LES XBOIS PLUS GRANDS GENIES DU MONDE
dans saint Augustin elle apparaît ornée de toutes les richesses de l'éloquence , de tous les charmes de la poésie ; dans saint Thomas elle se trouve consolidée, toujours davantage, de toutes les forces de la raison.
Saint Paul a été l'apôtre par excellence , saint Augustin le théologien par excellence , saint Thomas le philosophe par excellence de la vraie religion.
A l'aide de leur immense génie, éclairé par la lumière , rehaussé par la grâce de la foi, ces trois hommes ont, d'une manière différente, il est vrai, vu, compris, exphqué tout ce qu'il est donné à de simples mortels de voir , de comprendre et d'expliquer. Saint Paul seul, parmi eux, est infaillilDie , car lui seul est, parmi eux, hagiographe , ou auteur écrivant sous la dictée du Saint-Esprit. Mais cela ne les empêche pas d'être, tous les trois, la raison humaine élevée à sa plus haute puissance, ayant atteint sa dernière limite et n'attendant que la vision du ciel. Personne n'a jamais su et ne saura jamais ce qu'ils ont ignoré. Par des ascensions d'autant plus rapides qu'elles ont été plus humbles, ils se sont élevés jusqu'au trône de rÉternel. Par des intuitions d'autant plus sûres qu'elles ont été plus timides et plus respectueuses, ils ont pénétré, le plus loin possible, dans les profondeurs de la Nature infinie. Ils ont lu dans la pensée divine elle-même; ils l'ont saisie dans ses différentes nuances ; ils l'ont suivie de près dans ses deux grandes manifestations : la Création et la Rédemption; ils y ont trouvé la solution claire et certaine des deux grandes énigmes des choses qui ont été faites, l'univers et l'humanité; ils ont expliqué cette solution dans l'immense étendue de sa portée , dans la variété infinie de ses conséquences les plus éloignées.
C'est pourquoi on trouve au grand complet , dans leurs immortels écrits , non-seulement la science de la religion , mais aussi toutes les sciences, intellectuelles, morales, politiques, sociales et même naturelles, au moins quant à leurs principes. Car ce monde matériel n'est, lui aussi, que le grand et mystérieux épanouissement du monde spirituel , et il n'y a pas de science , même physique , dont la science de la vraie religion, la pensée de Dieu par excellence, ne soit le support qui lui sert de base, le principe qui en fait la solidité, l'arôme qui l'empê-
4 $ l. SAINT AUGUSTIN. — INTllOUUCTIOiN.
che de se corrompre , la règle qui en prévient tout égarement , la condition qui en assure le progrès.
Dans ces écrits, unis ensemble, le Soleil de la vérité apparaît sans nuage, dans tout l'éclat de sa splendeur, dans toute la pureté de ses reflets. Tout y est lumière parce que tout y est vérité. Là se trouvent, et ne se trouvent que là, l'éclaircissement de toutes les questions , la solution de toutes les difficultés , la flétrissure de tous les vices , l'encouragement de toutes les vertus , la condamnation de toutes les erreurs, la défense et l'affermissement de toutes les vérités. Avec ces livres, le simple fidèle peut se passer de tout aulre livre, même du Livre par excellence, la Bible ?solé'' , parce que lui aussi, ce Livre divin , s'y trouve tout entier, mais commenté , expliqué par des interprètes dignes de lui, et , comme l'a dit l'un d'eux , transformé en lait, pour servir à la nourriture des plus petits des enfants de Dieu : Tanquam parvvlis in Chrisio lac vobis poluin dedi [ I Corinth., III). Donnez-nous un homme qui n'ait pris d'autre nourriture que ce lait mystérieux, et nous n'hésiterons pas à le proclamer un grand savant , un grand homme , aussi bien qu'un grand chrétien !
Or ces trois grands hommes, à côté desquels tout grand homme n'est que petit, tout maître célèbre n'est qu'un pauvre écolier; ces trois géants du génie et du savoir, à côté desquels tout génie n'est qu'un esprit vulgaire, tout savoir ([u'ignorance; ces trois sublimes figures, ces trois esprits que rien ne surpasse en grandeur parmi les fils des hommes, et devant lesquels les siècles n'ont passé qu'en s'inclinant , en les saluant avec une admiration toujours croissante , avec un enthousiasme toujours nouveau, comment ont-ils été appréciés, jugés par le philosophisme moderne , par le rationalisme athée, et par le rationalisme soi-disant chrétien, ouïe semi-rationalisme t
Au cinquième chapitre de notre ouvrage sur la Traditiois , nous avons montré de quelle déplorable manière le semi-rationalisme a menti à Thistoire de la philosophie païenne; mais la manière dont il a menti à l'histoire de la philosophie chrétienne est bien plus déplorable encore, puisque, par surcroit, elle est ••evoUante, même sacrilège, même impie. Tout en leur adressant des éloges hypocrites, le semi-rationalisme n'en a pas moins osé