L'OPPOSITION ENTRE LES DEUX MANIERES D'ENVISAGER LE MONDE
I. Tant qu'il y aura des hommes, il y aura sur terre deux manières opposées d'envisager le monde. L'une voit dans l'homme la perfection; l'homme est la fin de toutes choses; le monde est fait pour satisfaire les désirs terrestres de l'homme. C'est l'athéisme à découvert ou l'athéisme déguisé. Cette manière de voir, un vieux livre la résume ainsi :
« Le temps de notre vie est court et fâcheux ; l'homme, après la mort, n'a plus de bien à attendre, et on ne sait personne qui soit revenu des enfers.
« Parce que nous sommes nés de rien, après la mort nous serons aussi comme si nous n'avions jamais été; car le souffle est dans nos narines une fumée, et l'àme une étincelle de feu qui agite notre cœur.
ss S'éteint-elle, notre corps sera cendre; l'esprit se dissipera comme un air subtil ; notre vie passera comme la trace d'un nuage, elle s'évanouira comme un brouillard qui est chassé par les rayons du soleil et qui tombe appesanti par la chaleur.
« Notre nom s'oubliera avec le temps, et nul n'aura plus souvenir de nos œuvres.
« Car le temps de notre vie est le passage d'une ombre
et après la mort il n'y a plus de retour ; le sceau est posé, et nul n'en revient.
« Venez donc et jouissons des biens présents, hâtonsnous d'user des créatures pendant que nous sommes jeunes.
« Enivrons-nous des vins les plus excellents, parfumons-nous d'huile, et ne laissons pas passer la fleur du printemps.
« Couronnons-nous de roses, avant qu'elles se flétrissent (qu'il n'y ait point de pré où notre intempérance ne laisse sa trace).
« Que nul de nous ne soit étranger à nos débauches ; laissons partout des vestiges de notre joie ! Car c'est là notre sort et notre partage.
« Opprimons le juste dans sa pauvreté, n'épargnons pas la veuve, et n'ayons aucun respect pour la vieillesse et les cheveux blancs !
« Que notre force soit la loi de la justice : car ce qui est faible n'est bon à rien.
ss Circonvenons le juste ! Car il nous est à charge, il est contraire à nos œuvres, il nous reproche les violations de la loi et nous déshonore en décriant les fautes de notre conduite.
« 11 se vante de posséder la science de Dieu, et il s'appelle le fils de Dieu.
« Il est devenu le censeur de nos pensées mêmes.
<> Sa vue nous est insupportable, parce que sa vie n'est point semblable à celle des autres et que ses voies sont toutes différentes.
« Nous sommes à ses yeux des frivoles, et il s'abstient de notre manière de vie comme d'une chose impure ; il préfère les derniers moments des justes et il se glorifie d'avoir Dieu pour père.