NATUREL ET SURNATUREL I9I
harmonie avec cette fin divine, surnaturelle, à laquelle nous arriverons dans l'éternité. Si nous n'envisagions que la fin naturelle de l'homme, nous ne verrions pas pourquoi Dieu nous a révélé la sainte Trinité, pourquoi il veut que rhomme s'unisse à la Divinité comme il le fait dans le mystère de l'autel. Toute l'essence du christianisme atteste la vocation surnaturelle de l'homme, l'élévation de sa nature à une vie à laquelle il n'a aucun droit, qu'il est incapable d'atteindre, à une union avec Dieu, telle que celle qui existe dans les trois personnes divines ellesmêmes. Ce que Dieu m'accorde dans cette vie surnaturelle me donne, aux yeux du Père céleste, autant de prix que son Fils unique en a devant lui : le Père a donc pu livrer son Fils pour moi ; — cela me rend aux yeux du Christ aussi précieux que son propre sang : le Christ » donc pu verser son sang pour moi.
4. Le christianisme produit ainsi un double résultat. D'abord il se propose d'élever, de fortifier, d'améliorer l'homme dans la sphère de sa nature humaine. A ce titre le christianisme est dans la vie sociale le principe du progrès, le père de la civilisation, le libérateur des peuples, la puissance organisatrice de la famille.
Les désordres du paganisme, aussi bien dans l'antiquité que chez nos païens modernes, nous montrent ce qu'est l'homme sans l'aide du christianisme. Le Psalmiste dit que Dieu a tiré l'homme de son fumier. (Ps. cxii, 7.) Notre monde antichrétien court de nouveau risque de s'enfoncer et de périr dans ce fumier.
En second lieu, le christianisme offre à l'homme des horizons et des vérités qui dépassent essentiellement la sphère de la raison humaine et les forces de l'homme. A côté de la partie de la doctrine du Christ que je puis
IC)2 r^ SEMAINE. — I. — L AMOUR DE LA VÉRITÉ
expérimenter, il s'en trouve une autre qu il faut simplement croire, et qui contient des vérités que je dois accepter comme certaines, par humble déférence pour Dieu. « Le juste vit de la foi. » (Rom., i, 17.)
Puisque la part des vérités que je puis comprendre est pour moi une source de consolation et de joie, d'autant plus abondante que je les mets plus parfaitement en pratique, il suit de là que je puis sans difficulté accepter aveuglément la part des vérités que je dois croire.
5. Souvent on entend cette objection : La religion chrétienne est pleine d'obscurités. — C'est vrai. Mais Ihomme existe-t-il pour tout comprendre ? Il ne peut échapper aux obscurités inhérentes aux dogmes chrétiens sans se condamner à marcher dans une obscurité encore plus épaisse : il ne peut s'écarter de ce qui humilie sa raison, sans tomber dans ce que la raison condamne comme une contradiction. La nature elle-même est pleine de mystères ; rien n'est exempt d'obscurités. Pourquoi donc n'y aurait-il pas de mystères dans ce domaine surnaturel où la religion chrétienne nous permet de jeter un coup d'oeil ?
On dit aussi : je ne puis croire au miracle. — Voilà qui est singulier ! S'il y a un Dieu placé :i''-dessus de la nature et qui se propose une fin à laquelle les miracles sont utiles, il doit y avoir des miracles. Un miracle est une dérogation exceptionnelle à la marche des lois de l'univers ; c'est, dans la nature visible, un phénomène qui se manifeste clairement comme étant au-dessus de toutes les forces naturelles.
De plus, l'orgueil humain se roidit et dit : Qui peut comprendre qu'un Dieu s'abaisse comme nous l'enseigne le christianisme ? — Il est vrai, de toutes les choses