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chrétiens devenus membres de son divin corps, chair de sa chair, os de ses os. Il connut aussi le mystère de bonté par lequel le Verbe éternel devait , en quelque sorte , quitter Dieu, son Père céleste, et sa mère terrestre, la synagogue, pour s'unir à l'Église. En sorte que le mariage chrétien ttn et indissoluble n'est, toujours d'après S. Paul, un grand sacrement que parce que, dès l'origine du monde, Dieu en fit la figure et la prophétie vivante de l'union une et indissoluble du Verbe incarné avec l'Eglise : « Membra sumus coiyoris ejus, de carne ejiis et de ossibus ejus. Profiter hoc relinquet homo patrem et matrem suatn^ et adhserebit uxori suse et erunt duo in carne una. Sacra^^eentum hoc MAGNUM EST ; cço autcm dico in Christo et in Ecclesia [Ephes.^ V). » Il est donc certain, par l'Écriture elle-même, qu'Adam eut la connaissance, non-seulement de la génération éternelle du Verbe , mais aussi de son incarnation ; non-seulement de la création du monde parle Verbe-Dieu, mais aussi de l'établissement de l'Église par le Verbe fait homme, et, par conséquent, des plus graves mystères de la religion. Voici comment, en expliquant ces deux passages, l'un de la Genèse, et l'autre de S. Paul, le grand Thomas argumente sur ce sujet :
Tout ce par quoi l'homme arrive à la béatitude appartient proprement, et par soi, à l'objet de la toi. Or il est dit, dans les Actes, « que le nom de Jésus-Christ est le seul nom « que le ciel ait donné aux hommes par lequel nous puis- <( sions être sauvés. « Le mystère de l'Incarnation et de la Passion de Jésus-Christ est donc la seule voie par laquelle les hommes peuvent atteindre leur béatitude ; par conséquent ce mystère a dû, de toute nécessité, être connu jusqu'à un certain point et gardé comme article de foi dans tous les temps, par tous les hommes, mais d'une ma-
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nière diverse, selon la diversité des temps et des personnes.
En effet, avant de commettre le péché, Adam eut la foi explicite de l'incarnation de Jésus-Christ, comme l'unique moyen d'obtenir la consommation de la gloire que Dieu lui avait préparée et révélée comme étant sa dernière fin, mais non pas la foi explicite des mystères de la Passion et de la Résurrection du Seigneur, par lesquels il devaitêtre racheté du péché. Car, avant de tomber, l'homme ne se doutait pas de sa chute future. Quant à avoir connu à\\anceYI?ica7matwn, rien n'est plus clair, d'après ces mystérieuses paroles qu'il prononça : «C'est pourquoi I'Homme quittera son père et sa « mère, s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans une « même chair, » paroles dans lesquelles saint Paul a vu le grand sacrement du mariage, comme figure du mystère de l'union de Jésus-Christ et de son Église ; et on ne peut admettre que le premier homme ait ignoré ce sacrement et ce mystère (1).
Voulez-vous savoir, dit Tertullien, qui a été le Dieu qui a parlé du ton le plus doux et le plus amoureux au premier homme ? C'est le Verbe éternel. Car laquelle des Personnes divines pouvait, même alors, converser avec l'homme, si ce
(1) « lUud propric et per se pertinent ad objectum fidei per quod homo bea- « titudinein consequitiir. Via autetn lioininibus vcniendi ad beatitudiiiein est « myslerium incarnatioiiis et passionis Christi. Dicitur cnim (Act. IV) : Non est « aliud nonicn datum homiiiihus in quo oporteat nos salvos fieii. Et ideo myste- « rium Incaniationis tiirisli aliciiialiler oporluit onini tcmporc esse credituni K apnd onines, divcrsimode lanien, secunduin diversitateni tt'm|iorum et perso- « naruin. Nam ante statuin peccati bomo habuit cxplicitam lidein de Cbristi in- « carnatione secundum quod ordinaliatur ad consinnmationcrn gloiia% non autem « secundum quod ordinabatur ad bijcrationem a peccato per passionci» et re- « suirectionem ; quia hoino non luit pirescius peccati t'utuii. Videlur autem lii- « carnatiouis Christi pra^scius fuisse per boc quod dixit : Reiinquet homo [la- « trem et matrem , etc. Et lioc Apo.stolus dicit : Sacrdmcntuui magnum f sse in « Cliristo et in Ecclesia : quod quidem sacramentum non est credibile prinium « horainem ignorasse (2» 2"', q. 2, art. 7). »
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n'estle Verbe, le Discours deDieu,qui, unjour, devait se faire homme(d)? « C'est pourquoi, poursuit le docteur africain, dans tous les entretiens de Dieu avec les hommes, rapportés dans les Livres saints, c'était toujours le divin Verbe qui daignait descendre jusqu'à l'homme etparler avec l'homme (2). Et en s'entretenant avec Adam, d'abord, et dans la suite avec les patriarches et les prophètes, en vision pendant le sommeil, en miroir et en énigme , sous différentes formes sensibles, il ne faisait que fixer, dès lors, et laisser entrevoir cette économie ineffable de providence par laquelle, devenu homme lui-même, il devait, un jour, converser familièrement avec les hommes (3), comme il l'avait fait annoncer par les prophètes (4). » Comment donc le premier homme aurait-il ignoré ce grand et délicieux mystère du Verbe devant se faire homme, mystère qui forma, pendant quarante siècles, le sujet de tous les entretiens du Verbe avec l'homme ?
Il est vrai que, ne prévoyant pas sa chute, Adam ne put pas connaître alors le mystère de l'Incarnation, comme devant être le prix de son rachat et le moyen de sa restauration. Mais comme, poursuit saint Thomas, on peut très-bien recevoir la révélation d'un fait futur sans recevoir la révélation de la cause, Adam put bien connaître au commencement que le Fils de Dieu se ferait homme, sans connaître encore que ce serait pour la rédemption de l'homme ; il
(1) « Deus in terris cum liorninibus conversari nonaliuspotuit,quam SERMO, « (jui caro cral f'uturus (Coiitr. Prax., 16). »
(2) « Filius ad liumana semper colloquia descendit (Ibid.). »
(3) « Ab Adain iisqiie ad i)atriarclias el i)roplietas, in visione, in somno, in «spcculo, in a'iiigmate, ordinem suum pru!£truens, quem erat persecuturus « in Hneni {Ibid.}. »
(4) « Et cuni lionùnibus conversatus est (Bariic, ni, 38), »
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put voir manifestement ce beau mystère dans sa réalité, et en ignorer tous les motifs (1).
Il est dit aussi dans l'Ecriture : « C'est par la sagesse « qu'ont été guéris tous ceux qui ont été agréables au Sei- « gneur, dès le commencement. C'est elle qui conserva le « premier homme , le seul que Dieu avait créé de sa main « et avait établi Père du genre humain ; qui le retira de Face bîme de son crime et lui donna le pouvoir de tout réparer. « Per sapientiam sanati sunt quicumque placuerunt tibi, « Domine, a principio. Hsec illum, qui primus formatus « est a Deo Pâte)' orbis terrarum, cum solus esset creatus, « custodivit. Et eduxit illum a delicto suo et dédit a illi virtutem contineiidi omnia [Sapient., IX, 19, c( etX, 1) (1). » Or, il est impossible de croire que le premier homme ait été délivré de son péché par la Sagesse, sans connaître les mystères par lesquels cette Sagesse incarnée devait un jour se livrer, elle-même, à la passion, à la mort pour sauver l'homme, et qu'Adam n'ait aussi eu la foi explicite dans la passion et dans la résurrection de ce Seigneur de bonté, qui lui a obtenu son pardon et son salut. Du reste, voici comment, d'après l'Ecriture elle-même. Dieu aurait révélé à l'homme, à peine tombé dans le péché, ce mystère ineffable de sa charité infinie :
Ils n'avaient pas achevé d'avaler le fruit défendu, qu'en vertu du privilège de l'intégrité de leur nature, qu'ils s'aperçurent bien avoir perdue , Adam et Eve connurent le mal qu'ils avaient fait. Muiier comedit deditque vivo suo, qui
(1) «Wihil prohibet alicui revelari effectum cui non revelatur causa. Poluit « igitur primo lioinini revelari incaruadoiiisinysteriuin sinclioc quod csset pra'S- « cius sui casus. Non eniin quicumque cogaoscit ctïectum cognoscit et causam « (3 p., q. 1, art. 3 ad à). »
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comcdit; et apertlsunt ocul'i amborum {Genèse, III). En vain s'étaient-ils hâtés de se former, avec des feuilles de figuier entrelacées, des ceintures pour cou-sTir leur nudité : Ciim cognovissent se esse nudos consiierunt folia ficus, et fecerunt sibi pe7nzomata[Ibid.). Ce vêtement, de leur invention, insuffisant à cacher leur honte, était encore moins propre à les rassurer contre le remords et contre la juste colère de Dieu. En entendant donc la voix du Seigneur qui paraissait se promener dans le paradis, les voilà tous les deux, tremblants de peur, qui se hâtent de fuir, le plus loin possible, et d'aller se blottir dans la cavité d'un arbre : Et cum audissent vocem Domini Dei deambulantis in paradiso... abscondit se Adam etuxor ejus a facie Domini Dei imnedio ligni [Ibid.].
N'allez pas croire que le premier homme, qui avait de Dieu une connaissance aussi complète et aussi parfaite, ait pensé que l'écorce d'un arbre pouvait le dérober au regard et à la puissance de l'Etre infini. Ces circonstances sont d'une grandeur et d'une importance sans pareille : c'est l'aurore de la révélation des mystères du Dieu Rédempteur, et l'application anticipée de l'économie de la rédemption, qui s'est déroulée dès les premiers jours du monde. Tout repentir commence par la crainte de celui qu'on a offensé. Adam, tremblant de tous ses membres au simple son de la voix de Dieu, c'est donc Adam commençant à se repentir de sa faute, et à recevoir d'en haut la révélation des moyens de la réparer. Ce n'est donc, dit Origène, que par un instinct prophétique qu'il est allé chercher, au milieu du bois, un abri contre la colère de Dieu et un gage de son pardon, et par là il fait assez voir qu'il a déjà appris lui-même le mystère de miséricorde : « Qu'il n'y a « de salut, pour le pécheur, qu'à côté de l'arbre de la croix.
