‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 102 sur 108 · HOMME · texte numérisé non relu

HOMME

Tous ces griefs sautent naturellement aux yeux de tout lecteur, habitué au langage insidieux des philosophes. Tout le monde sait, par exemple , que c'est un parti pris par les incrédules de notre siècle de combattre sous les noms de mysticisme et à'ascétisme la religion chrétienne , qu'au dernier siècle on était convenu de persécuter sous les noms de fanatisme , de superstition et même A' infâme. Eh bien! dans son apologie du philosophe, l'auteur des Réflexions a eu assez d'intrépidité pour soutenir que l'évéque de Poitiers n'a pas compris INI. Cousin, en l'accusant d'en vouloir au catholicisme sous le nom de mysticisme (1), et que le mysticisme que jM. Cousin a violemment attaqué dans son livre Du Vrai, etc., n'est nullement le christianisme, mais que c'est la théologie iirotestante du sentiment à' o\\\xe-^\\m, que c'est le système de Schleiermacher, voire même la religion du sentiment àe. Benjamin Constant (p. 20)... dont personne ne s'occupe ni ne se préoccupe en France !

D'après le même apologiste, M. Cousin n'aurait dit qu'au sens na-

(i) Le même critique ajoute dans une note : « Nous regrettons que M. Cousin « ne soit pas allé plus loin et n'ait pas réservé, dans sa brillante analyse du senti- « ment, une place au vrai mysticisme, conforme aux plus vraies notions de la «saine philosophie, aux principes de la théologie et à la tradition. Par la dis- « tinction du -vrai mysticisme et du faux mysticisme, il eût évité de paraître " envelopper l'un et l'autre sous une même réprobation (page lo).» Ainsi, de l'aveu de son critique lui-même, Mgr de Poitiers a été fondé à croire que, sous le nom de mysticisme , M. Cousin en a voulu au christianisme, et il ne l'a pas calomnié, puisque M, Cousin aurait commis l'omission regrettable de ne pas aller plus loin, et a paru, en effet, envelopper le vrai et le faux mysticisme sous une même réprobation. Encore, dans sa simplicité, qui forme, comme on le sait, le fond du caractère de nos philosophes, M. Cousin a pu ne pas s'attendre à ce qu'on eût donné un sens faux à ses attaques contre le mysticisme; Ton conçoit donc qu'il ait négligé de distinguer le vrai mysticisme du mysticisme faux. Mais, après avoir vu que cette omission regrettable a donné effectivement lieu à une interprétation fâcheuse de sa pensée, son silence est inconcevable ; et ce n'est pas l'interprétation bénigne qu'a donnée à ce passage sou apologiste qui peut nous rassurer sur la vraie pensée du philosophe ; il vit encore, Dieu merci : c'est à lui à s'expliquer lui-même. Ainsi, jusqu'à ce que M. Cousin vienne nous dire lui-même : fat été mal compris ; Je n'ai voulu attaquer que le faux mysticisme (et l'on est prêt, s'il dit cela, à l'en croire sur parole), le passage incriminé reste sous le poids de la censure de l'évéque de Poitiers, et la défense que d'autres que l'accusé lui-même voudront bien en prendre, ne sera jamais qu'un non-sens.

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