son développement. »
Mais ce doit être un christianisme sans miracle ! « La contrainte qu'on nous impose, dit-on, de croire aux miracles et de donner cette base à notre vie religieuse est une atteinte portée à l'unité de notre pensée, et il faut l'écarter; nous sommes de notre temps, et nous devons nier les miracles, parce que la science a reconnu l'immutabilité des lois de la nature. »
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S"ils ont raison, c'en est ûiit de tout christianisme. II n'y a pas, dans l'histoire, de christianisme sans miracle. Donc ou un christianisme avec miracle, ou pas de christianisme.
2. Les miracles sont possibles. Le miracle est un effet extraordinaire, sensible, qui dépasse les forces de la nature et qui a Dieu pour auteur.
Le miracle n'est pas une absence de loi, il n'est pas un tour de force sans raison, il ne supprime pas toutes les nécessités de la nature. Ce sont des atteintes exceptionnelles portées aux lois de la nature, que Dieu peut aussi bien permettre, pour des motifs connus de sa sagesse, qu'un prince peut intervenir exceptionnellement dans le cours de la justice criminelle.
S'il y a un Dieu en dehors et au-dessus du monde, qui a créé le monde et lui a donné ses lois, la prétendue « unité » de la pensée moderne est détruite, les miracles sont possibles.
Pourquoi les lois de la nature seraient-elles, par leur essence, absolument immuables? Pourquoi la marche régulière du monde nous ferait-elle juger que le miracle est impossible ? Aussi longtemps qu'une sagesse infinie gouvernera le monde, les miracles se produiront, pour des motifs valables et à titre d'exception, de façon que l'ordre du monde n'en souffre nullement.
Les êtres raisonnables ont beaucoup plus de prix aux yeux du Seigneur que les êtres privés de raison et les forces brutales de la nature. Donc, intervenir dans le cours des lois naturelles en faveur des hommes est chose conforme à la bonté divine.
On peut constater les miracles. Nous ne connaissons pas toujours où s'arrêtent les forces de la nature, mais
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souvent nous savons exactement ce que la nature ne peut pas. Quiconque croit à l'existence d'un Dieu personnel doit aussi lui accorder le pouvoir de diriger les circonstances de telle sorte que nous puissions connaître, avec toute la certitude possible, la réalité d'un miracle.
Les miracles sont conformes au caractère du christianisme. La révélation chrétienne nous fait connaître la condescendance de l'amour divin, qui dépasse toute notre intelligence, parce qu'il porte en lui l'empreinte du divin. Il est en parfaite harmonie avec cet ordre de choses que Dieu se montre prêt à opérer des miracles pour l'amour des hommes. De plus le miracle, précisément parce qu'il est une intervention extraordinaire dans le cours de la nature, est éminemment propre à nous montrer en Dieu le maître souverain de la nature.
Quand Dieu, dans sa sagesse, choisit de donner à rhomme la conscience de sa dépendance, en ne lui laissant pas connaître toute la vérité par sa propre intelligence, mais en lui présentant les vérités fondamentales de la vie religieuse par le moyen de la révélation, puis en opérant, par condescendance, des miracles pour confirmer la vérité révélée, il fait une chose digne de Dieu, autant que de l'homme. Les faits historiques prouvent les faits historiques; le miracle prouve le fait de la révélation divine.
11 est dans la nature de l'homme d'arriver à la connaissance certaine de la vérité par le moyen des sens. Le but de la révélation divine n'est pas de prosterner l'homme aux pieds de la Majesté divine par l'éclat de la lumière ni de lui arracher l'acceptation de la révélation par une espèce de clarté mathématique. Non, c'est librement, par humilité, par amour pour la vérité, que l'homme doit se soumettre à la souveraineté divine. C'est ce à quoi sert la foi au miracle.