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« Abscoxdit se Adam in medio ligm, significans jam nunc, « nullum alium jieccatoribus perfurjium futurwn, nisi in tt arbore crucis. »
Voyez en effet : c'est au pied de cet arbre et couvert de ses branches, qu'Adam entend la voix de Dieu qui s'approche en lui disant: «Adam, où es-tu? Vocavitque Dominus Deiis t( Adam^ et dixit ei: Ubies ? (Gènes., Ul.) » C'est-à-dire que c'est par les mérites du bois du Calvaire, dont ce bois de l'Éden était la figure, que, d'après saint Chrysostome, Adam voit Dieu allant à sa recherche, non comme un juge, pour le punir , mais comme une mère accourant auprès de son enfant tombé, pour le relever : Ad collapsum descendit^ jacenteni siiblevat [Hom. YII , ad. Popul. Antioch.); Dieu ne le gronde pas par de dures paroles, ne l'accable pas de reproches, mais l'appelle par son propre nom ; Non verbis gravissimis interpellât , ?ion injuriis afflcit; sed proprio nomine [Ibid.), et par cette touchante parole : « Adam, ou es-tu? » Dieu ne demande pas à ce grand coupable dans quel lieu il se trouve, mais dans quel état il est réduit; le rappelle à lui-même, lui indique les profondeurs de l'abîme où il est tombé , l'invite à ouvrir son cœur à l'espérance et à effacer sa faute en confessant de l'avoir commise : Non ignorans, sed fiducise occasionem pandens, ut perconfessionempeccati, peccatum ablueretur [Hom. XVII, in Gènes.).
Profitant de ce comble de gi'âces, et, dans le trouble, dans la confusion, dans la crainte de son péché, tout en cherchant à l'excuser sur la séduction de sa femme, Adam ne le confessa pas moins , ne s'en reconnut pas moins coupable, n'en éprouva pas moins un sincère et profond repentir: Mulier quam dedisti ini/ii. Dans une circonstance presque semblable, Caïn, pressé, lui aussi, d'avouer son
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crime, s'y refusa, et nia insolemment de l'avoir commis [Genèse, IV). Tandis qu'au premier appel du Seigneur, Adam répondit humblement à Dieu : k J'ai entendu, Seigneur, votre voix, et j'en ai été transi de peur, à cause de la nudité de mon âme, qui m'a révélé la nudité de mon corps; et j'ai voulu me cacher, n'osant pas, dans l'état d'une si grande misère, paraître devant vous. Qui dixit : Vocem tuam. Domine, audivi, et timui, eo quod midus essem et abscondi me. [Ibid.)y>
Cette confession, toute imparfaite qu'elle fût , n'en ayant pas moins été une vraie confession, lui valut son pardon. Car, à l'instant même, et en présence d'Adam , Dieu dit au Serpent : « J'établirai des inimitiés éternelles entre toi et LA FEMME ; entre ta race et la sienne ; en vain tu dresseras des embûches à son talon, elle écrasera ta tête. Et ait Dominiis Deus ad seiyentem : Inimicitias ponam inter te et mulierem, et semen tiium et se?nen illius; ipsa conteret caput tuum , et tu insidiaberis calcaneo ejus. {Ibid.)y>
Rien n'est plus mystérieux ni plus sublime que ce discours. Par LA FEMME, la femme sans nom propre, Dieu prédit l'auguste Marie, la femme par excellence; parce que c'est la seule femme qui a été , en même temps, VIERGE ET MÈRE; comme l'HOMME, l'homme sans nom propre, que Sion a demandé pendant quarante siècles , et que le représentant de la gentilité a solennellement indiqué à l'univers : Numqidd Sion dicet : HOMO (Psal.)'? Ecce HOMO [Joan., XIX ) , est le Christ, le Messie, l'Homme par excellence, parce que c'est le seul fds de l'homme qui a été en môme temps homme et dieu. Par les inimitiés étemelles qiiil établij^ait entre cette femme et sa race, et le serpent et sa race^ Dieu annonça que, par les mérites de son
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Fils, et à son exemple, la Mère du Messie serait exempte de toute communion avec Satan ou de tout péché. Par le serpent qui tâcherait en vain de la inordre au talon, Dieu prophétisa que Satan sévirait en vain contre la chair sainte que l'immaculée Marie fournirait de sa propre substance au Fils consubstantiel de Dieu : car, dans TEcriture, le talon , les pieds signifient l'humanité , comme la tète signifie la divinité de Jésus-Christ. Enfin, par la femme écrasant la, tète du serpent. Dieu manifesta d'avance le triomphe que, dans la personne et par la vertu du Rédempteur, sa divine Mère devait remporter sur les puissances de l'enfer, et l'application qui serait faite de ce triomphe à tous ceux qui y auraient pris part, et qui, par là, seraient devenus un seul et même corps avec son propre Fils , et auraient formé la race sainte, la race privilégiée, la race divine des enfants de Dieu. Voilà donc, dans ce magnifique discours, Dieu lui-même révélant, en peu de mots, au premier homme le grand et ineffable mystère du Dieu rédempteur et toute l'économie de la rédemption.
Or , il est également impossible d'admettre que le Dieu qui, pour la première fois, révéla à l'homme les sources du pardon, ne lui en ait appliqué les effets, et que le Dieu qui daigna accorder à son repentir un si grand pardon , n'ait révélé à sa piété, désireuse de les connaître, de grandes et sublimes vérités.
Et ne voit-on pas Adam lui-même devenu prophète et parlant en prophète à la suite de ces révélations ?
Tout en annonçant aux deux grands coupables leur rédemption delà mort éternelle, par les mérites du FILS de la FEMME sans tache, Dieu ne leur intima pas moins la mort temporelle, comme l'une des peines satisfactoires de leur faute, disant à l'humanité tout entière , dans la personne
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de son clief : « Tu es poussière, et tu retourneras en pous- « sière. Pulvis es, et in pidverem revertei^is. » [Ibid.) Et cependant l'Écriture nous apprend que ce fut à ce même instant qu'en se tournant vers sa compagne, Adam lui donna le nom glorieux d'IîÈVE, qui signifie vie ou vivant. « Et cela avec juste raison , ajoute le texte sacré , parce qu'Adam ne vit alors dans sa femme que la MÈRE DE TOUS LES VIVANTS. Et vocavit Adam nomen uœoris sux HEVA, eo quod mater ESSET CUNGTORUM VI- VENTIUM. {lùid.) »
Mais , par la terrible sentence qui condamnait l'homme à mourir. Dieu ne venait-il pas de condamner spécialement Ilève à ne concevoir, à n'enfanter que des mortels, des moribonds, des morts? « Comment donc, se demande saint Épiphane , Adam a-t-il pu saluer du titre de Mère de tous les vivants^ celle que Dieu venait de déclarer la Mère de tous les morts ; et chanter l'hymne de la vie dans ce même paradis, qui résonnait encore de l'écho lugubre de l'anathème de la mort? N'est-ce pas étrange, contradictoire, absurde? Heva mater vivent ium vocata est postquam audivit : Terra es, et in terrani i^everteris; et senigma est quod post transgressionem , hoc magnum cognomen haheat ? )) Non , non , répond le même docteur, il n'y a rien d'étrange , de contradictoire , d'absurde dans ce langage d'Adam; tout, au contraire, y est raisonnable, logique. Dieu ne venait-il pas de lui révéler la femme, la grande Femme , la femme privilégiée qui devait écraser la tête à l'auteur de la mort, et qui , dans un seul fils , devait engendrer des fils en grand nombre, étrangers à l'esprit du serpent, et ayant droit à l'immortalité, à la vie? Inimicitias ponam inter te et mulierem, etsemen tuum et semen illius; ipsa conteret caput tuum. Ce n'est donc que, frappé par
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cette lumière, qui, dans la femme qu'il a sous ses yeux, lui découvre la mère selon la nature, la FEMME , mère ellemême de Dieu, et, par là, mère de tout ce qui vivra selon la grâce ; ce n'est que ravi , hors de lui-même par cette ineffable révélation, qu'il donne à sa compagne ce titre si sublime. Il ne la nomme pas «Eva, » pour ce qu'elle est, mais pour ce qu'elle représente. Il ne lui parle pas ainsi en historien, mais en prophète ; il ne lui adresse cette salutation qu'en figure, et ce n'est qu'à Marie qu'il l'adresse, comme un hommage, en réalité ; Beata Mater Dei Maria per Hevani significabatur; qux per senigmaaccejnt^ utMx- TER vivENTiuM diceretuv... per senigma Maria appellata est. Ainsi donc, Adam appelant son épouse Eva ou Ave, c'est-à-dire Vie, Source de la vie, Créature digne de vivre A jamais; c'est Adam prononçant, lui, le premier, dans l'Eden, ce grand et magnifique salut, dont, quarante siècles plus tard, l'archange Gabriel ferait retentir le vrai Ëden, la sainte maison de Nazareth, en disant à la Vierge : Vivez, ô Marie; ave Maria [Luc^ II). C'est Adam prophétisant, lui, le premier, les grandeurs de la mère de celui qui est la VIE de tout ce qui est, et dans lequel et par lequel cette divine Mère serait un jour elle-même Mère de la vie et de tous les vivants. C'est Adam plaçant après Dieu en Marie toute sa confiance, et la suppliant de l'incorporer par anticipation au corps mystique de celui qui est la RÉSURRECTION et la VIE, afin de pouvoir, lui et sa compagne, ressusciter de la mort du péché à la vie de la grâce, pour ne plus mourir à jamais. C'^st Adam enfin qui croit, qui espère, qui aime, qui se repent de son péché, qui prie en présence du grand mystère de la rédemption, que Dieu lui révèle dans tout l'état de sa grandeur, dans tous les charmes de sa beauté, qui s'incline devant cette énigme de la charité intime, qui
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la salue de loin [Heb., XXI, 13), la bénit, l'annonce et s'en fait le premier prophète, le premier évangéliste, comme il est le premier à s'en appliquer les mérites et à en éprouver les effets.
