‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 104 sur 108 · QUATRIEME APPENDICE · texte numérisé non relu

QUATRIEME APPENDICE

(Novembre 1856).

DE l'hypocrisie ET DE L IMPIETE DU RATIONALISME, PRETENDANT ÉTABLIR UNE ALLIANCE ENTRE LA RELIGION ET LA PHILOSOPHIE; ET DE l'absurdité d'UNE TELLE ALLIANCE.

§ 1. Insolence du rationalisme, affirmant que V Église vient reconnaître Vindépendance de la Philosophie à l'égard de la Religion. — Ses prétentions sacrilèges à demeurer toujours maître de lui-même, et affranchi de toute censure ecclésiastique — Conditions dérisoires auxquelles il entend s'allier avec te catholicisme.

Xj'un des plus grands scandales auxquels nous assistons aujourd'hui, c'est de voir des ecclésiastiques, même haut placés, sympathiser avec les plus acharnés ennemis de l'enseignement de l'Église, et s'applaudir de les avoir amenés à se rallier à la religion. On vient de voir, dans l'appendice qui précède, les piteux et tristes résultats des efforts qu'ils ont faits jusqu'ici dans ce but. Mais comme, par la piété affectée de leur pathos et par leurs criailleries, ils ne cessent de fjire partager à des âmes simples les funestes illusions dont ils sont dupes eux-mêmes, nous croyons faire une bonne action en prouvant encore davantage, dans cet appendice, que la soi-disant alliance entre la religion et la philosophie, dont on a fait et dont on fait encore tant de bruit et dont tant d'imbéciles bercent d'autres imbéciles, après s'en être bercés eux-mêmes, n'est tout bonnement qu'une erreur sacrilège et une absurdité.

Au mois de janvier dernier, par son organe le plus puissant , le rationalisme avait dit ceci : « On disait au moyen âge : La philosophie « est \3i sertxinte de la théologie. Aujourd'hui, grâce à Dieu, la phi- « losophie 7i'est plus la servante de la maison, et quand elle n'au- « rail jms IlLLM-^IÈME conquis depuis longtemps'LX PLACE QUI « LUI APPARTIENT, la dernière déclaration du saint-siège la re- « lèverait de son ancienne subordination (Journal des Débats, « 12 janvier 1856).»

rv« APP. ALLIANCE ENTRE LA RELIGION ET LA PHILOSOPHIE. 463

Or, la dernière déclaration du saint-siége, à laquelle fait allusion ici le théologien rationaliste, n'est que la doctrine des quatre proposi lions que nous avons examinées dans la Tbadition, et qui ne renferme pas un mot qui puisse faire croire que le saint-siége ait voulu émanciper la philosophie du contrôle de la religion, la relever de son ancienne subordination. Mais le saint-siége ne s'en est pas tenu là sur ce grave sujet. Le rationalisme n'avait pas encore achevé de formuler cette énorme extravagance, que, dans une pièce encore plus solennelle que la lettre du secrétaire de l'Index, concernant les quatre propositions ; dans sou bref à tout l'épiscopat de l'Allemagne, le souverain Pontife a prononcé ces mémorables paroles : «L'Église enseigne « et proclame que si quelquefois on peut employer la science humaine a à l'étude des oracles divins, la raison ne doit point pour cela usur- « per orgueilleusement le droit d'enseigner en maîtresse, mais qu'elle « doit agir comme UNE SERVANTE OBÉISSANTE ET SOUMISE, 6 dans la crainte de s'égarer en marchaut en avant, et de perdre, en « suivant l'enchaînement des paroles extérieures, la lumière de la vertu « intérieure et le droit sentier de la vérité. «

On le voit donc, d'un côté c'est la prétention orgueilleuse de la philosophie, tenant à conserver son indépendance de l'autorité religieuse qu'elle a conquise elle-même depuis longtemps, par son acte de rébellion vis-à-vis de cette autorité, et qu'elle regarde toujours comme une place qui lui appartient, comme un droit qu'on lui avait enlevé; et, de l'autre côté, c'est le saint-siége, c'est l'Église qui, loin d'abandonner à la philosophie cette place usurpée, et de la relever de son ancienne subordination, proteste hautement contre sa prétention sacrilège d'enseigner en maîtresse, contre le mensonge audacieux de son langage, et lui rappelle , que , dans son propre intérêt, son devoir, à elle, dont rien ne saurait l'affranchir, est de se conduire comme %ine servante obéissante et soumise vis-à-vis de la science des oracles divins, la théologie catholique, et de l'Église qui l'enseigne.

Voilà donc ce que dit l'Eglise et ce qu'elle dira toujours, touchant les rapports essentiels, naturels, entre la raison et la foi.

Nous ne sommes nullement inquiets, sur ce sujet, de la part de l'Église. Nous sommes certains, nous catholiques, qu'elle ne sacrifiera pas, sur les imprudentes et stupides sollicitations d'une poignée de ses enfants abusés, le droit qu'elle tient de Dieu, de ne pas admettre, de ne pas reconnaître de puissance rivale, et de régner en souveraiu unique dans le monde des intelligences : droit qu'elle a su, depuis dix-huit siècles, et au prix du sang le plus pur de ses enfants, défendre et maintenir intact contre la conspiration permanente de la raison et des

Page 1