‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 23 sur 108 · AVEC PLATON · texte numérisé non relu

AVEC PLATON

reçoit et ne s'invente pas); il reçut toute vérité parla foi, mais il inventa , au moins , des formes nouvelles qui donnent plus d'attraits à la vérité; il l'environna de nouvelles lumières qui la font mieux connaître; il lui fournit de nouvelles armes pour se défendre; il établit mieux ses droits de régner (1) ; tandis que Platon non-seulement n'inventa, lui non plus, aucune vérité, nonseulement n'apprit à lui-même et aux autres aucune vérité qui avant lui ne fût connue et crue par le genre humain tout entier, mais, loin d'avoir contribué à la purification, à l'embellissement, à l'affermissement, à la propagation des vérités traditionnelles, il n'a su inventer qu'une méthode qui les a rendues incertaines, des conceptions qui les ont obscurcies, des arguments qui n'ont servi qu'à les combattre.

En lisant saint Augustin, on estheureux de croire; la foi élargit le cercle du raisonnement et l'on arrive aux plus grandes hauteurs de la science. En lisant Platon, on est fatigué de raisonner; le raisonnement tue la foi et l'on tombe dans l'abime de l'ignorance.

Saint Augusthi n'a philosophé pendant quarante ans que pour l'instruction et l'édification des autres, tandis que, appartenant à la famille de ceux que TertuUien appelle des animaux de gloire, animalia gloriœ, Platon n'a travaillé, pendant le même nombre d'années, que pour sa propre vanité, pour ses propres intérêts. Ainsi les travaux de saint Augustin n'ont été qu'un acte sublime de dévouement qui a produit un grand bien, car la vertu est toujours utile, tandis que les travaux de Platon n'ont été qu'un acte d'égoïsme vulgaire qui a enfanté un grand mai (2), attendu que le crime est toujours funeste.

Ainsi voilà tons les caractères du véritable génie réunis, res-

(1) Voyez notre conférence sur le Dualisme (t. II, conf. xii), où nous a\ons exposé les grands et inagnitiques arguments des Pères de l'Église et de TertuUien en particulier contre celte cireur colossale, et oii, avec le secours de ces grands hommes, nous avons prouvé que le dualisme c'est l'athéisnie.

(2) Oii a vn dans la Tradition, §oO, le scmi-ralionalisme, reconnaissant et proclamant hii-mème le grand et tri^i(• l'iit hislorique «jiie les anciens philosophes, et Platon en particulier, n'ont tait que du mal aux peuples parmi lesquels ils ont vécu, en détruisant chez cu\ toutes les \érilcs dont la tradition les avait mis en i)Ossessioii.

plendissantdelaplus vive, de la plus pure lumière dans saint Augustin, fit no convenant nullement à Platon. Voyez donc combien le srmi-ralionalisme a élé dans le vrai en aflirmant. avec tant d'intrépidité, que saint Augustin n'avait pas plus de génie que Plafon, et que, sous hcaucouiJ de rapports, il a été injcrieur à Platon! Vraiment ces esprits-là, bien des fois, ne parlent que pour parler, sans se rendre compte de ce qu'ils disent.

Nous avons même la bonhomie de croire que, indépendamment du souffle vivifiant de la pensée chrétienne qui lésa purifiés, élevés, complétés, non-seulement saint Augustin, mais les Tertullien aussi, les Origène, les Athanase, les Jérôme , les Ambroise , les Basile, les Chrysostome, les Léon, les Grégoire, et Bossuet lui-même, quoifjue n'ayant suivi saint Augustin qu'à une longue distance {proximus , sed lonyo proxiinus int(rvatlo), avaient, chacun, dix fois plus de génie que Platon, et que ce philosophe ne doit, en grande partie, sa réputation d'homme de génie qu'au fanatisme de collège, aux préjugés de la pédanterie classique de gens qui n'ont pas lu une seule page des grands hommes de l'Eglise. Mais évertuez-vous à faire croire à des esprits paganisés, et pétris de 1 idée que l'antiquité païenne a atteint le suprême degré de la perfection en tout genre, « que les génies du christianisme valent bien les génies du paganisme ! » vous n'y réussirez pas. Dans leur engouement stupide pour toutes les grandeurs païennes, ils regarderont toujours comme un blasphème l'alfirmation que, au point de vue scientifnpie, Bossuet, par exemple, est fort au-dessus de Platon, et qu'au point de vue militaire Napoléon l'emporte sur Alexandre et César. On guérit souvent des erreurs, on ne guérit jamais des préjugés dont on a été imbu dans l'enfance.

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