Voilà la seule interprétation d'après laquelle cet admirable passage de la Bible a un sens vrai, solide et en harmonie avec tout ce qui précède et tout ce qui suit, et en dehors de laquelle il n'est qu'une contradiction, un non-sens. Et voilà encore un de ces passages de l'Écriture , dont le sens littéral et immédiat est, d'après la remarque d'Origène, le sens mystérieux, allégorique, et en dehors duquel il n'y a pas de sens. C'est là un de ces critériums pour distinguer, des passages purement historiques, les passages purement figuratifs et prophétiques.
Dieu ne s'est pas contenté de révéler à Adam, jO(7r la jicirole^ le mystère de la rédemption : il a voulu lui eu faire voir, sous des formes sensibles, les effets merveilleux. Car, immédiatement après la grande et magnifique prophétie que, sur l'inspiration d'en haut, Adam prononça concernant l'auguste Mère de Dieu, l'Ecriture sainte ajoute ceci: « Le Sei- « gneur Dieu fit aussi pour Adam et pour Eve, son épouse, c( des tuniques de peaux, et, de ses propres mains, il les « vêtit de ces habits. Fecit quoque Dominus Deus Adse et « uxori ejits tunicas pelliceas, et induit eos. » Puis il s'écria : « Voici qu'Adam est devenu comme l'un de nous, « sachant le bien et le mal. Et ait : Ecce Adam sicut unus « ex nobis factus est ^ sciens bonwn et malum [Ibid,]. »
Un grand nombre d'interprètes n'ont voulu voir, dans ces dernières paroles, qu'une sanglante ironie par laquelle Dieu aurait reproché à Adam son ambition sacrilège d'avoir voulu devenir semblable à Dieu dans la scie?ice du bien et du mal. Mais une telle interprétation ne paraît point admissi-
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ble. D'abord il n'est pas croyable que le Dieu qui ne méprise PAS le cœur contrit et humilié : Cor contritum et humiliatum Deusnon despicies [Psal. 50), ait voulii encore accabler par le sarcasme Adam tremblant devant lui, confessant son péché, s'en repentant, et en acceptant avec une résignation parfaite la pénitence sévère qui venait de lui être imposée.
En second lieu, Dieu venait de lui révéler le grand mystère de la rédemption ; il venait d'en faire le premier évangéliste de cette grande énigme de 1? charité infinie, et venait de revêtir de ses mêmes mains divines le corps d'Adam avec la même bonté dont il l'avait formé du limon. Or, Dieu, descendant avec Adam à de pareils traits de touchante miséricorde, est certainement le Dieu qui lui a pardonné sa faute ; et les fautes que l'homme a effacées par son repentir , et Dieu par son pardon, ne sont plus rappelées : Omnium iniquitatiim cjiis non recordabor ( Ezech. , XYIII, 22) ; moins encore peuvent-elles servir de matière, de la part de Dieu, à de poignants reproches.
Enfin, si, dans la circonstance dont il s'agit. Dieu avait voulu faire allusion à la tentation à laquelle Adam venait de succomber, il aurait dû dire : Voilà Adam devemi semblable A DIEU ^ sachant le bien et le mal. Car voilà les mots propres de la tentation. Mais ayant dit : Voilà Adam devenu semblable à L'UN DE NOUS, il est manifeste que Dieu n'a pas rappelé la tentation du serpent, à laquelle Adam avait cédé , mais le mystère de plusieurs personnes en Dieu, que Dieu lui avait révélé ; et que, comme l'affirme saint Augustin , suivi par d'autres interprètes, et comme l'a décidé le Pape Jean II, dans l'Épître contre Eutychès , rUN DE NOUS ne signifie que la deuxième des personnes divines qui devait s'incarner. Tertullien a dit, lui aussi, que par ces paroles adressées à Adam revêtu de
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peaux : Voilà Adam devenu comme l'un de nous, Dieu ne fit autre chose que rendre sensible le mystère que sa grâce accomplissait dans l'âme d'Adam, pendant que sa main habillait son corps. C'était le mystère des mérites de Jésus- Christ, qui, dès ce moment, commencèrent d'être appliqués à tout homme croyant et espérant en lui, et par lesquels l'homme régénéré deviendrait ressemblant à L'UNE DES PERSONNES DIVINES , à Jésus-Christ , et connaîtrait manifestement le mal pour l'éviter, le bien pour l'accomplir : Adam nunc est sicut unus ex nobis; de naturad scilicet adjectione hominis in divinitatem (Contr. Marc.^ II, 2).
Cette interprétation d'un si beau passage de l'Ecriture est fondée sur l'Écriture même. Le prince des Apôtres, saint Pierre, a dit que, « par son Fils unique, Dieu a accom- « pli à notre égard ses plus grandes et ses plus précieuses « promesses, nous ayant élevés à partager, en quelque c( sorte, la nature divine : Per quem maxima et pi'etiosa (S. nobis promissa donavit, ut per hsec efficiamini divinse (.< coîisortes naturse (II Petr.^ I) ; » saint Paul a dit, lui aussi, aux premiers chrétiens : « Mes petits enfants que « j'enfante de nouveau jusqu'à ce que Jésus-Christ soit c( formé en vous : Filioli m,ei, quos iterum, parturio ^ donec « formetur Christus in vobis {Gal.^ïW, 19). » Quanta moi, ajoutait le grand apôtre, u il est vrai que je vis, mais ce (( n'est pas moi, c'est Jésus-Christ qui vit en moi : Vivo auc< temjam non ego : vivit vero in ?ne Christus. » Ainsi donc, concluait Tertullien de ces passages, le but souverain de la rédemption n'est que la formation de Jésus-Christ dans l'homme, n'est que l'homme élevé à représenter en luimême Jésus-Christ, à être en quelque sorte la doublure du Christ, un autre Jésus-Christ : Christianus est fere alter Jésus.
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Or , l'homme ne parvient à cette sublime dignité qu'en s'appliquant parla foi, l'espérance, la charité et l'usage des sacrements, les mérites de Jésus-Christ , de manière à former de ces mérites sa tunique^ son vêtement. C'est pourquoi saint Paul ne cessait pas d'insister sur la nécessité de cet habillement divin. Car tantôt il dit : « Tâchez de vous revêtir du Seigneur Jésus-Christ : Indiiimini Domimim Jesum Christiim{Rom.^ XIII) ; » tantôt il rappelle « que le baptême n'est autre chose que le grand mystère par lequel l'homme se revêt de Jésus-Christ : Qidcumque baptizati estis^ Christum induistis (Galat.^\\\)\ et tantôt, remontant à l'origine du monde, il nous exhorte à dépouiller le vieil homme, l'homme du péché, Adam, pour nous revêtir de l'homme nouveau, Jésus-Christ, sur lequel, comme sur son modèle consulté, le premier homme avait été créé à l'image de Dieu, dans la justice et dans la sainteté de la vérité. Exspoliantes vos veterem hominem cum actibiis suis, et indécentes novum; eum qui renovatur in agnitionem , secundwn imaginem ejus qui creavit illuni [Colos., III )^?// secundum Deum creatus est in justitia et sanctitate vcri-' tatis {Ephes., IV).
Ces passages sont trop formels , trop frappants de précision et de clarté, pour que, dans l'acte d'ineffable bonté avec laquelle Dieu a daigné vêtir de ses propres mains les corps d'Adam et d'Eve, on puisse voir autre chose que la figure, la forme visible, une espèce de sacremefit de la grâce invisible qu'il conférait en même temps à leur âme. Il est impossible de voir autre chose que Dieu baptisant Adam, le revêtant de Thomme nouveau, Jésus- Christ; Dieu admettant Adam à la commimion des mérites de Jésus-Christ, et le regardant comme une image vivante du Yerbe qui devait se faire homme, et l'une des
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personnes de l'auguste Trinité : Ecce Adam facius est sicut unus ex nobis.
L'évangéliste saint Jean a dit : « Jésus-Christ est l'Agneau qui a été immolé dès l'origine du monde: Afjnus qui occisiis est ah orig i?ie 7nuHdi {Apoc. ^Xlllj.y) Il est donc certain qu'en figure, en prophétie, le divin Agneau non-seulement a été immolé, mais a appliqué les mérites infinis de son immolation dès f origine du monde, et qu'il a toujours été l'Agneau de Dieu qui elface les péchés du monde, Agnus Dei qui toîlit peccata mundi. Or, quand et comment cette immolation figurative, prophétique de l'Agneau divin se serait-elle accomplie à V origine du monde, si ce n'est lorsque Dieu revêtit lui-même de peaux d'agneaux nos premiers parents? Car, de même que rien n'a mieux figuré l'impossibilité où est l'homme de s'habiller par ses seuls efforts, d'une manière convenable, aux yeux de Dieu, que les fragiles ceintures de feuilles de figuier dont Adam et Eve avaient voulu coumr leur nudité : Co7isuerunt folia ficus et fcccrunt sihi perizomata; de même rien ne figure mieux le grand mystère de la nécessité où est l'homme que Dieu lui - même revête son ûme des mérites de Jésus-Christ immolé pour lui, pour le rendre agréable à ses propres yeux, que cet acte de tendre bonté par lequel Dieu, ayant fait mourir des agneaux, forma de leurs peaux des vêtements solides, dont il habilla lui-même les corps de nos premiers parents, et les rendit l'objet de ses divines complaisances, comme son propre Fils: Fecit Deus tunicas pelliceaset induit eos... Ecce Adam factus est sicut unus ex nobis.
