‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 89 sur 344 · DEUX MANIERHS D ENVISAGER LE MONDE · texte numérisé non relu

DEUX MANIERHS D ENVISAGER LE MONDE

« Voyons (donc) si ses paroles sont véritables, et tentons répreuve (pour voir ce qui lui arrivera, et nous verrons) quelle sera sa fin.

« Car s'il est véritablement fils de Dieu, Dieu prendra sa défense et il le délivrera des mains de ses ennemis.

« Interrogeons-le par les outrages et par les tourments afin que nous connaissions sa douceur et que nous éprouvions sa patience.

« Condamnons-le à la mort la plus infâme ; car si ses paroles sont véritables. Dieu prendra soin de lui. » (Sagesse, ii, 1-20.)

Telle est la manière moderne d'envisager le monde, et par le fnoiide nous entendons les hommes qui professent cette opinion. Ceux qui ont péché par faiblesse et qui ont humblement confessé leur péché ne sont pas du « monde » ainsi entendu, mais bien ceux qui placent leur force dans le péché, qui cherchent leur satisfaction dans le péché et qui sont fiers de s'avouer pécheurs.

C'est le monde qui entraîne l'àme au péché, comme si le péché pouvait nous rendre heureux ! Le monde c'est la subordination de toute la nature au vil égoïsme; c'est la vie au point de vue de l'homme animal, ne cherchant en toutes choses que ce qui intéresse le corps et le bienêtre corporel.

Le monde est mauvais ; mais il n'a point perdu tout sentiment du bien et du vrai. Il se plaît dans la basse sensualité ; en présence de l'homme vraiment honnête, il se voile sous les faux dehors du bien ; mais, de cet homme vraiment honnête il exige une vertu sans tache. Le monde est d'autant plus indulgent que le génie est plus grand, que le visage est plus beau ; mais plus la vertu est grande, moins elle rencontre d'indulgence de la part du monde.

2. L'autre façon d'envisager le monde demande la soumission de l'homme à la Divinité qui domine l'univers; c'est celle qui est à la base du christianisme et qui a trouvé dans le christianisme sa complète expression. L'Église catholique dispose d'une multitude de moyens pour décider efficacement l'homme à se soumettre à Dieu, de fait et en vérité, comme un serviteur empressé, et à employer dans ce but toutes les choses de ce monde.

A ce point de vue, le monde n'existe pas pour satisfaire les appétits des S'-ns et de l'orgueil de l'homme: mais il doit aider l'homme à atteindre sa destinée.

Le monde entier, ainsi que l'homme, est créé, c'est-àdire est appelé du néant à l'existence, conservé et animé par Dieu. Les choses du monde, ainsi que l'homme, sont donc dans les mêmes relations de dépendance vis-à-vis de Dieu ; l'univers et l'homme sont pour Dieu, ils doivent glorifier Dieu, leur créateur, par leur existence et par leur action. Tout l'univers se rapporte en première ligne à Dieu, et non à l'homme.

Parmi les choses créées, il en est beaucoup qui sont en rapport avec l'homme ; l'homme est obligé d'en faire usage ; elles l'entourent de tous côtés dans sa vie privée et dans sa vie sociale ; il les utilise pour son entretien et son développement corporel et spirituel, pour les actions les plus diverses : elles exercent sur lui une influence considérable.

Mais tout ce qui est utile à l'homme n'est pas pour cela la propriété absolue de l'homme. Le temps réclame ce qu'il a donné; ce que l'homme possède n'est qu'un prêt. Il peut, il est vrai, posséder un bien propre indépendamment de son prochain, mais non pas indépendamment de Dieu. Puisque tout appartient à Dieu et dépend de Dieu, tout en ce monde, en tant qu'il se

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