GRACE ET COOPERATION
I. Notre fin est la possession surnaturelle de Dieu, la participation à la nature divine; notre fin est d'être vraiment les enfants de Dieu. Cette fin, ce n'est pas la nature qui nous la donne, elle est un don gratuit de l'amour le plus incompréhensible.
Un don que nous nommons la grâce sanctifiante, et qui réside dans notre âme, nous fait atteindre cette fin.
A cette grâce sanctifiante se joint un réel secours, qui, en éclairant notre intelligence et en fortifiant notre volonté, nous rend capables de fuir le mal et d'accomplir le bien.
Le plus souvent ce secours nous est accordé dans la mesure où nous le demandons par la prière.
La grâce c'est la goutte de rosée qui, de la source de la vérité et de la justice divines tombe, sur notrevpauvre cœur, pour l'empêcher de périr dans le désert aride de cette vie terrestre.
De même que les rayons d'un soleil unique répandent sur les fleurs les couleurs les plus variées, de même la grâce, qui est une, éclaire des lumières les plus diverses les cœurs qui craignent Dieu.
Notre salut dépend donc à la fois de la grâce divine
21 s I"" SEMAINE. — 1. l'amour DE LA VÉRITÉ
et de notre coopération. Dieu agit sur l'iiomme ; mais l'homme conserve toute sa liberté sous cette influence.
De même que le burin est guidé par la main de l'artiste, de même Tesprit humain est guidé par Dieu. Le mérite premier du chef-d'œuvre n'est pas le fait du burin, il revient à Tartiste.
Toutefois la volonté de l'homme n'est pas un burin inerte ; elle vit, elle a la faculté de résister à la direction de l'artiste céleste et de se déterminer d'elle-même, sous l'influence divine, ou à ceci ou à cela.
L'homme propose et Dieu dispose, il est vrai; cependant, si Dieu peut disposer, l'homme doit proposer.
2. Dans la question du salut, la coopération de l'homme est d'une importance capitale. Dieu a créé le puits, mais non pas le vase destiné à y puiser. Il donne abondamment, mais l'homme doit ouvrir la main pour recevoir.
Partout la révélation chrétienne nous montre que notre sort éternel dépend de notre conduite. Chacun est Tartisan de son bonheur. Ceux qui sont éternellement malheureux, sont eux-mêmes la cause de leur malheur ; ils auraient pu se sauver, s'ils l'avaient voulu.
Dans la distribution des grâces, Dieu considère la conduite que l'homme tient sous l'influence de la grâce et mesure ses grâces d'après cette conduite; Dieu ne relève en cela que de sa propre perfection et des décisions de sa volonté : mais il tient aussi compte des dispositions de l'homme. Dieu n'est pas tenu d'accorder sans fin de nouveaux bienfaits à celui qui continue à l'insulter chaque jour. La condescendance de Dieu pour l'entêtement humain a des bornes.
Jusqu'oii s'étendra cette patience ? c'est là le mystère de la distribution de la grâce. Il est certain que tout