C'est ce même mystère que, plus tard. Dieu a de nouveau fait représenter d'une manière plus sensible encore, dans la personne de Jacob {Gènes., xxvu). Car ce fils cadet qui ne
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peut recevoir la bénédiction d'Isaac son père terrestre, à moins qu'il n'imite la chair de son frère aîné Ésaû, et ne soit orné de ses plus riches vêtements, n'est encore une fois, d'après l'opinion unanime des Pères et des interprètes, que l'homme qui ne peut recevoir la bénédiction éternelle de Dieu, son Père céleste, à moins que par les sacrements il ne partage la chair divine du frère aîné de la famille des humains^ Jésus-Christ, et ne s'applique ses mérites et ses grâces: Ckristus primogenitus in muHis fratribus. Induimini Dotninum Jesum Christwn. La seule différence de ces deux figures du même Mystère, c'est que, dans la première, c'est Dieu qui a fait les tuniques de peaux, et en a revêtu Adam : Fecit Deus tunicas pelliceas et induit eus ; tandis que dans la seconde figure c'est Rébecca qui instruisit Jacob des intentions d'Isaac de bénir Esaii, et des moyens que le cadet devait employer pour obtenir cette bénédiction réservée à l'aîné. C'est elle qui couvrit des peaux des chevreaux tués le cou et les bras de Jacob, de manière qu'il imitât la chair poilue de son frère, et l'habilla des plus riches habits d'Esaû qu'elle gardait dans ses armoires. C'est elle qui prépara les mets et cuisit le pain que Jacob présenta à manger à son père: Paravit illa cibos, sicut velle noverat pater illius. Et vestibus Esau valde bonis quas apud se habebatdomi^ induit eum^pelliculasque hœdorwn circumdedit manibus, et colli nuda protexit , deditque pulnientum, et panes quos coxerat tradidit.
Tout cela en figure, en prophétie de l'Église, pour indiquer d'une manière sensible , je dirais presque sacramentelle , le besoin qu'ont les hommes du concours de l'Église, pour connaître les desseins et les volontés de Dieu, pour recevoir les habits précieux des vertus théologales, des mérites de Jésus-Christ; pour représenter en eux-mêmes la
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chair de ce premier-né ; pour offrir à Dieu, dans les sacrements, le pain consacré, tout ce qui est agréable à Dieu, et en obtenir en échange la bénédiction éternelle, qui n'est due qu'à son Fils aîné; pour indiquer enfin que, d'après les desseins de Dieu, les autres hommes de\Tont toujours et partout recevoir par le ministère de l'Église tous les symboles, les signes, les ornements et les grâces de sanctification, que le premier homme reçut directement de la main de Dieu : grâces de sanctification que l'homme n'a jamais pu se procurer par lui-même, et sans le concours immédiat ou médiat de Dieu, pas plus que la grâce de la vérité.
Pour ne pas l'avoir vu appliqué à lui-même, parce qu'il a reçu immédiatement de Dieu, sans l'Eglise, tout ce que les autres hommes reçoivent de Dieu par l'Eglise, le premier homme n'en connut pas moins ce dogme du ministère de l'Église. Car il est certain, ainsi que saint Paul "vient de nous le dire, qu'à l'occasion d'Eve, sortie de son côté pendant son extase, Adam reçut la révélation de l'Église, qui devait un jour sortir du côté de Jésus-Christ. Comment donc notre premier père aurait- il ignoré les fonctions de l'Église, dont il a connu l'origine et la nature? D'autant plus que, d'après les Pères et les interprètes, en saluaut sa femme du nom sublime de mère des vivants, Adam la reconnut non-seulement comme le type de Marie, de laquelle devait naître Jésus-Christ, la source de tous les vivants de la vie de la grâce, mais aussi comme le type de l'Église, dont l'action ou le ministère donne à Jésus-Christ les enfants vivants de cette vie ineffable : Iti Christo Jesu, pe?' Evangelium ego vos genui.
Enfin, en racontant à notre premier père tous ces mystères, Dieu n'eut et ne put avoir d'autre but que celui de l'instruire de tout ce qu'il devait d'abord croire, par rapport
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au salut, ce qui a été lui découvrir en même temps le mystère même du salut, ou la vie éternelle. Ainsi, le symbole chrétien fut révélé tout entier, dans tous ses détails, au premier homme, et c'est de lui que, par le langage et la tradition, il est passé ensuite, comme la vie physique par la génération, dans toute l'humanité.
Il en a été de même du culte, deuxième élément constitutif de la religion, et qui se réalise dans les sacrements. Car c'est par les sacrements, spécialement par le sacrement PAR excellence ct par le sacrifice, que nous rendons à Dieu l'hommage de la foi, del'espérance, deTamour, de l'offrande, de la prière. Nous cultivons son cœur divin et y faisons germer la miséricorde à notre égard ; et c'est par les mêmes moyens que Dieu, F agriculteur céleste [Pater meus agricola est) cultive à son tour notre cœur et y fait germer la vertu, la sainteté, la grâce, cette semence précieuse du salut et de la gloire éternelle.
« Les sacrements, dit saint Augustin , sont donc de l'es- « sence de la vraie religion, de manière qu'il n'y a pas de « vraie religion sans sacrements (1). Car les sacrements sont « des signes sensibles^, sacrés, par lesquels unpeupleestuni « dans la profession de la même religion, soit vraie, soit « fausse, et se distingue des autres peuples , et ce sont les c( seuls moyens qu'ont les peuples de se former en société « religieuse (2) . »
Saint Jean Chrysostome établit la nécessité des sacrements ou des signes sensibles de la grâce sanctifiante^ qui n'est pas
(1) « Nulla potest esse vera roligio sine sacraraentis [Contr. Faustwn, « lib. XlX,c. XI). »
(2) «In nullum nonien religionis, sive veruni, &ive falsuni, coagulaii homi- « nés possunt nisi aliquo sign^culoruni, vel sacramentorun» sensibiiium con- « sortio coUigantur. {Ibid-, lib. X, c. xii). «
IxXXViij AVANT-PBOPOS.
sensible^ de la nature de l'homme esjjrit et corps : « Si vous « n'étiez, dit-il, qu'un être incorporel, Dieu vous aurait con- « féré ses dons, comme il l'a fait aux anges, d'une manière « toute simple et incorporelle. Mais l'âme se trouvant en « vous unie au corps, il a dû vous présenter, sous des force mes sensibles, même les choses purement insensi- « blés (1). »
Selon saint Thomas, enfin, les sacrements sont autant nécessaires, dans la vraie religion, que la foi dans le Christ. Voici ses belles paroles : « Personne , depuis le péché , ne « peut être sanctifié que par Jésus-Christ. Il était donc né- « CESSAiRE qu'avant la venue du Christ, il y eût certains sice gnes sensibles par lesquels l'homme pût déclarer sa foi à c< la venue de son Sauveur. De semblables signes s'appellent c SACREMENTS. Il cst donc ccrtalu que, même avant la venue ce de Jésus-Christ, l'institution de quelques sacrements fut ce nécessaire (2). » Et, plus loin, le Docteur angélique a dit encore :
ce Comme les anciens Pères ont été sauvés par la foi dans le Christ qui devait venir, de même nous devons nous sauver par la foi dans le Christ qui est né déjà et qui a souffert. Or, les sacrements ne sont que les signes par lesquels l'homme manifeste la foi qui le justifie. Mais ces signes devaient être différents, selon qu'ils étaient ordonnés pour indiquer les choses passées, ou les choses présentes, ou les
(1) « si incorporciis esses nuda incorporea tihi dedisset ipsa dona : sed qiio- « iiiain anima corpori conserta est in sensiljililjus inlelligibilia tibi prœbet. « (Uomil. in Matlh.). »
(2) » Niillus sanctilicari potest, post peccatum , nisi per Christum; et ideo « oport(bat ante Cbristi adventiini esse quaidam signa visibilia, quibus hoiuo
protcstaretur de futuro Salvaloiis advenfu. Hujusmodi sigiia dicunlur sa- R crameiita et sic palet qiiod ante Ciiristi atlveiUuin, uecesse iuit quaedani sa- « craincnta inslitui (HI p., q. Gl, art. 3). >•
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choses futures. Il est donc nécessaire que dans la loi nouvelle se trouvent d'autres sacrements, propres à indiquer les mystères passés du Chi'ist, outre les autres sacrements de l'ancienne loi, qui n'étaient propres qu'à signifier les mystères futurs (i). »
Mais, on le voit, tout en établissant la différence qui dut se trouver dans les sacrements des deux lois, saint Thomas n'en prouve pas moins la nécessité d'un certain nombre de sacrements, même dans l'ancienne loi, même dans la loi qu'on appelle loi de nature.
Or, la vraie religion, fondée sur le culte de Dieu et le salut de l'homme par le Christ, a commencé en Adam. Dieu a donc dû instituer au temps d'Adam et apprendre à Adam, avec la vraie religion, les sacrements, qui en sont la confession, et les moyens par lesquels elle exerce sur l'homme , d'une manière sensible, sa vertu et son action toute spirituelle (2).
