LES SEMI-BATIONALISTES DUPES PAR CE PHILOSOPHE
« le philosophe d'aujourd'hui est bien celui auquel nos devanciers « dans l'épiscopat ont fait une si longue et si énergique guerre , « celui que le saint-siège a condamné , celui qui a donné le branle « principal au PANTHÉISME, au NATURALISME, à /'ÉCLEC- « TISME dont nos écoles ont été si tristement infectées ; celui qui a « outragé l'Être souverain en confondant son essence avec les êtres '• que sa libre volonté a tirés du néant ; celui qui n'a Jamais accoi'dé « à Notre- Seigneur Jésus-Christ qu'un respect dérisoire; qui a « élevé la raison humaine de chaque individu à la dignité de verbe « FAIT CHAIR ; celui qui n'a épargné sur son chemin aucune des vé- « rites du dogme chrétien. Non, ce n'est pas une vaine forfanterie, ce « champion de la cause rationaliste peut se glorifier avec fondement « de n'avoir pasjaitvn pas en arrière, d'avoir ménagé à la phi- « losophie des portes dérobées pour échapper à toutes les prises de « la foi, d'avoir affaibli et ruiné, toujours à la page suivante, les va- « gués esjiérances que la précédente page aurait pu faire concevoir; « en un mot, il a droit à ce qu'on lui rende cette justice : qu'au milieu « de mille autres variations, 5a doctrine n'a pas varié en ce qui con- « cerne le christianisvie. Et ce qu'on peut ajouter, c'est que l'école « dont il est le porte-étendard, sinon le chef, est demeurée aussi pro- « fondement ennemie que lui de tout l'ordre surnaturel et révélé, « lequel, à leurs yeux, ou bien n'existe pas, n'est pas possible, ou, à « tout le moins , n'est pas obligatoire et commandé. « [Instruction synod., pag. 25 et 26) (1).
Cet acte d'accusation est, nous le répétons, bien terrible ; mais il ne renferme pas un seul mot qui ne se trouve autorisé par les quelques
(1) Dans une note, jointe à cette «avante Instruction , l'illustre auteur a eu l'air de désavouer la Tradition. Nous sommes certains que, sous le nom de Traditionalistes, l'éminent prélat n'a voulu désigner, en cet endroit, que les fidéistes qui, en suivant M. Baulain, prétendent qu'il n'y a rien de vrai et de certain, en dehors de l'Écriture et de la foi. Mais il n'en est pas moins vrai que ce mot, employé trop légèrement, a réjoui les rationalistes; car c'a été attribuer aux catholiques, qui la rejettent, une erreur, rétractée par M. Bautain lui-même, et condamnée par l'Église; c'a été compromettre le succès de V Instruction, qui n'emprunte sa force et sa vérité qu'à la Tradition de l'humanité et de l'Église; et c'a été, de la part de l'auteur, se placer, en quelque sorte, en contradiction avec lui-même. Espérons qu'à la première occasion, le zélé évcque mettra au néant, par l'expression nette de sa pensée, les fausses interprétations auxquelles a donné lieu cette note regrettable, et regrettée par tous ses admirateurs sincères, et probablement par lui-même.
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lignes dans lesquelles le malencontreux apologiste de M. Cousin a été obligé de rétracter solcunelicment les imprudents éloges qu'il venait de lui adresser. Cet acte d'accusation n est que l'histoire fidèle de la vie phihsop/u'que de ce philosophe tristement célèbre, des erreurs qu'il a répandues, du mal immense qu'il a lait, et des ruses déplorables que, à ce qu'il paraît, il a employées pour tromper les simples et être en bous termes avec tout le monde ! Conçoit-on après cela qu'il se soit trouvé un docteur catholique qui ait converti en héros, en prince de la vraie philosophie , le docteur d'un philosophisme funeste comme le poison, vide comme le néant; le docteur qui, avec toutes les grandes qualités propres à en faire un maître, a préféré se faire disciple, en habillant à la française tous les systèmes, toutes les extravagances, tous les délires du philosopiiisme allemand ? Conçoit-on qu'il se soit trouvé un prêtre catholique, l'auteur des Réflexions sur C Instruction synodale de Mgr VÉrCque de Poitiers, qui ait pris la défense de cet ennemi de la vériîé et de l'Église contre un évêque si cher au catholicisme, et par sa science et pai' son zèle, contre un évêque si grand dans l'Église ? Voilà ce que sont les semi-rationalistes : dans leur aveuglement phénoménal, ils foulent aux pieds toutes les convenances avec toutes les vérités; ils oublient les égards qu'ils se doivent à eux-mêmes non moins que ceux qu'ils doivent aux autres. Ce qu'il y a de plus piquant dans cette étrange apologie d'un philosophe à qui tout répiscopat français a fait une si longue et si énergique guerre, et que le saint-siège a. condamné^ c'est que l'auteur de cette apologie , pour prouver que INIgr de Poitiers s'est donné le plus grand tort en prononçant sur M. Cousin le jugement sévère qu'on vient de lire, s'appuie de l'autorité de ce même P. Chastel (p. 5 et 6), qui, s'il s'est trop hâté de présenter le chef du rationalisme comme converti, a, du moins, eu assez de franchise et de pudeur pour désavouer lui-même ses affirmations. On a donc opposé au savant et zélé évêque, accusateur, un témoin qui a réti-acté son témoignage en faveur de ]M. Cousin, l'accusé!
Voici quelque chose de plus étrange encore. Dans ce même ouvrage Du Vrai , du Beau et du Bien , que son auteur vient de replâtrer, et que l'école semi-rationaliste a exalté comme un vrai chef-d'œuvre , INTgr de Poitiers reproche au philosophe rationaliste • 1° d'attaquer impudemment le christianisme sous le nom de mysticisme ; de traiter la sainteté de folie ^ et la morale ascétique de suicide; 2° de mettre sur le même rang l'inspiration du poète, Vinstinct du /leros Q\ V enthousiasme du prophète; 3° d'assimiler les miracles du christianisme aux jongleries de la superstition ; 4o de faire du monde l'unique et vrai médiateur entre Dieu et l'homme, et d'écarter l'unique