‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 90 sur 344 · DEUX MANIERES D ENVISAGER LE MONDE · texte numérisé non relu

DEUX MANIERES D ENVISAGER LE MONDE

rapporte à l'homme, ne peut avoir qu'un but : conduire l'homme à Dieu.

Dieu a fait de l'homme l'être le plus élevé, le couronnement du monde visible ; il a soumis le monde à l'homme. Les créatures ne peuvent pas être le but et la fin de l'homme, leur destinée ne peut pas se borner en dernier ressort à ce que l'homme trouve en elles la satisfaction de ses penchants : la fin dernière de l'homme est Dieu. Les créatures sont donc mises à la disposition de l'homme, afin qu'il les utilise comme des moyens pour atteindre sa tin, c'est-à-dire pour glorifier Dieu et faire son salut éternel.

On dit que le monde est mauvais. Mais il n'y aurait pas de fabricants d'idoles s'il n'y avait pas d'idolâtres.

Les créatures de Dieu atteignent leur fin d'abord en étant pour l'homme un reflet, une manifestation, une image de la splendeur divine. Si j'élève mes regards vers les horizons célestes, j'y découvre des soleils, des océans d'étoiles; je prie et je pleure, sentant combien je suis petit.

Par les œuvres de la création, l'homme doit reconnaître l'existence et la souveraineté de Dieu. La nature est un livre qui à chaque page contient de grandes choses. Ce livre de la nature et de l'histoire, l'homme ne doit point, comme un être sans raison, le considérer avec crainte : il doit s'eftbrcer de deviner le sens intime que Dieu, l'auteur et le directeur de toutes choses, y a caché.

Considérez le monde comme le temple de Dieu et conduisez-vous comme dans un lieu consacré.

En second lieu les créatures atteignent leur fin en offrant à l'homme, chaque jour, et même à chaque heure, une occasion de montrer à Dieu la fidélité de sa conscience, en se comportant comme il le doit à l'égard des créatures

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et des événements. L'honmie marche à sa fin, non pas comme un pur esprit, mais comme un être appelé à vivre en ce monde. A ce titre, il doit utiliser les créatures pour l'entretien de sa vie corporelle et spirituelle, et pour l'accomplissement de ses devoirs d'état; en le faisant d'une manière juste et raisonnable, il accomplit la volonté de Dieu et remplit sa vocation.

En troisième lieu, l'homme a souvent l'occasion de se vaincre et de se renoncer dans l'usage des choses créées. Il doit mettre un frein aux instincts déréglés de sa nature qui le poussent vers les créatures ; il doit écarter les choses qui sont pour lui un obstacle sur la route qui le mène à Dieu. L'abstention et le renoncement sont sous ce rapport un devoir pour l'homme, devoir d'une souveraine importance qui, la plupart du temps, décide de son bonheur ou de son malheur éternel.

3. Telles sont les deux manières d'envisager le monde, les seules qui peuvent se vanter d'être conséquentes. La première écarte Dieu, permet à l'homme de se targuer de son indépendance et met le monde à ses pieds. L'autre reconnaît Dieu, et invite l'homme à user du monde comme d'un moyen d'atteindre Dieu.

La vie de tout homme — que les individus en aient conscience ou non — repose sur une certaine idée fondamentale ; il est d'une suprême importance que cette idée corresponde à la réalité.

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