Par rapport au dernier des Sacrements, le Mariage, il n'y a pas de doute qu'il ait été institué, révélé et appliqué au premier homme, et qu'il date de l'origine du monde. Il est écrit dans la Genèse qu'en créant l'homme, Dieu le créa mâle et femelle : Creavit Deus hominem... masculum et feminam creavit eos [Gènes., I). Et, dans l'Evangile, il est dit que, lorsque Jésus-Christ voulut rétablir l'unité et l'in-
(1) « Deus qui invisibili polentia sacrameatorum visibilem operaris effectum « {Bcclesia in bencdictionefontis). »
(2) '< Sicut antiqui Patres salvati sunt per fidera Christi venturi, itaet nos sal- « vaniur per fidem Christi jsm na'i et passi. Sunt autem sacramenta quecdam « signa profitcntia fidem qua homojustificalur. Oportet autem aliis siguis « significari futura, prœterita et pi;t'sentia, et ideo oportet qua-dam alia sacra- « nu'uta esso m novx legk, quibus significentur ea quœ prajcesserunt in Cliristo, « praHer sacramenta veteiis legis quibus pra;nuntiabantur futura (lll p., q. ol, « art. 4). «
XC AVANT-PBOPOS.
dissolubilité du mariage, il déclara, en le citant, que ce passage de la Genèse renferme la loi de l'unité et de l'indissolubilité de cette union, et condamne la pluralité des femmes et le divorce comme des infractions flagrantes à l'institution primitive. Il dit aux Juifs : « N'avez-vous pas « lu dans FEcriture que Celui qui fit l'homme au com- « mencement, le fit mâle et femme, et qu'il dit que, par le « mariage, l'homme quitterait son père et sa mère pour « s'attacher à sa femme, et devenir deux dans une seule « chair? Ainsi, mari et femme ne sont plus deux, mais une « seule chair? Ce que Dieu donc a uni, que l'homme ne le tt sépare point. Quant à Moïse, ce ne fut que pour ménager « la dureté de votre cœur, qu'il vous a permis de renvoyer « vos femmes ; MAIS, AU COMMENCEMENT, IL N'EN « FUT PAS AINSI: Nonlegistis quia qui fecit hominem (c ab initio , mascuhim et feminam fecit cos, et dixit : (c Propter hoc relinquet homo patrem et matrem^ et ad- (( hserebit uxori suse, et erunt ambo in carne una. Itaque (ijarn non sunt duo, sed iina caro. Quod ergo Deus con- (.(.junxit, homo non separet... Ad duritiam cordis vestri (.ipermisit Moyses dimittere uxores vestras. AB INITIO (( AUTEM NON FUIT SIC {Matth., XIX). yy VoiLà donc, d'après l'oracle du Seigneur lui-même, le mariage institué dès l'origine du monde.
Il est dit aussi dans la Genèse qu'Adam, revenu de l'extase pendant laquelle Dieu avait formé Eve d'une de ses côtes, s'écria : « Voilà l'os de mes os et la chair de « ma chair : Dixitque Adam : Hoc nunc os de ossibus meis « et caro de carne mea [Gènes., II). w Et saint Paul nous a appris qu'en parlant ainsi, Adam adonné à entendre qu'il venait de savoir que son union avec Eve était un grand sacrement, figurant le mystère de l'union de Jésus-Christ avec
AVANT-PROPOS. XCJ
l'Église : Propter qiiod relinquet homo patrem et matrem et adhxrebituxoi'i sux, et erunt duo in carne una. Sacramentum hoc magnum est ; dico autem in Christo et in Ecclesia {Ephes.^ V). Et Yoilà aussi la révélation qui fut faite du sacrement du mariage au premier homme.
Enfin, il est dit, au même endroit de la Genèse^ qu'ayant présenté à Adam la femme qu'il venait de tirer de son sein, et Adam l'ayant acceptée pour sa compagne et pris l'engagement de l'aimer comme sa propre chair, ses propres os, coQime un autre lui-même, le même Dieu daigna bénir leur union et leur accorder la vertu de se reproduire et les grâces de leur nouvel état, en leur disant : « Croissez et multipliez- « vous, et remplissez la terre, et assujettissez-la à votre em- « pire : Et 3ddificavit Dominus Deus costani quam tulerat « de Adam ^ in mulierem, et adduxit eam ad Adam^ dixit- « que Adam. : Uoc nuncos de ossibus meis... (Genèse, II)... ce Benedixitque illis Deus, et ait : Crescite et multiplica- « niini, et replète terram et suhjicite eam{Ibid.^ I). » Voilà donc les premiers époux consentant à cette union, et se promettant mutuellement une fidélité inviolable. Voilà donc • Dieu consacrant lui-même ce premier mariage et le comblant de ses faveurs célestes. Voilà des signes sensibles de la grâce. Voilà un vrai sacrement, et le premier homme marié sous les yeux et en quelque sorte par le ministère de Dieu lui-même.
Il n'est pas moins certain que le sacrement de baptême ait été institué, au moins en figure ou promesse, dès l'origine du monde, et que le premier homme en reçut la révélation et même l'application, quant à ses effets.
Dans la circoncision, la grâce était conférée, par rapport à tous ses effets, mais d'une manière autre que dans le baptême. Car le baptême renferme la grâce par la vertu du
XCij AVA.NT-PBOPOS.
baptême lui -môme, qu'il possède en tant qu'il est un insïrument par lequel s'applique la passion de Jésus-Christ dc'yà accomplie. Mais, parla circoncision, la grâce n'était point conférée par la vertu de la circoncision elle-même, mais par la vertu de la foi dans la Passion du Seigneur, dont la circoncision était le signe qui la prédisait. Ainsi l'homme , recevant la circoncision , ne faisait que professer solennellement qu'il entendait accepter cette même foi, ou directement par lui-même s'il était adulte, ou par l'organe d'un autre homme s'il était enfant. C'est pourquoi l'Apôtre a dit qu A brahain reçut le signe de la circoncision comme le sceau de la justice de la foi; c'est-à-dire parce que le mérite de la justice découlait de la foi, signifiée par la circoncision, et non par la circoncision signifiant la foi (1). Il est dit, dans la Genèse, que « la terre, sortie à peine de « l'abune du néant, était vide, stérile, enveloppée de ténè- (c bres, et que I'Esprit de Dieu y planait sur les eaux. » Or, il est impossible de lire ce passage de l'histoire de la création sans penser à cet autre passage de l'histoire de la rédemption : «Si quelqu'un ne RENAIT de l'eau et du Saiut-Esc( prit, il n'entrera pas dans le royaume des cieux [Jean., I); » et sans voir, dans les paroles de Moïse qui nous représentent le monde matériel NAISSANT de l'Esprit-Saint et de l'eau,
(I) « Dicendum quod in circumcisione coaferebatur gratia quantum ad om- « nos gratiai cffectus aliter, tamen quani in baptisnio. Nani, in bai)tismo, conti- « netur gratia ex virtute ipsius liaptismi quani habet in quantum est instrunien- • tum Passionis Cliristi jam perlectac . In circumcisione autein conferebatur « gratia non ex virtute circumcisionis, seJ ex virtute fidei Passionis Cliristi, cu- « jus signum erat circumcisio. Ita scilicet quod honio qui accipiebat circumci- « siouem, profitebatur se susclpere talcm lidcm vel adultus per se, vel alius « per parentes. Uiido aposlolus dicit {Rom. IV) quod Abraham accepit signum « circumcisionis , signaculum justitia3 lidei, quia scilicet juslitia erat ex lide « siguilicala, non ex circumcisione signilicante (UI p., q. 70, art. 4). »
AVANT-PROPOS. XCiij
la figure du monde spirituel RENAISSANT de l'Esprit- Saint et de l'eau du baptême, et Dieu fixant, promettant, dès ce moment, ce sacrement, et, en quelque sorte, l'instituant en figure et en prophétie. C'est l'opinion des anciens Pères, spécialement de Tertullien, dans son magnifique traité Du Baptême. C'est aussi la tradition et la foi de l'Eglise; car, dans la cérémonie de la bénédiction des fonts baptismaux , elle s'exprime en ces termes : «ODieu dont, dans le commence cément même du monde, l'Esprit planait sur les eaux, afin « qu'il fût vrai que la nature des eaux a conçu, dès ce mo- « ment, la vertu de sanctifier l'homme, faites descendre « dans la plénitude de cette fontaine la vertu du Saint-Es- « prit qui féconde la substance de cette eau et lui confère « la vertu régénératrice ; de manière qu'ici toutes les tt taches des péchés soient effacées ; que la nature humaine, « créée à votre image, rendue à la grandeur de son origine, « soit purgée de toutes les saletés de la vétusté, et que tout « homme, participant à ce sacrement de régénération, rett naisse à l'enfance nouvelle de la vraie innocence (1). »
On vient de voir que le fait de l'Esprit saint planant sur les eaux de la création^ ainsi que tout ce qui a précédé la formation de l'homme, n'a pu être connu que par la révélation que Dieu en fit au premier homme, et duquel l'ont appris les autres hommes. Or, on ne saurait admettre que Dieu ait révélé au premier des prophètes et des évangélistes.
(1) « Deus, cujus Spiritus super aquas, inter ipsa mimdi primordia, ferebatur, ■t ut jam hanc virtutem sanctificationis aquarum natura conciperet : descendat « in hanc plenifudinem fontis virtus Spiriliis Sancti totamque hujus aqua' sub- « stantiam regenerandi fecondet effectu. Hic omnium peccatorum niaculae « deleantur : hic natura ad imaginem tiiam condita et ad iionorem sui reformata « [)rincipii cunctis vetustatis squaloribus ^n1undctllr : ut onjnis liomo sacra- '( nientum hoc regeiierationis ingressus in \era' innocentia^ novam infant iani o. renascatur {Eoc. cit.). »
XCIV AVAM-PHOPOS.
