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CHAPITRE XLI

I,E SŒPTICISMH

I . Une des preuves les plus incontestables de la faiblesse de la raison est, sans contredit, le scepticisme sous toutes ses formes — le scepticisme, maladie dangereuse qui menace tous les penseurs.

Le doute déraisonnable vient de la faiblesse de l'esprit tout autant qu'une crédulité peu raisonnable.

Celui qui est atteint de cette maladie n'est pas satisfait de rencontrer la certitude; et parce que, sur bien des points, l'intelligence ne peut aller au fond des choses, il supprimerait volontiers le peu dont nous pouvons être sûrs.

H y a aussi un doute raisonnable, un doute qui interroge, qui réfléchit pour trouver la solution ; c'est le doute méthodique de l'ancienne philosophie catholique. Parmi les penseurs modernes, il en est qui tiennent ce doute pour légitime. « Le doute provenant de la soif de savoir, dit Kuno Fischer, conduit à la conviction et à la liberté de l'esprit: car la conviction rend libre tout en obligeant : ce doute est la volonté d'atteindre à la vérité. Mais le doute qui provient du scepticisme conduit à la libre-pensée, car il consiste dans l'aversion pour toute conviction qui

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226 F*' SEMAINE. 1. l'aMOUR DE LA VÉRITÉ

possède la force d'obliger, pour toute vérité définitive qui, à ce titre, entraîne une obligation intellectuelle. La libre-pensée naît de l'aversion pour toute contrainte, de l'oubli du devoir, de la légèreté ; aussi la fri^volité et la libre-pensée sont-elles étroitement unies. »

Vouloir douter d'une vérité que Ion a des raisons suffisantes d'accepter, est un doute déraisonnable.

Cherchez la raison de ce doute coupable, et vous trouverez que c'est toujours une maladie de l'intelligence ou une passion. La passion conduit à la paresse de l'esprit et à l'inditïérence : la maladie de l'intelligence se déguise sous des opinions erronées sur la nature et les devoirs de la science.

La certitude mathématique ne se rencontre que dans les mathématiques : s'ensuit-il que toute autre chose sera incertaine?

2. Mais sur le terrain de la religion le doute n'est-il point permis, précisément en raison de tant d'obscurités et de contradictions ? — Réponse : il y a là sans doute des obscurités et des contradictions apparentes. Mais n'est-ce point le cas pour toutes les choses de la vie, dans toutes les sciences ? 11 nous arrive souvent de connaître deux vérités, également certaines, sans apercevoir leur point de rencontre. Faites donc pour les choses de la religion ce que vous faites partout dans l'ordre de la raison.

S'il s'agit de deux faits certains, la simple apparence de la contradiction ne vous suffit pas pour rejeter l'un d'eux ; vous n'en concluez qu'une chose, c'est que les forces de l'esprit humain sont limitées.

Dans le domaine de la morale et de la religion, Dieu traite les hommes non pas comme des machines à penser,

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