à Adam, ce fait merveilleux sans lui donner la connaissance du mystère du baptême, dont il était la prophétie et la figure. Comme donc, en lui faisant connaître qu'Eve venait d'être créée de son côté, Dieu révéla, en même temps, d'après S. Paul, qu'elle était la figure de l'Église, et l'instruisit du grand mystère de l'Église ; de même, en lui révélant que toute créature terrestre est née de l'Esprit-Saint et de l'eau de la création, il lui révéla que tout candidat du ciel devait renaître du Saint-Esprit et de l'eau de la rédemption. Ainsi, il lui manifesta le sacrement du baptême, ou le divin mystère de Dieu sanctifiant l'Église et la purifiant par l'eau dans la parole de la vie, ut sanctifœaret Ecclesiam mundans layacro aqu.e in Verbo vitss [Ephes., V).
Dieu fit plus encore à l'égard du premier homme. Nonseulement il institua en figure et en prophétie pour lui et pour sa race, et lui révéla ce même sacrement; mais il le lui appliqua et lui en fit éprouver d'avance la divine efficacité.
Saint Augustin a dit : « Il ne faut pas croire qu'avant « l'institution de la circoncision les serviteurs de Dieu, qui « avaient la foi du divin Médiateur devant venir un jour « dans la chair de l'homme, n'eussent à leur disposition c( aucun sacrement pour effacer le péché originel dans leurs « enfants, et de ce que l'Écriture ne dit pas ce que ce sacre- « ment était, il ne s'ensuit nullement qu'il n'ait pas été « connu et pratiqué (1). »
D'un autre côté il est certain, parce que l'Écriture nous le dit en toutes lettres, que la Sagesse éternelle retira Adam de l'abîme de son péché et en effaça la tache dans son
(I) «Non est credendum, ante datain circunicisioncm f'aniulis Dei,quando « quidem in eis manebat files mediatoris iii carne venluri,nullo sacramento eos « purgalos fuisse, quamvis, quid illud esset, Scriptura latere ;Voluerit {Contr » Julian., V, 2 ). »
AVANT-PROPOS. XCV
âme : Sapientia eum qui primus creatus est , eduxit a delicto suo. Si donc les anciens patriarches ne délivraient leurs enfants du péché originel qu'à l'aide d'un sacrement, à plus forte raison Adam lui-même, le premier de ces patriarches, n'a été qu'à l'aide d'un sacrement délivré de son propre péché. Ce sacrement ne fut pas la circoncision, qui n'a été instituée qu'au temps d'Abraham et pour sa descendance en particulier, et qui n'était pas pratiquée à l'égard des femmes, ou de la moitié du genre humain. Il a donc pu être une ablution, un bain sacré, dans l'eau mystérieuse delà fontaine du paradis terrestre.
Cette opinion n'est pas sans fondement. Dans la bénédiction des fonts baptismaux, le célébrant, plongeant la main dans l'eau, et la repoussant vers les quatre points cardinaux du monde, prononce ces paroles : « 0 créature de l'eau, je te bénis par le Dieu vivant qui te fit jaillir de la fontaine du paradis et t'ordonna de te diviser en quatre fleuves pour arroser toute la terre (1). »
Ainsi, dans la croyance de l'Église, Dieu n'a fait jaillir une fontaine au milieu du paradis terrestre et ne l'a divisée en quatre fleuves se dirigeant vers les quatre points cardinaux du monde, que pour figurer la fontaine du baptême qu'il devait un jour faire jaillir au milieu du vrai paradis terrestre de l'Eglise, afin de porter la fécondité de la grâce dans tous les points de la terre. Dieu aurait ainsi rendu encore plus sensible le grand mystère de la régénération du monde par le Saint-Esprit descendant dans l'eau, mystère ébauché déjà, dès les premiers instants de la création du monde, dans l'Esprit de Dieu planant sur les eaux. Dieu au-
(I) «Benedico te, creatuia aquae, per Deum vivum, qui le de paradisi fonte « manare fecit, et in quatuor lluminibus totam terram rigare prœccpit. »
XCVJ AVANT-PBOPOS.
rait, en un mot, institué, en figure et en prophétie, le sacrement du baptême. Et si Dieu a ainsi institué, dès lors, la figiu'e du baptême, il faut croire qu'il en a fait, dès lors aussi, l'application, et qu'Adam n'a été délivré de son péché que par le Saint-Esprit et par l'eau, ou par la foi dans le baptême de l'Eglise, dont le baptême, dans l'eau du paradis, a été la figure.
EnfiU;, des rabbins dont nous avons cité le témoignage dans la conférence sur la confession [Raison philosopldque^ etc., t. III), affirment que, chez les Juifs, même après l'institution de la circoncision, le vrai sacrement qui effaçait la tache originelle n'était pas la circoncision, mais Vablutioji dans l'eau sanctifiée, et que, même de nos jours, en plusieurs endroits, les Juifs administrent cette espèce de baptême aux nouveau-nés des deux sexes. Or, où les Juifs auraient -ils puisé cette foi sublime dans l'efficacité de l'eau sanctifiée, pour effacer le péché originel, si ce n'est dans la tradition de l'ancienne synagogue? Et où l'ancienne synagogue aurait-elle, à son tour, appris cette doctrine et cette pratique, si ce n'est à l'aide de l'enseignement traditionnel des anciens patriarches, qui remonte jusqu'à Adam?
Cependant, il est possible que le péché originel ait été effacé de l'âme de son auteur par d'autres moyens que ce baptême dans les eaux du paradis. On verra tout à l'heure que le premier homme reçut immédiatement de Dieu, et en un seul instant, non-seulement toutes les grâces que les autres hommes reçoivent par divers sacrements, mais aussi toutes les connaissances que les mêmes hommes acquièrent, avec le laps de temps, par trois moyens différents : 1° par l'intellect agissant et se formant, lui, les idées; 2" par le raisonnement ; et 3" par la tradition domestique et l'ensei-
AVANT-PROPOS. XCvij
gnement religieux. Adam a donc pu recevoir, par un seul et même rite sacré, par un seul et même sacrement, tonte grâce : comme il connut par une seule et même révélation toute vérité, il a pu participer à toutes les grâces du baptême, rien que par la confession de son péché ou le sacrement de la pénitence que Dieu institua alors, en figure, et dont il appliqua d'avance, à ce premier coupable, les effets merveilleux.
Que la confession sacramentelle ait été établie, à cette occasion, c'est l'opinion des Pères et des Docteurs depuis TertuUien jusqu'à Bellarmin. Écoutons au moins ces deux témoins extrêmes de la tradition, qui, à quinze siècles de distance l'un de l'autre , ont rendu un éclatant hommage à la même vérité.
En rappelant cette interrogation que Dieu adressa au premier des hommes pécheurs : Ada3i, ou es-tu ? le célèbre docteur africain a dit : « Par ces paroles. Dieu voulut lui « faire entendre qu'il était dans la perdition, et voulut lui « offrir l'occasion de confesser spontanément son crime, et, « par là, de s'en relever. De même il demanda à Gain : Ou « est ton frère? C'est ainsi que nous ont été donnés d'avance « des exemples pour nous apprendre qu'il faut confesser les « péchés plutôt que de les nier (1)... » Dieu ne maudit pas Adam et Eve comme il maudit Gain, qui refusa de se confesser. Les voilà donc, ces grands coupables, échappant à la malédiction, se relevant, et redevenant les candidats de la rédemption par la confession (2). Ailleurs le même Père dit :
(1) « Adam ubi es? Id est : In perditione es. Ut Deus daret ei locum sponte « confitendi delictum et hoc nomine relevandi. Sicut de Gain sciscitatur -. Ubi- « NAM est fratek tcus ? ulque ita nobis conderentur exempla conlitcudorum « potius delictoruin (luam negandorum {Contr. Marcion., H, 24). »
(2) Tertul., Contr. Marc, ni, 29.
XCViij AVANT-PROPOS.
« C'est par la confession que le chef de la race humaine a c( été pardonné de son offense contre le Seigneur. Après (( avoir condamné l'homme, Tavoir chassé du paradis « et assujetti à la mort , Dieu revint à sa miséricorde. « Il déchira l'arrêt de ses premières colères , pardonna « solennellement, et fit le pacte de pardonner au re- « pentir de l'homme, qui est son image et sou œuvre ; il « établit et consacra, dès lors, par lui-même et en lui-même, « le Rite DE LA PÉNITENCE (i). »
Ainsi, selon TertuUien , Dieu exerça, à l'égard d'Adam, les fonctions du prêtre qui entend la confession, impose la pénitence et pardonne les péchés ; et par là il inaugura, dès lors, il promit le sacrement du pardon,
Bellarmin a été encore plus formel et plus explicite.
« Nous voyons, a-t-il dit, la première figure de la conte fession dans les chapitres III et IV de la Genèse, qui nous « apprend que Dieu a exigé une confession d'Adam et Eve, ce et ensuite de Cani. D'après ces textes la confession a été « exigée non pas seulement du cœur, mais encore de la c( bouche ; non pas seulement en général, mais aussi en c( particulier, non pas seulement devant Dieu, mais aussi « devant son ministre : car l'interrogation fut faite par un « ange en forme humaine, comme le prouve la circonstance c( qu'il se promenait dans le paradis. Nous entendons par là « qu'il y a une grande similitude entre cette confession et c( ceUe qui se fait maintenant au prêtre qui est aussi I'Ange ce DU Seigneur selon Malachie. En sorte que ce n'est pas sans ce raison que l'une de ces confessions est appelée la figure ce de l'autre (2). »
(1) «Stirpis humaiiae et offeusai ia Dominum princeps ex homologesi resti- « tutus in païadisum siuim (De Pœnitent., XII). » (9.) « In liis locis exigilur confessio non solum cordis, sctl etiuw oris; ncc so-
AVANT-PBOPOS. XCXIX
Il n'est pas moins évident par l'Écriture, que Dieu a révélé au premier homme le grand mystère de l'Eucharistie, comme sacrifice et comme sacrement, et lui en a appliqué les fruits.
En tant que sacrifice, l'Eucharistie est l'immolation mystique de l'Agneau divin , Jésus-Christ, pour la gloire de Dieu et la rémission des péchés. En tant que sacrement, il est la nourriture de l'âme, le pain de vie et le gage de salut.
L'Eucharistie est le plus noble , le plus auguste , le plus grand des sacrements ; c'est pourquoi on l'appelle tout simplement LE Sacrement, c'est-à-dire le sacrement par excellence, le sacrement suprême auquel sont subordonnés tous les autres sacrements, et qui en est en quelque sorte le cachet, le but et le perfectionnement.
Il faut distinguer deux choses dans ce sacrement , savoir le sacrement lui-même et l'objet du sacrement. L'objet du sacrement est l'unité du corps mystique, ou de tous les vrais chrétiens formant un seul corps moral en Jésus-Christ, unité hors de laquelle il n'y a de salut pour personne. Or, l'objet d'un sacrement peut être atteint avant la réception, par le désir sincère de recevoir le même sacrement. Par conséquent, avant même de recevoir l'Eucharistie, l'homme peut bien obtenir le salut que ce sacrement produit, par le vœu de le recevoir : comme on peut recevoir les grâces du baptême, avant le baptême, en vertu du vœu du baptême. Par
« Inra in génère, sed etiam in specic, nec tantiim corani Deo, sed etiam coram «■ ejus niinistro. Nain interrogatio ista facfa est per angeluia in forma huniana « apparentem. Ex quo inlelligimus niagnam fuisse simililadineni inter iilam « confessionem et eam qufe nunc fit saceidoti ; qui etiam an^elus Domini est, « teste Malachia {Cap., \l) : ut non sine causa dicatur fuisse illa figura alterius « {De Pœnitentia, lib. m, c. iv). »
AVANT-PROPOS
le baptême FÉglisc ordonne, dispose ou rend apte l'homme à recevoir l'Eucharistie. Par conséquent, par cela même qu'un enfant est baptisé, il est ordonné, disposé, rendu apte par l'Église à la perception de l'Eucharistie ; et de même que l'enfant croit en vertu de la foi de l'Église , de même il désire l'Eucharistie par l'intention et le vœu de l'Église, et par conséquent il perçoit l'objet de la communion ( sans communier...) Ainsi l'homme peut bien être changé en Jésus- Christ en vertu du désir de son esprit, même sans recevoir physiquement ce sacrement (1).
L'Eucharistie est, en même temps, un vrai sacrifice ou l'acte suprême du culte à l'égard de Dieu, et un vrai sacrement proprement dit pour le complément du salut de l'homme. Or, le premier homme non-seulement l'a connu, ainsi que nous allons voir, mais en a éprouvé les effets sous ce double rapport.
Le sacrifice se définit généralement : l'offrande d'une chose extérieure et sensible que le prêtre, légitimement ordonné , fait à Dieu , et par laquelle la chose offerte est changée en une autre, ou est détruite, et tout cela afin de signifier que la créature raisonnable reconnaît le domaine absolu de Dieu sur elle et s'y assujettit, et afin de rendre
(1) « In hoc sacramento duoesl consideiare, scilicet -. ipsuni sacrameiitum cl « res sacranienti. Res hujus sacrarnenti est uuitas corporis mystici sine qua non « |totest esse saliis. Res autem liujus sacrarnenti potest esse ante perceptionem « sacrarnenti ex ipso voto sacranienti percipiendi. Uude ante perceptionem hu- « jus sacranienti potest liomo liabere sahiteni ex voto percipiendi lioc sacra- « nientuni, sicut ante baptisrauin ex voto baplisrni. Per liaptisinum ordinahir « lioino ad Kucliaristiam, per Ecclcsiain, el ideo lioc ij)so quod pueri bapti/^in- « lur, ordinantur per Ecclesiam ad Eucharistiani, et sicut ex lide Ecclcsiic cre- « dunt, sic ex intentione EcclesicE desidcrant Eucharistiani, et per consequens « recipiiint rem saciainenti i|isius... Pott'st aiitem (juis in Clirislum nmlari «■ voto mentis eli;iin hinc hujus .sacranienti perceptione (111 p., <i. 13, art. 3).»
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par ce rite , au Dieu Très-Haut , le culte suprême d'adoration et de latrie qui lui est dû.
Pour bien comprendre le dogme du sacrifice, il faut se souvenir de deux vérités auxquelles on ne fait pas toujours assez attention, et qui ne sont pas moins très-certaines et de la plus haute importance. La première est que l'homme n'a pu, par ses seules facultés, s'élever à la croyance de pouvoir rendre au Dieu esprit, au Dieu tout-puissant et éternel, le culte qui lui est propre par l'offrande des choses matérielles et sensibles ; une telle croyance est au-dessus de la raison, et n'a pu être inventée par la raison. L'idée transcendante, immense, infinie du sacrifice, n'a donc pu germer d'elle-même dans l'esprit de l'homme ; mais elle y a été semée , comme toute autre vérité positive , par le SEMEUR céleste, qui, dès le premier instant de la création, sortit, en quelque sorte , de lui-même et sema la semence divine de la vérité dans les intelligences qu'il venait de tirer du néant : Exiit quiseminat seminare semen suum {Matth.). En un mot, l'idée du sacrifice n'est pas une invention, une création humaine, mais une pensée, une révélation divine.
La seconde vérité qu'il faut rappeler ici, c'est que, comme nous l'avons démontré ailleurs (Raison philosophique, Confér. , t. I), nulle créature^ quelle que soit sa noblesse , sa grandeur , sa pureté , sa perfection , ne peut jamais, par elle-même, attirer sur elle le regard du Créateur, fixer ses complaisances ni rien faire qui lui soit agréable, l'infini ne pouvant jamais trouver dans le fini rien qui lui convienne , et qui soit digne de lui. La créaturc, quelle qu'elle soit, ne peut rien faire , rien offrir de semblable, à moins que Dieu lui-même ne lui communique quelque chose de divin, ne l'enveloppe dans une atmosphère divine, ne l'habille de la robe divine, de la
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grâce sanctifiante , de cette robe nuptiale , sans laquelle personne ne peut être admis à s'asseoir au festin céleste [Matth.) ; de cette tunique formée des peaux de l'Agneau divin, des mérites de Jésus-Christ, tunique précieuse dont, comme on vient de le voir, Dieu lui-même daigna revêtir le premier homme , et dont saint Paul nous exhorte avec tant d'insistance à nous couvrir, afin de paraître devant Dieu de manière à être agréable à ses yeux : Induimini Domiman Jesum Christum.
Or, il est dit, dans la Genèse, que la première pensée des deux premiers enfants d'Adam , à peine adultes , fut de faire à Dieu des sacrifices; que, dans sa qualité particulière d'agriculteur, Gain offrait en l'honneur de Dieu les produits de là terre , ou , selon tout le contexte de l'Écriture elle-même , le pain et le vin , ces produits du blé et du raisin, les premiers, les plus substantiels des fruits de la terre , ou les fruits de la terre par excellence ; et que, dans sa spécialité de berger de brebis^ Abel sacrifiait au Seigneur les premiers-nés de son troupeau, ou la vie et la chair des aînés de ses agneaux: «Heva concepit et peperit Gain... rursumque peperit fratrem ejus Abel. Fuit autem Abel pastor ovium., et Caïn agricola. Factum est autem, post multos dies, ut offerret Gaïn de fructibus terrae munera Deo. Abel quoque obtulit de primogenitis gregis sui, et de adipibus eorum. {Gen., lY.)»
Ge n'est donc que d'Adam leur père, et ce n'est que de lui que ses premiers enfants apprirent à offrir un sacrifice à Dieu : Abel, des agneaux, pour figurer par ce moyen, en attendant qu'il pût le représenter encore mieux par sa propre mort, le sacrifice sanglant du Messie; et Gain, du pain et du vin, pour représenter le sacrifice mystique des autels.
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On lit, il est vrai, dans la Genèse que «Noé, étant agri- « culteur, commença à cultiver la terre et planta la vigne : « Cœpitque Noë ^ vir agricola, exercere terram, et planta- « vit vineam [Gènes., IX). » Mais , comme de ce qu'il est dit dans ce passage que Noé commença à cultiver la terre., il ne s'ensuit pas que la terre n'ait pas été cultivée avant le déluge; de même, de ce qu'il est dit au même endroit : Et il planta la vigne., il ne s'ensuit pas qu'il n'y eût pas de vigne avant la même époque. Car, demande un grand interprète, où Noé aurait-il pris la semence de la vigne ;;oz/r la planter., si elle n'eût existé nulle part? Vinea ante diluviiim fuit, unde enim alias habuisset Noë ? {Ahapide inIXGenes.)
Ainsi par les mots : Noé, étant agriculteur, commença à cultiver la terre, et planta la vigne., et qui sont à peu près les mêmes que ceux-ci: Caïn, étant agriculteur, fit au Seigneur des offrandes des fruits de la terre, l'Ecriture paraît vouloir dire que Noé reprit la culture de la terre , et fit des offrandes de ses fruits, et du vin en particulier , au Seigneur; que cette culture et ces offrandes, commencées par Gain, et interrompues par le déluge, avaient été, depuis Noé , continuées dans la descendance de Sem. Car longtemps avant l'établissement des sacrifices de la loi de Moïse, on rencontre celui de Melchisédech , roi de Salein , dont l'Ecriture dit qu'il bénit Abraham, et qu'il était le grand prêtre du Dieu Très-Haut , ou le prêtre par excellence , par la simple raison qu'il offrait à Dieu le pain et le vin., ou le sacrifice par excellence : ^4^ vero Melchisédech, rex Salem., proferens panem et vinum; erat enim sacerdos Dei altissimi, et benedixit ei {Gènes., XIV).
On ne saurait admettre non plus que par ces mots : Il planta la vigne , l'Ecriture ait voulu dire qu'ayant existé dès le commencement à l'état sauvage, la vigne ne comi. (j
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menca d'être cultivée que par Noé , de manière à produire uu fruit aussi agréable que salubre, et que la première idée de presser le raisin et de fabriquer le vin n'ait appartenu qu'à Noé. Jamais une pareille idée ne se serait présentée à l'esprit de ce patriarche, si quelqu'un ne la lui avait apprise. Il est possible qu'avant le cataclysme les hommes n'aient pas fait usage du vin ; mais il n'est pas possible qu'ils n'eu aient pas eu la moindre idée. A plus forte raison il est impossible d'admettre qu'Adam , à qui Dieu avait révélé les plus grands mystères de la nature en même temps que les plus grands mystères de la grâce, la vertu des plantes en môme temps que la nature des animaux, ait ignoré le vin qui , d'après l'Écriture , réjouit Dieu et les hommes : Et vinum quodlsRtificat Deum et homines [Judic, IX), c'est-à-dire le grand mystère de l'Eucharistie , dans lequel le sang précieux du Christ réjouit vraiment Dieu pai' la plus grande gloire qu'il lui rend, et les hommes par le salut qu'il leur procure.
Il faut croire aussi que la consécration du prêtre ou le sacrement de l'Ordre a été, du moins en figure, connu et pratiqué au premier âge du monde. Melchisédech, qui vécut tant de siècles avant l'institution du sacerdoce d'Aaron, est appelé dans l'Ecriture le Prêtre du Dieu Très-Haut (Gènes. ^ XIV). Or, si chez les peuples étrangers à la race d'Abraham, mais qui adoraient le vrai Dieu, il y eut, même avant la loi, des prêtres, il faut admettre, dit saint Thomas, qu'il y avait un sacerdoce aussi, c'est-à-dire un sacrement de l'Ordre, qui par une détermination humaine était conféré aux premiers-nés (1). Mais de ce que les anciens pa-
(1) n Sacerdotium erat ante legem, apud colentes Deum secundam hunianam
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triarches avaient, de leui' propre mouvement^ conféré aux premiers-nés la dignité sacerdotale (1), aonaurait tort, ajoute c( le Docteur angélique, de conclure que le sacerdoce ait «été une institution purement humaine. Car il y eut, « même avant la loi, des hommes extraordinaires, remplis c( de l'esprit prophétique, et il faut croire que ces personc( nages, tout en ayant établi comme une loi privée un « culte déterminé de Dieu, ne l'ont pas moins établi en « vertu d'un instinct divin (une révélation). C'est pourquoi « cette manière d'honorer Dieu était en même temps en « parfaite harmonie avec le culte intérieur (avec la foi du « cœur) et servait admirablement à signifier les mystères « du Christ, quoique ces mystères fussent encore figurés « par d'autres faits de leur vie (2). »
Ainsi, d'après l'opinion de tous les Pères de l'Église, fondée sur l'autorité de l'Écriture, et particuhèrement de saint Paul, le mystère de l'Incarnation du Verbe a produit, comme s'exprime saint Léon, à l'égard des Justes de l'Ancien Testament qui le croyaient comme devant s'accomplir dans l'avenir, les mêmes effets qu'il produit maintenant à l'égard des Justes du Nouveau Testament, qui croient ce même mystère déjà accompli dans le passé : Verbi Incarnatio hoc contulit facienda, quod facta. Une seule et même
« delenninationem, qua liane dignitatera primogenitis tribuebant (1^ 2=^, q. 103, « art. 11). »
(1) .1 Tradiint Hebrœi prinidgenitos functos officio sacerdotum liabuisse vesii- « mentum sacerdotale, quo induti victimas oft'erebant, autequam Aaron in sa- « cerdoteiii eligeretur {Quxst. Hebr.) »
(2) «Quia antc legem fuaunt quidam viri prœcipui prophetico spiritu pol- « lentes, credendum est quod ex inslinctu divino, qaasi ex quadam privata « lege , moverentur ad aliqueui cerîum modurn colendi Deurn, qui et conve- « iiiens esset interiori cultui et etiaiu conduceret ad significiinduni Christi « mysteria qua> figurabantur etiamper alla c irum gesta (lOid.). »
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foi, parce que les mystères qui en sont l'objet, prédits par les prophètes ou prêches par les apôtres, sont les mêmes, a réuni à Jésus-Christ et sanctifié les Justes de tous les temps et de tous les lieux : Quod prsedicarunt apostoii^ annuntiaverunt prophetse. Una /ides justificat universorum temporum Sanctos. En sorte qu on ne peut dire que l'Incarnation soit arrivée trop tard, puisque, ayant été toujours crue, elle a été toujours efficace : Nec sero est impletum, quod seinper est creditum.
C'est ce grand et important mystère de la perpétuité de la religion chrétienne, toujours une et toujours la même, dans les temps qui ont précédé et dans ceux qui ont suivi la venue du Messie, c'est ce mystère délicieux et consolant de tous les Justes de l'ancien temps et du temps nouveau, réunis toujours dans la confession de la même foi au même médiateur divin, Jésus-Christ, comme centre unique du salut de l'univers, qui nous a été représenté d'une manière sensible dans le récit de l'entrée triomphale de Jésus- Christ dans Jérusalem. Car l'évangéliste saint Marc a fait remarquer que la foule qui prit part à ce triomphe du Fils de Dieu fait homme était divisée en deux peuples, dont l'un précédait et l'autre suivait le Seigneur, et que ces deux peuples, ou plutôt ces deux portions du même peuple, distinctes seulement par la place qu'elles occupaient, mais unies par le cœur et animées d'un même enthousiasme de foi et d'amour, chantaient le même cantique Hosanna:£'/ qui prseibant et qui sequebanlur, clamabant^ dicentesWo- SA?»iN'A {Marc, XI, 9). Or, la foule qui, dans cette circonstance, précédait le Seigneur, signifiait, dit saint Jérôme, citant Origèue, les Justes de l'ancienne alliance; la foule qui suivait indiquait les Justes de l'alliance nouvelle; et quoique l<s un?-' aient précédé, les autres suivi la naissance
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du Christ et la prédication de l'Evangile, cependant les uns et les autres ont cru en lui avec la même foi, ont espéré en lui avec la même espérance, l'ont aimé avec le même amour, et l'ont confessé et proclamé également le seul et vrai Sauveur du monde : Turbse quse praecedunt et qusd sequimtur, utrumqiœ j^opulum ostendimt eoriun qui ante et post Evangelium Domini crediderunt^ et consona Jesum confessionis voce laudarunt [Comment, in Matth.].
Donc la vraie religion, toujours une et toujours la même, date dès l'origine du monde, est née avec le monde, est aussi ancienne que le monde.
Donc la foi explicite du mystère de l'Incarnation n'est point possible, dit saint Thomas, sans la foi du mystère de la Trinité, parce que le mystère de l'Incarnation n'est que le mystère du Fils de Dieu, qui, conçu du Saint-Esprit, a pris la chair de l'homme, et qui, par la grâce de ce même Esprit-Saint, a renouvelé le monde ; c'est-à-dire que le mystère de l'Incarnation suppose Dieu un en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et ces deux mystères se connaissant et s'expliquant l'un par l'autre, on doit les croire tous les deux avec la même foi. Si donc le mystère de l'Incarnation fut, avant la venue du Christ, connu et cru explicitement par les hommes privilégiés ( majoras ), et implicitement et sous un voile par le reste des hommes, il en a été absolument de même du mystère de la Trinité (1) à l'ori-
(1) « Mysterium Incarnationis Christi explicite credi non potest sine fide Tri- " nitatis quia in mysterio Incarnationis Cliristi hoc continetur quod Filins Dei « carnem assumpserit,quod per gratiam Spiiitus Sancfi mundiim renovaverit et « iterum quod de Spiriln Sancto concejitus luerit. Et ideo eodem modo (|uo « mysterium Incarnationis Christi, aiitc Christiim fuit explicite crediliun a « majoribiis, implicite autem et quasi obumbrate a minoribus; ita cliam et « mysterium Trinitatis (2^ 2;f, q. 2, art. 8). »
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gine du monde. Ces mystères étaient renfermés dans la foi des majeurs, tandis que, depuis la venue du Christ, ils se trouvent dans la foi de tout le monde, puisque Jésus- Christ et ses apôtres l'ont manifesté à tout le monde (1). Mais ils n'en ét;iient pas moins clairement connus et crus d'une foi explicite par un petit nombre d'hommes qu'ils ne le sont à présent par tous les chrétiens, et le christianisme est aussi ancien dans le monde que le monde lui-même.
« Ainsi donc, reprend saint Thomas, après le péché, le mystère de Tlncarnation a été connu et cru d'une foi explicite par les premiers hommes, non-seulement comme le mystère de l'union de la nature divine avec la nature humaine, mais encore comme le mystère de la passion, de la mort, de la résurrection, par lequel le Fils de Dieu devait délivrer le genre humain du péché et de la mort éternelle. La preuve sans réplique de l'existence d'une pareille foi dans l'humanité entière se trouve dans les sacrifices que, à commencer par Abel, avant la loi de Moïse comme pendant cette loi, les hommes ont offerts toujours et partout, et par lesquels ils ne faisaient que figurer d'avance le grand sacrifice de Jésus-Christ. Car ces sacrifices n'étaient évidemment que des figures de la Passion du Seigneur. Comment donc les hommes auraient-ils offert de ces sacrifices figuratifs, prophétiques de cette Passion, s'ils n'en avaient pas connu le mystère? Seulement la signification complète et parfaite de ces sacrifices n'était le partage que des chefs, des patriarches, des prophètes ; quant au peuple, il n'en avait qu'une connaissance voilée ; il savait seulement que ces sacrifices avaient été ordonnés par Dieu lui-même, et
(1) « Ante Christi adveiituin, Mes Trinitalis erat occulta in fide majorum; n sedper cliristum manifestata estinundo per apostolos (2» 2», q. 2, art. 8). »